SIEG. Lituanie

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Mercredi 31 mai 2006

Mardi, importante réunion de la Commission économique et monétaire. On discute d’abord le rapport Rapkay, réponse du Parlement européen au Livre blanc de la Commission sur les services d’intérêt économique général. Un texte dont une page connut son heure de gloire pendant la campagne du Non. Celle (la page 32) des traducteurs, qui expliquaient pourquoi ils avaient adopté cette terminologie : parce que les services publics ne sont pas forcément des entreprises publiques et que le mot pouvait ainsi prêter à confusion. Bref, un service d’intérêt économique général est un service à caractère marchand soumis à des astreintes de service public, comme la SNCF, l’EDF, les Telecom. Mais ces grands services en réseaux ont déjà fait l’objet de directives sectorielles de libéralisation.

La grande question est de savoir s’il convient de présenter une directive globale sur tous les services d’intérêt économique général (SIEG). Le débat sur le rapport Herzog avait conclu dans ce sens. Le TCE tranchait également en ce sens à travers l’article III-122 dont les communistes ont malheureusement découvert trop tard l’importance. La chute, avec le TCE, de cet article 122 a entraîné la défaite sur ce point majeur lors du débat sur la directive Bolkestein : à l’issue de ce débat, les services publics marcahnds restent inclus dans la directive Services. Il s’agit donc, avec ce nouveau débat, de rouvrir la possibilité d’une directive spécifique pour les services publics… et de récupérer le 122.

Le rapport Rapkay est plutôt bon. L’après midi, nous présenterons à la presse la position des Verts sur le sujet.

La deuxième partie du débat en Commission économique et monétaire, c’est le débat avec le Président Juncker. Nous l’attendons avec un préjugé favorable. Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg, est un bon démocrate-chrétien. C’est le premier président de l’Eurogroupe, c’est à dire le Conseil des ministres réduit aux membres de la zone euro. Il est auréolé d’un prestige européen : hostile à la directive Bolkestein, il a refusé, par fidélité à son petit pays, le poste de Président de la Commission que tout le monde lui offrait. Il a remporté haut la main le référendum au Luxembourg, après les victoires du Non en France et aux Pays-bas, et malgré une récente directive européenne qui levait partiellement le secret bancaire en Luxembourg, provoquant la fureur du secteur financier (largement dominant dans le pays) qui n’a pas mégotté son soutien à la campagne du Non.

Hélas, ce jour-là, il se montre assez décevant. Il présente un court rapport sur la situation de la zone euro et souligne simplement qu’en 2006, les Etats ne font plus guère d’efforts pour ré-équilibrer leurs budgets, « une situation semblable à celle de la fin de la dernière décennie » (c’est à dire vers 1999-2000). Deux députés demandent immédiatement la parole, Margarita Starkeviciute et moi. Madame Starkeviciute exprime son amertume devant le rejet de la candidature de la Lituanie à l’euro par la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission. Elle dément Monsieur Langen, qui vient de faire un rapport très dur, mais que nous avons pu fortement amender dans un sens favorable à la Lituanie, et qui prétend ce matin que la Lituanie aurait elle-même retiré sa candidature.

J’interviens ensuite. Je clame d’abord mon indignation face au rejet de la candidature lituanienne, selon la ligne développée dans mon précédent blog : l’excès d’inflation lituanien est minime et s’explique par un rattrapage du système des prix intérieurs sans conséquence sur la compétitivité lituanienne, et la Lituanie est impeccable en matière de déficit et d’endettement, ce qui est beaucoup plus important. Puis j’objecte à Monsieur Juncker que la situation européenne n’est pas identique à celle de 1999/2000. A l’époque, la croissance française était « rugissante », et j’avais alors publiquement critiqué le Ministre français des finances, Laurent Fabius, qui préférait utiliser la « cagnotte fiscale » pour baisser les impôts des riches plutôt que rembourser la dette de la France, que nous léguons aux générations futures. Mais aujourd’hui, la situation n’est pas encore aussi florissante qu’à l’époque.

Je lui pose également deux questions : d’abord, comment envisage-t-il le partage de la ponction exercée par la rente pétrolière sur nos économies ? Ne craint-il pas des tendances (de la BCE , des Etats ) à lutter contre l’inflation induite par la hausse du prix du pétrole par des mesures inutilement récessives ? Et puis, que compte-t-il faire par rapport à la hausse meurtrière de l’euro par rapport aux autres monnaies, bien que les taux américains soient maintenant nettement au-dessus des taux européens ?

Le Président Juncker admet, face à mon objection, que la situation n’est pas encore équivalente à celle de 1999-2000, mais qu’on observe un relâchement de la discipline, même par rapport à 2005. Sur la première question, il reconnaît que l’inflation provoquée par la ponction pétrolière ne peut être combattue que par une négociation sur le partage salaires-profits, et il félicite les syndicats pour leur modération présente. Sur la seconde question, il reste assez évasif, si ce n’est pour critiquer la politique des changes chinoise.

En revanche, sur la Lituanie, grosse déception. Il nous répond que les traités d’adhésion précisent bien que c’est la Commission, sur proposition de la BCE, qui décide ou non de l’entrée d’un pays dans l’euro. Et il ajoute : « C’aurait été un très mauvais message vers l’extérieur si la Commission avait démenti l’avis de la BCE. Par ailleurs, Monsieur Lipietz, votre argument selon lequel le critère de l’inflation serait secondaire par rapport aux critères sur le déficit et sur la dette est inacceptable. Il n’y a pas de hiérarchie entre les critères. Si nous acceptions un pays ayant une inflation excessive, comment refuserions-nous après des pays ayant un déficit budgétaire excessif ? »

Ainsi, non seulement le Président Juncker n’affirme pas son autorité de président de l’Eurogroupe par rapport à la Commission, mais il affirme en plus la subordination de la Commission devant la BCE ! Bref, totalement à contre-emploi.

Légère agitation dans la salle. Monsieur Langen, embarrassé, se défend contre le démenti de Margarita Starkeviciute. Deux autres députés de droite interviennent : un Hongrois qui me remercie chaleureusement, et Madame Lulling, elle aussi luxembourgeoise, et du même parti que Juncker. Elle aussi (solidarité féminine ?) soutient la plainte de la Lituanie !

Colère de Juncker qui visiblement n’apprécie pas cette querelle luxembourgo-luxembourgeoise inattendue. « J’observe, dit-il, que ceux qui font aujourd’hui du sentiment à l’égard de la Lituanie ne m’ont pas soutenu quand je défendais la réforme du pacte de stabilité ! ». Il a raison pour ce qui concerne Madame Lulling, mais pas pour moi : les Verts furent de chauds défenseurs de la réforme du pacte de stabilité qui a raisonnablement assoupli les règles budgétaires.

Interviennent alors deux experts invités. Le premier, Monsieur Jarai, de la Banque centrale hongroise, intervient pour conforter Monsieur Juncker dans l’idée que la réforme du pacte de stabilité fût un mauvais signal au gouvernement de son pays, l’incitant à relâcher sa vigilance budgétaire. Le second, Francis Pisani, un ancien d’Alter Eco qui vient de fonder un bureau d’études à Bruxelles, intervient sur la réforme de la désignation des membres du directoire de la Banque centrale, suite au malaise de l’élection de Monsieur Stark.

Je reprends la balle au bond. « L’intervention de Monsieur Jarai montre bien que les critères de Maastricht sont hiérarchisés. Puisque les prix sont libres et que la Banque centrale est indépendante, la seule responsabilité restant aux gouvernements est budgétaire. Donc le seul critère important pour l’entrée d’un pays dans la zone euro est de savoir si le gouvernement respecte les critères d’endettement. Si malgré cela l’inflation est structurellement un peu plus forte qu’ailleurs, il s’agit d’un mécanisme de rattrapage du système des prix domestiques, anciennement paysan et soviétique, vers le système des prix européen. Que voulez-vous que le gouvernement y fasse ? Rétablir le contrôle des prix ? »

Là, le Président Juncker pique du nez, embarrassé. Larges sourires chez les députés de gauche, chez les libéraux-démocrates, et chez les députés du PPE membres des nouveaux pays ou sympathisants de leurs problèmes.

À la sortie, nous devisons avec Francis Pisani et la présidente de la commission, Pervenche Berès. Bien qu’elle soit fabiusienne, nous sommes elle et moi de vieux complices dans la commission économique et monétaire, et par ailleurs, je l’aime bien comme femme. Francis surenchérit : « Il n’y a aucune justification économique à ce rejet de la Lituanie ! En plus, politiquement et géo-stratégiquement, c’est une grave erreur de les rejeter. » Pervenche m’objecte : « Mais je croyais que tu étais pour l’approfondissement avant l’élargissement ? – Mais l’élargissement à la Lituanie (réponds-je) n’a aucune importance. Et tu sais bien qu’en soutenant les Lituaniennes de la commission, on ouvre une brèche dans le bloc de droite du PPE et des libéraux-démocrates, et on rend enfin ta commission respirable. Et d’ailleurs, tu devrais apprendre à prononcer correctement leurs noms. - Mais j’y arrive très bien depuis quelques temps ! – Ne te fatigue pas, fait comme moi, appelle les Ona et Margarita. » En effet, pendant des mois, Pervenche s’est obstinée à appeler Madame Starkeviciute « Madame Starkevitch », façon maladroite de poloniser, pire, de russifier un nom lituanien. Il faut dire que moi-même, je ne me fatigue pas à mettre les signe diacritiques sur le S, le C, le U, le E de Jukneviciene ou Starkeviciute

La journée de mercredi se passe en préparation fiévreuse de nos amendements sur le rapport Rapkai (finalement, ce ne sera pas si urgent, ce rapport sera discuté en commission en juillet et en plénière en septembre). Je reçois par ailleurs une délégation d’Afro-colombiens, je rédige quelques réponses aux messages sur le forum de mon blog que je n’avais pas touché depuis le Venezuela, je réponds à quelques lettres d’injures sur le procès de mon père, etc.

Au fait, les actes exhaustifs du colloque du 6 février, Crise des banlieues, rapport aux services publics : les réponses du tiers secteur, sont maintenant sur ce site !

Adresse de cette page : http://lipietz.net/?breve147

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  • SIEG. Lituanie

    CRISE DES BANLIEUES.

    En réaction aux commentaires de D. Voynet, des mammouths du PS ( ... et des morpions comme Mélenchon qui pratiquent l’entrisme « trosko-salinien »), etc. à l’égard de Ségolène, je propose l’interview/réponse de Ségolène Royal, candidate la plus écolo et la plus crédible pour battre les droites en 2007 :

    TELEVISION / FLASH : Ségolène Royal en duplex de Lille dans le 20H00 de TF1, ce soir, vendredi 2 juin. "République du respect et sécurité durable" Ségolène Royal était l’invitée de Françoise Laborde, ce vendredi 2 juin aux "4 vérités" sur France 2.

    - voir la vidéo  : http://les-4-verites.france2.fr/ ?date=2006/06/2&id_article=448

    - voir le script : http://www.desirsdavenir.org/actualites/4verites.php


    Samedi 3 juin 2006 à 13h23mn28s, par scoubidou (scoubidou@wanadoo.fr)
    lien direct : http://lipietz.net/?breve147#forum710
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