Pacte civique et Sénatoriales


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Mercredi 2 février 2011

La politique électorale envahit progressivement la scène écologique et nationale, alors même que le débat sur le fond (celui de la transformation sociale et de la conversion verte) semble s’épuiser sans avoir commencé. Est-ce une caractéristique de la "démocratie creuse" d’aujourd’hui ? Méfiance...

La presse se fait écho des violents affrontements à la fin du conseil fédéral provisoire (CFP) d’Europe Ecologie - les Verts, sur la date de désignation du (de la) candidat-e à la présidentielle. Empoignade qui cache la forêt : Europe Ecologie patine en matière de démocratie, d’invention d’une nouvelle façon de faire de la politique, et en matière de projet.

Dans la société, le débat sur le projet n’avance pas non plus. On est très loin des grands débats de société qui avaient précédés par exemple l’élection de 1981 ou celle de 1997. Libération et Marianne ont tenté de relancer avec les Etats Généraux du Renouveau à Grenoble. Énorme succès public, débats extrêmement intéressants, mais même Libération n’a fait un reportage que sur le cirque de Mélenchon et l’embarras de Jean-François Kahn. Alors à quoi ça sert ?

Localement, la bataille des cantonales est lancée, particulièrement dans le Val-de-Marne, et interfère puissamment avec la question des sénatoriales... qui vient de mettre en crise la fragile coopérative Europe Ecologie - Les Verts. On va commencer ce billet par là.

Val-de-Marne

Le Val-de-Marne est le dernier bastion communiste de l’Ile-de-France et même le dernier bastion tout court avec l’Allier.

Le Conseil Général est à majorité communiste, le département a deux sénateurs communistes et un socialiste.

La crise du parti communiste y est plus progressive qu’en Seine-St-Denis avec la formation de groupes citoyens municipaux, qui se coordonnent sous le nom de Gauche Citoyenne. Gauche Citoyenne compte plusieurs maires (Arcueil, Orly, Limeil-Brévannes...) et de nombreux conseillers municipaux qui participent aux élections sénatoriales comme grands électeurs. Cet électorat de gauche flottant hésite entre Europe Ecologie et le Parti de Gauche, dans la proportion deux tiers / un tiers jusqu’ici.

Europe-Ecologie a nettement progressé dans ce département, aux européennes comme aux régionales. Légitimement, les écologistes souhaitent obtenir au niveau départemental et sénatorial une représentation plus juste des aspirations de leur électorat. Nous avons donc demandé au PS et au PC de présenter des candidatures communes rééquilibrant la composition du Conseil Général et du Sénat. Le PC a accepté une liste commune qui donnerait probablement 1 sénatrice de plus à la gauche (une écologiste), mais au niveau cantonal ils refusent avec acharnement de « partager », comptant sur la faible mobilisation des électeurs pour maintenir de très anciennes positions acquises il y a plus d’un demi siècle.

Ecologistes et socialistes ont donc décidé de faire alliance sur le département pour les élections cantonales afin de tenter un réequilibrage du Conseil Général. Dans certains cas, des cantons devront être conquis sur la droite et dans d’autres sur le parti communiste. C’est le cas par exemple à Villejuif, où Europe-Ecologie a fait quasiment jeu égal avec le Front de Gauche aux élections européennes, et où les scores Verts + PS aux dernières cantonales pesaient plus que les votes communistes, mais qui est représenté par deux conseillers généraux communistes. Nous soutenons donc (nous : PS, Europe Ecologie - Les Verts, Gauche Citoyenne, Villejuif-Autrement...) un candidat écologiste (François Labat) sur le canton ouest tandis que Europe-Ecologie soutient la candidate socialiste (suppléant MRC) sur le canton Est...

Cet accord provoque la fureur du parti communiste qui, sans admettre qu’il est l’unique responsable de cette division au niveau cantonal, menace de rompre son accord au niveau des sénatoriales. Dans ce cas il y aura une liste socialiste-écologiste contre une liste Front de Gauche, et probablement il n’y aura que 3 sénateur de Gauche élus par les grands électeurs. Soit : 1 communiste d’une part, un socialiste et une écologiste d’autre part, soit au contraire et comme maintenant 2 communistes et un socialiste. On verra bien. Mais dans le cas où il y aurait deux listes, il faudra avoir une excellente candidate écologiste, susceptible de rallier les voix entre Front de Gauche et écologistes !

Quant à la campagne des cantonales, elle a extrêmement bien commencé mardi dernier à Villejuif par une réunion-débat en présence de Cécile Duflot et Benoît Hamon. 120 personnes se pressaient dans la petite salle de la Maison pour Tous Gérard Philippe, alors que le PC n’a pu lancer sa campagne que devant une petite centaine de personnes...

Nous comptons porter le débat sur le fond, en organisant un cycle de « débats du Mardi », avant de publier un programme de synthèse à la fin du mois de février.

CFP et sénatoriales

Hélas ! Ce week-end se réunissait le Conseil Fédéral provisoire d’Europe Ecologie.

Il est provisoire parce qu’il maintient une parité Verts / ex non-Verts, en attendant l’AG du printemps prochain.

Pour ma part, j’étais à Grenoble le samedi, et j’ai dû m’occuper de ma mère le dimanche après-midi. Je n’ai donc pas assister au cirque sur la date du choix de notre candidat présidentiel. Ce qui ne m’empêche pas de donner ici mon avis.

Cette bagarre sur les dates est extrêmement désagréable et typique de moeurs importés du parti socialiste. Si on veut avoir le débat « Hulot ou Joly », ayons-le tout de suite mais sur le fond. Pour moi, le problème avec Hulot c’est qu’il n’est toujours pas clair sur l’abandon du nucléaire, que Ushuaia a laissé des souvenirs peu écologistes, et qu’il ne s’inscrit pas encore clairement dans le regroupement des écologistes (voir l’article dévastateur du Canard enchaîné de cette semaine). Le problème avec Joly, c’est qu’elle a encore trop d’accent (ce qui la rend parfois inaudible, en particulier de l’électorat populaire… ayant un autre accent) et ne sait pas se bagarrer dans un débat télé.

Mais le choix de la date ne doit pas être fixé de façon à « embêter » Eva Joly. C’est vrai, Eva Joly a intérêt à une élection rapide car elle doit cumuler cette campagne pour la désignation avec la présidence de la commission Développement au Parlement européen. Elle ne va pas démissionner de la présidence de cette commission très importante pour nous, si finalement elle n’est pas choisie comme candidate ! Tous les militants écologistes devraient avoir l’élégance de le comprendre. Ceux qui jouent la montre pour la désavantager jouent en fait contre le travail des écologistes en direction du Tiers Monde.

Mais ces minables manoeuvres ne sont pas pour moi le plus grave de ce qui s’est passé ce week-end au CFP. La confusion qui en a résulté doit être d’ailleurs principalement attribuée aux fatigues d’un débat de fin de week-end. Elle ne doit pas masquer le vrai scandale de cette CFP : le débat sur les sénatoriales, ou plus exactement sur la douzaine de candidatures intégrées dans des listes unitaires avec le PS et à ce titre considérées comme plus ou moins « éligibles ».

Il est vrai qu’il avait été fort mal préparé. Le CNIR « élargi » avant la fusion des Verts et de EE avait rappelé que la décision était de compétence nationale (ce qui est vrai, mais il faut voir ce que cela veut dire) tout en laissant la possibilité de « consultations » de la base. Ces consultations ont eu lieu dans un certain nombre de départements. Elles ont abouti à la désignation de candidats préférés, dans un certain ordre.

Traditionnellement, les Verts disposaient d’une Commission électorale qui avait pour mission de rééquilibrer nationalement les votes locaux (par exemple : par tendance, mais surtout pour assurer la parité homme/femme). Une Commission électorale paritaire, comprenant la moitié d’ex non-Verts, a donc été créée. Mais, au lieu d’assurer l’équilibrage de desideratas locaux, elle s’est crue autorisée à les ignorer totalement, et a présenté au vote du CFP trois scénarios bloqués parachutant des candidats totalement inconnus localement, sous prétexte soit d’équilibrage entre ex-courants des Verts, soit de représentation d’ex non-Verts.

C’était le cas notamment à Paris (où les militants d’Europe Ecologie, toutes tendances confondues Verts et non-Verts, avaient choisi Alice Le Roy, auteure d’un reportage écologiste célèbre, et se voient bombarder une inconnue mais ex-Cap 21). C’est le cas en Maine et Loire mais un des scenarios est conforme au vote des militants.

En Val-de-Marne, le courant EEA des ex-Verts voulaient imposer une de ses représentantes (Suzanne, une amie, par ailleurs fort aimée dans le mouvement.) Les Val-de-Marnais avaient choisi Annie Lahmer, figure des luttes locales, ancienne attachée parlementaire européenne et actuellement directrice de cabinet de Jacques Boutault, d’où elle organise mobilisations et colloques pour toute l’Ile de France. Et ils n’avaient accordé… qu’une voix à Suzanne. Pourtant la Commission elctorale ne présente aucun scénario intégrant Annie Lahmer, et imosent au Val de Marne soit Suzanne , soit… Esther Benbassa, dont il n’avait jamais été question.

Que penser de telles pratiques ? Tout d’abord elles sont totalement inadaptées à la question qui nous est posée : désigner une bonne candidate Europe-Ecologiste au vote des grands électeurs pour le Sénat.

Les Verts sont contre le Sénat et pour la fusion-réorganisation des compétences région/département. Mais ils sont pour l’existence d’une deuxième chambre "des régions et collectivités territoriales" représentant non pas les préférences des citoyens au niveau national, mais la préférence des citoyens regroupés par collectivités territoriales. Le « Sénat de la VIème République » restera d’ancrage territorial. Et en tout état de cause, quand on s’engage dans une élection, on y va dans le cadre constitutionnel existant. Aux Sénatoriales, ce sont les « grands électeurs » (c’est-à-dire les élus, principalement conseillers municipaux) qui votent, et ils tiennent particulièrement à cet ancrage territorial.

Choisir un parachutage c’est donc risquer l’échec... ou alors profiter de ce qu’une candidate est noyée dans une liste qui la fera élire. Et nous avons vu qu’il y a de forte chance que ça ne soit pas le cas dans le Val-de-Marne : la candidate-sénatrice écologiste du Val-de-Marne devra aller chercher le vote des grands électeurs avec les dents, si elle est opposée à une liste Front de Gauche.

Mais par ailleurs, cette élection était la première occasion de constater qu’après un an et demi de transition, la fusion était réalisée dans EELV qui prévoit explicitement dans ses statuts la fin du lotissement des candidatures par courants internes. L’agression de la Commission électorale contre les militants est de ce point de vue extrêmement grave. D’autant qu’en présentant plusieurs scénarios, elle aurait pu avoir l’élégance de présenter au moins UN scénario conforme aux votes des militants !

Je monte à la tribune avec quelques autres pour protester. Nous déposons une motion demandant à la Commission électorale de se remettre au travail. Elle est rejetée par 2/3 des voix. Le vote a lieu ensuite et choisit la liste qui donne satisfaction aux militants du Maine et Loire... mais pas du tout à Paris et au Val-de-Marne

Dés le lendemain, la Commission administrative provisoire du Val-de-Marne (exécutif qui regroupe à parité Verts et non-Verts) vote à l’unanimité une protestation contre ce tour de force qui compromet grandement la conquête d’un nouveau siège à gauche pour le Val-de-Marne, et que ce siège soit écologiste. Il va de soit que je continue à soutenir la légitimité de notre candidate, Annie Lahmer. Cela dit, j’ai une grande admiration pour Esther Benbassa, pour son travail en faveur du dialogue entre juifs et musulmans, et entre Israéliens et Palestiniens, pour sa lutte en faveur de la liberté religieuse et du respect des minorités. Elle serait aussi une bonne sénatrice du Val de Marne. C’est pour moi un grand embarras d’avoir à combattre une candidature dont par ailleurs je serais fier !

Pacte civique

Des débats sur le contenu ? on en a eu plein aux Etats Généraux du Renouveau, organisés par Libération, Marianne et une pléiade d’associations.

Problème : je ne sais pas qui va en faire la synthèse politique et pour quoi en faire.

Je participe toute l’après-midi à une succession d’ateliers organisés par Patrick Viveret, Jean-Baptiste de Foucault, Claude Alphandéry et leurs amis. L’idée : déboucher sur un « Pacte civique » proposé aux partis et candidats (selon le modèle du pacte Hulot de 2007). L’originalité, c’est que le pacte comprend non seulement une liste de politiques publiques, mais également un engagement proposé aux citoyens et aux élus sur la manière de se comporter soi-même ! Il s’agit essentiellement de revaloriser la valeur « responsabilité ».

J’interviens pour souligner que cela va beaucoup plus loin qu’une exigence politique. Très certainement la gravité de la crise actuelle, équivalente à celle qui provoqua la Seconde guerre mondiale et déboucha en France sur le programme du Conseil National de la Résistance, exige ce double niveau d’engagement : un nouveau modèle de société, une vision du monde partagée, y compris individuellement, par des citoyens du monde responsables.

Le paradoxe : un tel pacte doit recueillir bien plus de 50 % pour que ses politiques soient mises en oeuvre, mais, tel qu’il est présenté par JB de Foucault, avec sa dimension « conversion », il ne s’adresse pour l’instant qu’à une élite ou à une mouvance politique fondant son action sur la « responsabilité ».

Le pacte est déjà signé par exemple par le président de la LDH et celui d’ATD Quart Monde, qui est présent et objecte par ailleurs : « Je ne sais pas si ce niveau d’exigence peut être assumé par une victime de l’exclusion sociale ».

Je remarque : « Mais justement, dans la Résistance et à la Libération, des pauvres se sont engagés pour un nouveau modèle de société et une nouvelle citoyenneté, et pas seulement les cadres passés par la Résistance et l’Ecole des cadres d’Uriage. Mais beaucoup se reconnaissaient dans un parti qui faisait l’apologie du stalinisme. Le problème aujourd’hui est que beaucoup d’exclus qui se « convertissent » le font via l’Islam ou le Pentecôtisme. »

Là-dessus, Claude Alphandéry intervient : « Oui, je dirigeais à l’époque un maquis dans la Drome. Nos troupes, c’étaient surtout des paysans. Tous rêvaient d’une démocratie sociale ».

Je suis exterminant ému d’entendre un partenaire politique évoquer ses souvenirs de la Résistance comme origine de ses engagements. Claude, comme Stéphane Hessel, a soutenu Europe-Écologie aux régionales. C’est une immense responsabilité pour nous, de s’inscrire dans une telle filiation. Il n’en est que plus déprimant de voir ce que certains cherchent déjà à faire d’Europe-Ecologie. Mais je suppose que c’était déjà le cas à la Libération…

À part ça : la direction de la Sncf a franchi un nouveau cran, beaucoup plus satisfaisant, dans l’examen critique de la collaboration de l’entreprise à la Shoah. Les mots sont dits, et avec force, par le président Guillaume Pepy. Cela dit, il s’accroche néanmoins au mythe « on était contraint , on ne pouvait pas faire autrement ». On ne pouvait pas faire très différemment, certes, mais le problème est que la direction de l’époque en a « rajouté ». Voir sur ce point mon commentaire du discours de Pepy.

Et à propos de Stéphane Hessel, j’ai signé avec lui une tribune sur « Quelles sanctions européennes contre Israël ? ». On peut la critiquer, mais ça évitera de faire dire à Stéphane n’importe quoi.

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Il y a 3 contributions à ce blog.
  • Pacte civique et Sénatoriales

    Pourquoi Europe-Ecologie les Verts doit se réjouir du choix d’Esther Benbassa comme sénatrice

    Ici ou là surgissent des clameurs étranges depuis qu’Europe Ecologie les Verts a rendu public la nouvelle : Esther Benbassa se lance en politique et brigue, sous l’étiquette écologiste, un mandat de sénatrice dans le Val de Marne. Les Parisiens ne savent pas ce qu’ils ratent. Les Verts de la capitale en consultation publique n’ont pas cru bon de prendre au sérieux sa candidature, la plaçant au dernier rang de leurs choix. Tant mieux pour le Val de Marne qui a besoin d’une femme de sa trempe, fine connaisseuse des problématiques banlieusardes.

    Je veux ici défendre la légitimité d’Esther Benbassa vilement attaquée par quelques fâcheux-ses dont je me targue de snober les cris d’orfraie qui s’escriment à dénigrer l’intellectuelle publique en la décrivant sous les oripeaux d’une arriviste sinistre doublée d’une opportuniste sans vergogne. Esther Benbassa est bien plus que ça. Son choix des Verts est un choix de cœur. Le choix d’abord de la parité à laquelle les Verts ont juré une fidélité absolue. Car, comme elle le dit si souvent à qui veut l’entendre, il est important que les femmes aient de la place.

    Certains, plus raisonnables, s’offusquent simplement de voir Mme Benbassa, jeune militante écologique, comme elle se décrit elle-même, briguer aussi vite une mandature dont le prestige ne se dément pas. « Il nous faut une candidature plus expérimentée », s’exclament les sceptiques. De mon côté, je dis place à la fougue de la jeunesse ! Car, oui, Esther est une jeune écologiste et non contente de bénéficier de toute la verdeur nécessaire, elle dispose de la force de la convertie. Car, ne nous le cachons pas, la France et les Français sont encore loin d’être des écologistes militants. Des gestes quotidiens aux impératifs politiques à plus haute échelle, l’écologie a encore de grandes conquêtes à faire. Quoi de mieux, dès lors, que de valoriser à Paris, l’exemple d’une femme qui a su tourné le dos à ses idéaux passés pour venir à l’avant-garde de l’écologie, guide du XXIe siècle.

    Je m’enorgueillis en effet, d’être de ces jeunes, proches d’Esther Benbassa – quoi qu’un peu éloigné depuis quelques temps – qui l’ont connu à une époque d’avant le chemin du Sénat, où, pour Esther, Kyoto rimait seulement avec Chine impériale, et qui l’ont sensibilisé à l’écologie, un des rares domaines échappant à sa profonde érudition. Pour vous permettre de mesurer le chemin parcouru, laissez-moi vous compter quelques anecdotes. Esther Benbassa, enseignante scrupuleuse s’il en est, a toujours exigé de ses étudiants une rigueur digne de celle à laquelle elle s’est toujours astreinte. Exigeant donc des rapports réguliers, là-voilà qui un jour me renvoie à mes chers études, jugeant mes précédents travaux indignes des standards universitaires :
    « Yaël, votre rapport, c’est du garbage intellectuel, je refuse désormais de vous lire tant que vous produirez des travaux aussi décousus ! Je suis une femme occupée et n’ai pas de temps à me consacrer à la médiocrité ! » Et me voilà penaud, récupérant d’entre ses mains dédaigneuses mon pensum et retournant à ma place noyer dans des océans de tristesse ma déconvenue et surtout tâcher de cacher ma grande tristesse d’avoir autant déplu à mon modèle. Feuilletant amèrement mon travail honni, voilà que je constate l’absence d’annotations sur le verso des pages. J’ose alors émettre timidement cette observation interrompant ainsi le cours de l’éminent séminaire. Le fidèle Jean-Christophe Attias se saisit de ma requête, feuillette également le rapport et le pousse timidement à sa compagne à sa gauche.
    « Esther il semblerait que tu n’aies peut-être pas lu entièrement les versos »
    Mais bien sûr que si !, lui rétorque aussitôt sa compagne qui lui arrache le maudit feuillet des mains, se mettant à le feuilleter frénétiquement. Puis là voilà qui le jette violemment.
    Yaël, pourquoi imprimez-vous vos rapports recto-verso, m’interpelle-t-elle.
    Je, euh, je… par soucis d’économiser du papier, éviter le gaspillage…
    Quelle idée, me coupe-t-elle ! Mais quelle idée stupide ! Dorénavant j’interdis à tous mes étudiants d’imprimer recto-verso, le centre Benveniste est riche et ce type de pratique n’est pas professionnel, conclut-elle. Et là voilà, maintenant adepte du développement durable, défenseur d’une consommation responsable. N’est-ce pas là la preuve d’une conversion des plus admirables ?

    Mais je sens qu’il en faut plus pour convertir les benbasso-réticents ! Laissez-moi alors vous abreuver d’anecdotes. 2006, pleine préparation du Pari(s) du Vivre ensemble, première édition. Mme Benbassa me donne une de mes premières leçons de fundraising
    « Vous savez Yaël, ce n’est pas rigolo de faire du fundraising !
    Non, Mme Benbassa
    Vous ne vous imaginez pas toutes les heures qu’il faut passer à sa taper des emmerdants qui vous raconte leur vie !
    Oh la la Mme Benbassa
    Oui, et le pire c’est qu’il croit que leur vie est intéressante.
    C’est terrible Mme Benbassa
    Mais le pire, ce sont les écolos !
    Ah bon Mme Benbassa
    Oui !
    Pourquoi Mme Benbassa ?
    Déjà ils vous bassinent avec l’écologie
    Incroyable Mme Benbassa !
    Et en plus…
    Et en plus ?
    Mais Yaël, ils puent !
    Ils puent Mme Benbassa ?
    Bien sûr qu’ils puent ! Ils ne se lavent jamais ces écolos ! et en plus ils sont sales et mal habillés avec leurs frusques mitées, vraiment c’est une sinécure de fréquenter ces gens là, mais il le faut bien sinon pas de mairie du XIe pour faire le vivre ensemble et pas de mairie de Paris. Que voulez-vous Yaël ! » Sidérant n’est-ce pas ! Et voilà aujourd’hui Mme Benbassa qui enchaîne sans arrière pensée les réunions politiques avec les Verts, convertie qu’elle est à la douche unique par jour, aux fringues en coton bio équitable et même aux achats de seconde main. Une conversion admirable vous dis-je !

    Je sens que vous commencez à prendre la mesure de l’exceptionnalité d’avoir Esther Benbassa dans notre camp ! 2006 toujours, Mme Benbassa qui aime avoir des relations intimes avec ses collaborateurs m’interroge sur ma maison et mon mode de vie.
    « Alors Yaël, comme ça vous vivez en banlieue.
    Oui, Madame.
    Dans un petit pavillon
    Oui, Madame.
    Un pavillon en Seine Saint-Denis, je pensais qu’il n’y avait que des tours et des loulous là-bas.

    Pas trop dur de vivre en banlieue avec tous ces… jeunes là ?
    Non, Madame.
    Et votre maison, vous m’aviez dit que vous aviez peint les murs à la chaux ?
    Oui, Madame.
    Et pourquoi s’il vous plaît ?
    Parce que c’est un peu plus écologique madame ?
    Ecologique quelle drôle d’idée ! ça veut dire que vous ne vous chauffez pas, que vous ne vous lavez pas ?
    Je me lave une fois par jour madame, en essayant juste de limiter mon temps sous la douche, pour le chauffage on essaie juste de régler le thermostat à 18 et de mettre un pull si on a trop froid.
    18 ! Quelle idée, tu entends ça Jean-Christophe ! Chez nous on règle à 22-23 !
    23 ?
    Bah oui pour les invités pour que les femmes ne se sentent pas le besoin de se couvrir, c’est important dans les soirées que les femmes restent un peu dénudées, non. Qu’en pensez-vous Yaël ?
    Oui, c’est surement, Mme Benbassa
    Alors, dites-moi qu’avez-vous donc d’autre d’original chez vous que je me renseigne quand même si vous m’invitez je sais déjà que je prendrai un pull ou deux !
    Et bien j’ai un lombricomposteur et je viens de fabriquer des toilettes sèches…
    Des quoi ? c’est quoi tout ça ?
    Un lombricomposteur, c’est un composteur rempli de lombrics qui mangent les déchets verts pour limiter le volume de nos poubelles. Il en sort du terreau que j’utilise dans mon jardin.
    Vous… vous avez des vers chez vous…
    Oui, Madame, enfin ils sont dehors la plupart du temps sauf en hiver où je les rentre…
    Des vers chez vous, mais c’est dégoutant… Jean-Christophe, je ne sais pas si on va aller chez Yaël c’est dégoutant. Et les toilettes sèches qu’est-ce encore ?
    et bien ce sont comme des toilettes sauf qu’au lieu de mettre de l’eau au dessus, on met de la sciure. Cela permet d’économiser quelques milliers de chasse d’eau par an.
    Bon sang, quel horreur, mais vous n’avez plus de toilettes normales ?
    Si bien sûr pour les invités
    Ah j’aime mieux ça, enfin je ne sais pas si j’ai trop envie encore de venir chez vous. Ca me semble un peu sale pour moi… » Et voilà comment ma modeste pratique écologique m’a interdit de recevoir Mme Benbassa à mon domicile. Mais amis écolos, aujourd’hui ce temps est révolu. Mme Benbassa convertie à l’écologie accepte toutes ces nouveautés avec la meilleure des grâces. Economies d’eau, de chauffage, développement durable n’ont plus de secret pour elle ! Je sens que certains doutent encore, alors laissez-moi vous raconter comment Esther Benbassa s’est convertie au transport en commun. Dieu sait qu’elle y était rétive.

    Voilà qu’un jour à un rendez-vous de travail à République, Mme Benbassa se présente légèrement courroucée avec plus d’une demi-heure de retard.
    « Enfin, vous voilà Yaël, ce n’est trop tôt !
    En effet !
    Comment ça en effet, vous ne vous rendez pas compte Yaël la circulation à Paris, les pistes cyclables. Impossible d’avancer ou de trouver une place de parking ! un vrai binz.
    Mais Madame Benbassa, vous habitez bien à côté de la place Voltaire.
    Enfin Yaël, vous savez bien où j’habite
    C’est direct en métro de chez vous.
    Yaël, en métro, mais vous délirez !
    Je délire ?
    Oui vous délirez ! Le métro ça n’est pas pour moi ! le métro ça pue et puis c’est dangereux pour les gens comme moi. Quand j’étais petite à Istanbul, je me faisais pincer les fesses dans les transports en commun. Depuis je n’en prends plus. Et puis le métro ça n’est pas sérieux, on est tout le temps en retard et puis de toute façon, je suis claustrophobe alors. »

    Voilà qui concluait autrefois les discours de Mme Benbassa. Mais maintenant, là voilà à battre campagne en RER dans le Val de Marne – contestant les méprisants qui prétendent qu’elle est loin du terrain –, à défendre la politique de désengagement des voitures, les pistes cyclables. Je vois que maintenant plus personne ne trouve rien à redire à la conversion sincère de Mme Benbassa. Oui qu’il est loin le temps où elle exprimait son mépris pour l’écologie jusque dans des textes où elle expliquait brillamment sa vocation d’historienne. « Je lisais mes feuilletons sur du papier de mauvaise qualité – qu’on appelle aujourd’hui recyclé – et qu’on utilise désormais aux diktats de l’écologie, notre nouvelle religion »

    Oui plus personne ne doute de la sincérité de l’engagement écologique de Mme Benbassa. Il est indéniable et incommensurable est le chemin parcouru ! Voilà que surgissent des murmures contradictoires. Ces murmures me disent mais les Verts ça n’est pas que l’écologie, c’est aussi la société, l’économie, l’école. Mais Mesdames et Messieurs les fâcheux. Plus que quiconque Mme Benbassa est bien placée sur ses sujets. Elle écrit des livres là-dessus ! Le racisme, c’est la spécialiste, les quartiers difficiles, les jeunes des cités. Ouvrez ces ouvrages, vous verrez tout ce qu’il y a à en apprendre. Elle est proche des immigrés qu’elle fréquent assidument, regardez ses amis Yazid Sabbegh, Bariza Chiari et tant d’autres autres. Mme Benbassa, c’est la diversité ! De surcroît, elle défend sans cesse les sans papiers, elle leur donne même du travail à refaire les plafonds de son appartement ou à poser la moquette ou monter les meubles de son bureau. L’école, comme elle le dit, elle la connait très bien. Elle a enseigné le français dans les années 1980. Et depuis ! Tous ces étudiants passés depuis plus de 10 ans sous ses auspices, les deux thèses qu’elle a fait soutenir ! Et sa réputation internationale. Parlez en à ses collègues de l’EPHE jaloux de son succès, pantois devant la qualité de ses apports à la science du judaïsme et au Je pourrais multiplier les exemples épiloguer des heures encore sur les qualités innombrables de Mme Benbassa. Vraiment il n’y a que les esprits chagrins pour contester l’honnêteté, le sérieux, la probité de la candidature de Mme Benbassa. A tous les amis écologistes qui doutent encore, je n’ai plus qu’un mot à dire. Votez Esther Benbassa !


    Mardi 5 avril 2011 à 11h24mn16s, par YaelF (yaelf@live.fr)
    lien direct : http://lipietz.net/?breve414#forum3891
    • Excellent sketch !

      Excellent sketch, Yaël !

      Mais je tiens à préciser ma position. Comme vous, j’apprécie l’oeuvre de Esther. Et je suis fier qu’elle ait rejoint EELV. L’écologie politique, vous le savez bien, ce n’est pas seulement la domestication productiviste des lombrics. C’est aussi et avant tout des rapports pacifiés entre les gens. Il est aussi important d’expliquer qu’on peut très bien co-vivre avec sa voisine à foulard, avec son voisin en kippa, ou les bonnes soeurs en sandalettes de la paroisse.Et Esther a beaucoup fait pour cela.

      Le problème pour moi est que le sénat est l’assemblée des territoires et que sur note territoire nous avons choisi Annie Lahmer, et en seconde position Chantal Duchene. Point.


      Vendredi 8 avril 2011 à 13h56mn51s
      lien direct : http://lipietz.net/?breve414#forum3895
      • Excellent sketch !

        Si, c’est pour le vivre ensemble, nul doute que vous avez fait le bon choix ! Esther Benbassa est un modèle de vivre-ensemble et EELV sera vite conquis ou plutôt pacifié grâce à sa présence !

        Quant à la question démocratique, Esther est également une grande démocrate. Je suis absolument certain que si vous lui expliquez vos arguments, elle se retirera d’elle-même, laissant la place à ceux que les militants on désigné. Enfin... je crois...


        Mardi 24 mai 2011 à 05h01mn09s, par Yaëlf
        lien direct : http://lipietz.net/?breve414#forum3929
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