Les Lituaniennes. Premiers « retours » de Toulouse..

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Vendredi 19 mai 2006

Fin de session pas folichonne à Strasbourg. J’en profite pour revenir sur les deux premiers jours.

Pendant que je dînais avec Evo Morales, la Commission Economique et monétaire se réunissait. Principal point à l’ordre du jour, la candidature à l’euro de la Lituanie, et subsidiairement de l’Estonie (la Slovénie ne posant pas de problème). J’avais, avec Monika Feigl-Heihs (excellente collaboratrice verte autrichienne, qui remplace l’excellente Inès pendant son congé de maternité), mis au point une ligne assez simple : faciliter l’entrée dans l’euro de la Lituanie. Non que je sois absolument persuadé que l’entrée dans l’euro soit déjà une bonne chose pour les « nouveaux entrants de l’UE ». Personne ne spécule contre leur monnaie, de facto arrimée à l’euro, et tant qu’ils n’y sont pas rentrés, ils peuvent encore ajuster leur parité. Mais après tout, ça les regarde. Or, la Lituanie a fait beaucoup d’efforts pour être parfaitement dans les clous en matière de déficit et d’endettement. Elle n’a qu’un minuscule problème : par rapport aux trois pays de l’Union où la hausse des prix est la plus faible, elle n’excède que de 0,04% l’écart autorisé. Sous ce prétexte, la Commission européenne lui refuse l’accès à l’euro.

Je trouve ça totalement injuste. Pour un pays croissant beaucoup plus vite que la moyenne (et c’est le cas pour plusieurs des nouveaux entrants, qui ont des taux de croissance quasi-chinois ), il est normal que l’inflation y soit un peu plus élevée que pour les pays en stagnation. La raison en est toute simple : cette croissance signifie que ces pays rattrapent à toute vitesse les normes de productivité du reste de l’Union, et s’enrichissent dans leurs rapports commerciaux avec l’Europe occidentale. Mais cette hausse du revenu par tête ne se traduit nullement en inflation pour les biens exportés (ceux pour lesquels la productivité croît le plus vite) : au contraire leur compétitivité augmente. En revanche elle se reflète presque intégralement dans le prix des services aux personnes, des commerces etc. Or, l’indice de prix utilisé pour mesurer l’inflation selon les critères de Maastricht est justement celui des prix à la consommation. Il est donc normal que ces pays en forte croissance de rattrapage aient une inflation plutôt rapide, cela ne fait que refléter l’enrichissement de la population, et cela ne nuit nullement à leur compétitivité. Monika m’explique qu’on appelle ça maintenant « effet Samuelson-Balassa ».

Nous avons donc rédigé deux types d’amendements, les uns demandant un traitement de faveur pour les pays entrants, à cause de l’effet Samuelson-Balassa, en tout cas pas moins "coulant" que pour les pays fondateurs en 1997 (seul le Luxembourg respectait alors pleinement les 5 critères de Maastricht), les autres contestant le choix des trois pays de référence dans l’ensemble de l’Union, ceux qui ont le plus bas taux d’inflation, actuellement Suède, Finlande, Pologne. Moyennant quoi, la Lituanie et peut-être même l’Estonie devraient être qualifiées pour l’euro.

Mais par delà cette position « flexible », j’ai une petite idée politique derrière la tête : tester le comportement du groupe libéral-démocrate. Celui-ci, du moins dans la Commission Economique, est tout aussi à droite que le PPE. Mais j’ai remarqué que les députées lituaniennes (Ona Jukneviciene, Margarita Starkeviciute) votent souvent un peu plus à gauche que leur groupe. Et de fait, elles représentent un parti qui occupe la gauche de l’échiquier politique lituanien. Si elles savent convaincre leurs collègues de groupe, alors il peut se former une coalition majoritaire, des libéraux aux communistes en passant par nous, pour cesser d’embêter la Lituanie.

Eh bien ! c’est exactement ce qui s’est passé : l’ensemble des groupes s’est rallié à mes amendements, à l’exception des sociaux-sadiques du PPE, qui se sont obstinés à exiger le respect à le deuxième décimale près des règles d’entrée dans l’euro !

Rien de très mobilisant pour moi dans les votes du mercredi et du jeudi. Nous mettons avec Stany la dernière main à notre « papier de prise de position » pour le débat sur le Livre blanc sur les Services Publics. Et j’observe, avant de partir pour le Venezuela, les premières réactions au procès de Toulouse, sur plainte de mon père et de mon oncle contre Etat et Sncf…

Beaucoup plus de réactions en emails directs que d’interventions sur le forum de mon blog. Là-dedans, environ une moitié de messages de félicitations et d’encouragements (pas seulement de juifs, mais aussi des diverses victimes de crimes de l’Etat français), et une moitié de critiques hostiles plus ou moins brutales. Ce second paquet se partage lui-même en trois : les mails carrément antisémites (« Vous, les pines coupées, vous commencez à nous faire chier »…, « Moi aussi, catholique, je vais porter plainte contre les protestants qui ont massacré mes ancêtres »), les mails de juifs craignant que toute cette histoire ne rallume l’antisémitisme, et enfin des mails « républicains », s’indignant qu’on demande des dommages à l’Etat et surtout à la SNCF pour une aussi vieille histoire. Je n’ai pas le temps de répondre, et je laisse la parole à mon beau-frère Rémi Rouquette, notre avocat, qui a rédigé une excellente réponse à la plupart des objections entendues.

Je n’ajouterai que deux mots à cette réponse de Rémi. D’abord, assez curieusement, la presse écrite a très peu parlé de ce procès (largement couvert par les télévisions et les radios), et quand elle l’a fait, elle s’est… carrément trompée d’une génération, me présentant comme demandant une indemnisation ! Ce sont mon père et mon oncle qui étaient plaignants, au nom de leur déportation à eux, et de celle de leurs deux parents à eux !! Et le Commissaire de la République leur a effectivement donné raison, détaillant une indemnité substantielle et partageant explicitement entre mon père et mon oncle le praetium doliris subie par leurs parents (c’est-à-dire mes grands-parents). Evidemment, le Commissaire de la République n’est absolument pas rentré dans la question de l’héritage de mon père, qui ne le regarde pas. Dans les faits, c’est ma mère (qui, avec ses trois enfants, avait repris le flambeau du procès intenté par mon père) qui aura l’usufruit de cette indemnité si le jugement final nous est favorable. Comme l’écrit Rémi, il aurait été scandaleux de la part du Commissaire de la République d’accorder un euro symbolique en compensation d’un crime qui a littéralement pourri la vie non seulement de mes parents, mais de millions de personnes. Et comme Maman partage en gros nos idées, nous saurons certainement discuter avec elle d’une saine utilisation de l’indemnisation proposée par le Commissaire du Gouvernement.

L’autre bizarrerie, sur laquelle il faudra que je revienne en détail un jour, est le traitement différent de la SNCF et de l’Etat. En effet, toutes les réactions hostiles objectent à un moment donné « Mais pourquoi la SNCF ? Vous savez bien qu’un tas de cheminots ont résisté. » Oui, mais de nombreux fonctionnaires ont eux aussi résisté, y compris dans la police de Vichy. Beaucoup d’amis de mes grands-parents doivent leur vie à ces flics qui, la veille de la Rafle du Vel d’Hiv, ont passé la nuit à courir prévenir autant de juifs qu’ils le pouvaient. Et, malgré cela, plus personne ne conteste aujourd’hui la responsabilité de l’Etat français, et la police a été épurée, comme tous les grands corps de l’Etat, et bien sûr la direction de la Sncf, en 1944-45.

Alors pourquoi ce traitement différent pour l’entité SNCF ? Parce que jusqu’à une date toute récente personne ne mesurait le degré d’autonomie de la SNCF vis-à-vis de Vichy, et la compromission parfois scandaleuse de sa direction (ni le comportement corporatiste-irresponsable d’une large partie de sa maîtrise : « Faut faire rouler les trains, scrogneugneu, quoi qu’ils transportent »). Comme d’ailleurs on ignora longtemps l’autonomie de Vichy par rapport à l’occupant nazi.

Ce n’est que par l’enquête de Monsieur Schaechter qu’on découvrit que, même après la Libération, la Sncf envoyait des factures des trains de déportation (tarif 3e classe ou « Congés payés » !!!!) à la République (avec menaces d’intérêts moratoires pour « tout retard »).

La SNCF réagit en confiant ses archives à des historiens : c’est le rapport Bachelier. Celui montre la réelle autonomie de la SNCF dans ce service public très particulier. Il se conclut par un sec « Des cheminots ont manifesté des actes de solidarité, individuels et isolés, avec les persécutés. Aucune protestation contre ces transports émanant de la SNCF ne figure ni dans les archives, ni dans les témoignages. »

Ce rapport de 1996 ne se trouve vraiment consultable que depuis la généralisation de l’internet. Le premier grand colloque d’historiens Une entreprise publique pendant la guerre : la Sncf 1939-1945, soulevant le manteau de Noé de la « SNCF résistante », date de 2000, ses Actes furent publiés en 2001, le livre grand public Les convois de la honte ne date que de 2005 !

By the way… n’oubliez pas de visiter aussi le site de ma sœur Hélène qui donne aussi sa vision de l’affaire !

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