Les premiers pas de Europe-Ecologie-Les verts


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Lundi 22 novembre 2010

Le 13 novembre, c’était à Lyon les assises fondatrices du nouveau parti-réseau : Europe Ecologie Les Verts. En réalité, les statuts et le manifeste on en ont été votés un mois auparavant en AG régionales et par internet (à 80 %). Quelques amendements ont été repoussés, n’ayant pas obtenu la majorité qualifiée.

Il a ensuite fallu attendre un mois pour laisser au parti Les Verts (propriétaire immobilier et détenteur d’une rente versée par l’Etat en fonction des dernières élections législatives…) le temps de décider de se fondre dans le nouvel ensemble, par referendum. Les Verts se sont pliés de bonne grâce à cette formalité nécessaire (à 85% : les tentatives de mobiliser une minorité de blocage ont été clairement condamnées.) Il n’y avait plus à Lyon qu’à choisir le nom du nouvel ensemble. On a entériné la pratique des 18 derniers mois : accoler les deux noms.

La nouvelle entité est donc un parti-réseau. C’est à dire qu’il se compose d’un parti de forme assez classique composé d’adhérents, inséré dans un réseau composé de coopérateurs. Les coopérateurs (et c’est cela la grande singularité de EELV, premier parti du 21ème siècle !) gardent toute leur indépendance, mais pouvent néanmoins s’associer aux initiatives et dans certains cas au processus de décision du parti. Ainsi est prise en compte la grande tension qui met en crise aujourd’hui la forme-parti : entre le caractère profondément individualiste de notre civilisation, et la nécessaire coopération pour se mobiliser et changer les politiques publiques. Les amendements rejetés de justesse visaient d’ailleurs à augmenter le pouvoir des coopérateurs sur le parti.

J’ai beaucoup, beaucoup donné, depuis les élections européennes, pour que cette expérience réussisse et j’en suis donc très heureux. Je ne participe pourtant pas à la grande messe à Lyon. J’y suis le matin même pour la réunion (très courue) de la commission projet, et le dimanche matin pour le sous-groupe projet économique et social. Mais l’après-midi du samedi, je dois faire un saut de puce à Paris où je suis le premier militant à représenter la nouvelle entité pour les cérémonies d’une autre organisation : le 40ème anniversaire de France/Amérique Latine !

Quand je reviens le soir à Lyon, je constate l’air jubilant de l’immense foule rassemblée dans la grande salle de la Cité des Sciences de Lyon. Ils étaient 2000 (plusieurs centaines ne s’étaient pas inscrits pour voter !) et pendant près de 8 heures ils ont écouté studieusement une impressionnante succession de discours et de tables-rondes d’un très, très haut niveau.

Vous pouvez retrouver tout ça en cliquant ici. Attention, le nouveau site, espérons-le définitif, a pour adresse : http://www.eelv.fr/ ! Si vous n’avez le temps de visionner qu’une chose, c’est, à mon avis et de très loin, le discours d’ouverture de Philippe Mérieu, la tête de liste régionale Rhône-Alpes. Tout y est dit, d’où vient EELV, ce qu’elle croit, ce qu’elle combat, ce qu’elle veut faire et comment elle va le faire.

Le discours, m’a t-on dit, d’Eva Joly, a été écouté dans un silence religieux. Pourtant, déjà, on murmure - et elle le confesse - qu’elle n’a pas été très bonne à un débat de France 2, bousculée par les injures (« populistes » !) alors qu’elle cherchait à présenter son truc. Du coup les journalistes s’emparent de la venue de Nicolas Hulot (qui se mouille enfin pour le rassemblement des écologistes) pour insinuer que Hulot pourrait fort bien la remplacer. Ou plutôt que l’on pourrait pousser Hulot à contester Eva Joly afin de remettre en selle une candidature Cécile Duflot. Bref, nous serions déjà revenus au bon vieux temps !

Il y a une véritable difficulté : Eva n’est pas du tout rompue à ce genre de débat de chiens, auquel elle ne peut adhérer de par son statut de présidente de la commission du développement du Parlement Européen et de postulante candidate à la Présidence de la République. Arrêt sur image m’a d’ailleurs invité à venir discuter de cette prestation. J’explique d’entrée le piège dans lequel la chaîne l’a attirée en lui faisant miroiter de tout autres interlocuteurs (voir ici sur Mediapart.)

Europe Ecologie a d’autres difficultés. Pendant mon aller-retour à Paris, je suis sur mon portable, avec consternation, les listes internes des Verts monopolisées par les messages peu amènes de la tendance grognon. Elle est très minoritaire (15%), mais la grogne ne doit pas être sous-estimée, même chez celles et ceux qui ont voté Oui au rassemblement (ou se sont abstenus), et cela fait des mois que je crie casse-cou. La période de la co-existence entre les Verts et Europe-Ecologie a été utilisée par la direction des Verts pour s’autonomiser totalement de sa base, violant ainsi la profonde culture démocratique des Verts. La grogne est appelée à perdurer tant qu’une direction parfaitement légitime, c’est-à-dire régulièrement élue après débat, n’aura pas été désignée. Et ça ne sera pas avant plusieurs mois…

Autre préoccupation : la nouvelle organisation n’a pas vraiment fonctionné comme un groupe de coopérateur, et encore moins comme un parti, dans la première grande bataille sociale qu’elle ait vécu, la bataille des retraites.

Elle s’y est honorablement comportée, c’est-à-dire que d’une part nous avons suivi régulièrement les réunions du Collectif unitaire, participant à la rédaction de ces textes, y contribuant en mettant en avant le thème de la réduction du temps du travail et d’une nouvelle vie après la retraite, et participant à tous les meetings unitaires (voir par exemple le mot-clé de ce site). Dans beaucoup de villes, les militants en ont fait autant. La commission économique a bien travaillé en produisant un contre-projet solide opposable à la réforme de Sarkozy-Fillon, massivement diffusé dans les manifs. Sur le nouveau site de EELV, je précise l’état du débat et ce qu’il nous reste à trancher. À vos claviers !

Mais tout cela s’est fait de manière éparpillée. On ne peut pas dire que la direction ait si peu que ce soit participé à la pensée politique de cette bataille, ce qui m’a souvent mis dans l’embarras face aux décisions à prendre dans le Collectif unitaire.

Anecdotique mais typique : la question des manifs.

A Paris, devant l’immensité des cortèges, la Préfecture a, dés le mois de septembre, pris la décision de proposer deux parcours parallèles partant du même point et arrivant au même point. J’insiste qu’il s’agissait de « manifestations Ile-de-France ». Une des grandes conquêtes de cette lutte (déjà apparue contre le CPE), c’est que chacun a manifesté sur son territoire : il y avait plus de 200 cortèges en même temps, à chaque journée, dans toute la France ! On ne voyait pas ces cohortes de cars et de trains spéciaux déferlant sur Paris. L’importance des cortèges parisiens n’en était que plus impressionnante.

Dans ces conditions, il était extrêmement important d’avoir de très nombreux tracts, et surtout deux « points fixes » pour distribuer sur les 2 cortèges. Or ce n’était pas du tout le point de vue de la direction nationale. Pour elle, il suffisait d’avoir un point fixe où les journalistes viendraient interviewer les vedettes du mouvement !

Ce n’était pas l’avis de la direction de l’Ile de France et notamment de Natalie Gandais, sa porte-parole. Avec obstination, elle exigeait la possibilité d’avoir deux points fixes car, pour elle, les militants politiques doivent d’abord s’adresser au mouvement social et l’écouter. Comprenant assez vite qu’il ne faudrait pas compter sur l’aide des quelques jeunes permanents du « siège national » (d’ailleurs très peu rompus à la technique d’installation de banderoles et de drapeaux sur les parcours…), Natalie recruta peu à peu une équipe de « retraités qualifiés » dont j’ai eu l’honneur de faire partie.

C’est ainsi que, samedi 6 novembre, sous une pluie battante, je rejoignais le point fixe Ile-de-France en traînant dans le métro mon petit cabas de commissions à roulettes chargé de drapeaux et de banderoles. Ivan Villa, bien connu des internautes, parti en reconnaissance, me MMSait les points d’installation possibles. Nous nous retrouvâmes donc à 4 retraités dont 3 polytechniciens, dont 2 ingénieurs des Ponts, tous anciens marxistes et léninistes : bref parfaitement qualifiés pour marquer impeccablement de drapeaux et banderoles un quadrilatère d’arbres et de feux tricolores, en 5 mn chrono avec l’aide d’un jeune écologiste. Parti cherché les tracts à l’autre point fixe, je ne pu qu’observer l’esthétique relative du « rassemblement des vedettes ».

Ces incidents répétés soulèvent en réalité deux problèmes. A qui s’adresse t-on dans les manifestations, à qui s’adresse t-on quand de larges pans de la population française se soulèvent ? Et qui assure la formation politique et technique, la transmission aux jeunes militants ? un vrai problème qu’EELV va devoir résoudre.

Autre problème : la mobilisation dans la durée pour construire le projet.

Une semaine après la convention de Lyon, nouvelle réunion à Lyon (hasard du calendrier fixé par la disponibilité des salles). Une équipe, formée lors du forum « Solidarités Nord/Suds » des Journées d’Eté de Nantes, organise une première réunion de débat public autour de ce thème. Un thème fondateur, puisque c’était celui d’élection de notre père à tous, le grand agronome René Dumont. Sont d’ailleurs venus les deux fils spirituels les plus influents de René : les grands agronomes Marc Dufumier et Marcel Mazoyer. Sont là également les représentants de mouvements de solidarités Nord/Sud (CRID, CCFD…). Journée absolument passionnante qui arrive (« presque », et c’est bien là le problème !) à remplir le samedi après-midi un amphi de l’Université Louis Lumière. Avec la présence d’Eva Joly, Michel Rivasi, Pascal Canfin (eurodéputé-e-s), et Véronique Moreira, vice-présidente du Conseil régional en charge de la question… mais sans aucune aide, même pour l’information, d’Europe Ecologie local, épuisé (ce que l’on comprend) par le week-end précédent. D’où une faible participation militante rhone-alpine. Dommage… mais tout est filmé, je vous dirai où retrouver tout ça.

Je comprends parfaitement les camarades lyonnais, qui ont abattu un travail absolument impressionnant pour organiser les assises constitantes. Cela dit, la coopération qui leur était demandée n’était pas excessive, et après tout, tous ceux et celles qui étaient là avaient aussi assumé pas mal de tâches dans les semaines et les mois écoulés, et s’apprêtent à enchaîner des réunions pendant les 6 prochains mois pour débattre du projet chapitre par chapitre. Le chantier a déjà du retard !

Bref, Europe-Ecologie-Les Verts retrouve bien des traits des Verts : auberge espagnole où l’on apporte son manger, et où il ne faut guère compter sur la « discipline de parti » pour donner deux coups de collier de suite (un coup, ça va…). En témoignera, le lendemain près d’Aix en Provence, la réunion suivante sur « l’éthique de la gestion mubicipale », cette fois franc succès militant.

Mais je vous raconterai demain.

Adresse de cette page : http://lipietz.net/?breve407

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Il y a 1 contribution à ce blog.
  • Les premiers pas de Europe-Ecologie-Les verts

    Bonjour,

    Au delà des manœuvres politiques, et puisque vous évoquez vous-même votre appartenance au "corps" des Ponts, je trouverais intéressant que vous nous éclairiez, plus ou moins de l’intérieur, sur l’évolution de ce système, avec la fusion du corps des Ponts et de celui du GREF, sur fond de plus ou moins super-grand ministère de l’écologie, et de réorganisation-fusion des administrations à l’échelle régionale et départementale...

    Pour ma part, j’ai quelque difficulté à apercevoir la plus-value apportée par le ministère d’État du développement durable et de l’écologie initialement formaté pour Juppé, avant d’échoir à Borloo. Me trompé-je ?

    J’ajoute, incidemment, que je viens de voir que venait d’être promu comme "chef de corps" des nouveaux IPEF un ancien directeur des routes, ancien préfet, qui fut - et reste sans doute - un fervent militant du système autoroutier ; Christian Leyrit en l’occurrence.

    Bref, voilà qui pourrait faire le thème d’un excellent billet de plus ;-).

    Cordialement,

    Loutron


    Mercredi 24 novembre 2010 à 06h00mn07s (loutron@sfr.fr)
    lien direct : http://lipietz.net/?breve407#forum3840
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