lundi 23 octobre 2017

















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[2002i] " René Dumont. 1904 - 2001 ", Universalia 2002, Encyclopaedia Universalis, Paris, 2002

(art. 965).


par Alain Lipietz | 2002

Universalia 2002, Encyclopaedia Universalis, Paris
René Dumont (1904 - 2001)
Publication légèrement modifiée par les éditeurs
[2002i] " René Dumont. 1904 - 2001 ", Universalia 2002, Encyclopaedia Universalis, Paris, 2002

René Dumont est décédé le 18 juin 2001, à l’âge de 97 ans, après une vie de chercheur et de militant pacifiste et tiers-mondiste, actif jusqu’au bout en collaboration avec sa compagne Charlotte Paquet. Il fut à la fois un très grand agronome, peut-être le plus grand connaisseur des paysanneries de la planète, et l’un des fondateurs de l’écologie politique française, premier candidat écologiste à se présenter à l’élection présidentielle, en 1974. Son livre de 1962, L’Afrique noire est mal partie, l’avait fait connaître du grand public.

Il n’était pourtant pas né écologiste. Il fut d’abord (à la Reconstruction de 1945, aux côtés de Jean Monnet) un chantre de la modernisation des campagnes françaises, du remembrement et du drainage, puis de la "Révolution verte" (c’est-à-dire des variétés à haut rendement) pour nourrir le tiers-monde. Il allait sur ses 70 ans quand il rédigea son premier livre pleinement écologiste, L’Utopie ou la mort (éd. Seuil, 1973). Sa prise de conscience est faite de ruptures, sur la base de l’expérience. Mais, jusqu’à un âge très avancé, ces ruptures se fondent sur une continuité, qui s’enracine dans l’enfance, à l’arrière immédiat des tranchées de 14-18 : le souci des hommes et de leur souffrances. Et elles s’étayent d’une méthode. En tant qu’ingénieur agronome, il va sur le terrain : cinquante ans d’études, de diagnostics, de propositions, de missions sans concession pour la Banque mondiale ou les gouvernements locaux. Il voit les problèmes, cherche à les résoudre, enseigne les solutions. Si la technique suffit, tant mieux. S’il faut pour la mettre en ½uvre changer les rapports sociaux, il le dit. Si la technique devenue folle trahit ses promesses, alors il faut rompre avec le productivisme, et va pour l’écologie. Le but est toujours le même : la survie de l’espèce humaine, de génération en génération, dans son rapport avec la Terre.

Né en 1904, il s’embarque à vingt ans pour étudier la culture du riz en Asie, et déjà découvre l’exploitation coloniale (La Culture du riz dans le delta du Tonkin, 1935). Il s’enthousiasme pour l’agriculture moderne (Les Leçons de l’agriculture américaine, 1949), mais bien plus encore pour les révolutions agraires (Révolution dans les campagnes chinoises, 1957). À soixante ans, il se persuade du double échec du “ développement à l’occidentale ” et de ses imitations socialistes (Développement et socialismes, 1969). Il peut enfin conclure à l’unité indissoluble qui fonde l’écologie politique -un rapport sain entre les hommes, un rapport sain entre l’humanité et la terre (Paysans écrasés, terres menacées, 1978)- et prendre congé du socialisme étatiste et productiviste (Finis les lendemains qui chantent, 1983-1985, avec Charlotte Paquet).

Il peut alors se payer le luxe, à quatre-vingts ans, de dénoncer les crimes du néocolonialisme en Afrique (Pour l’Afrique, j’accuse, 1986) et, en même temps, de souligner les aspects positifs (réforme agraire, priorité aux petites entreprises) du développement de Taïwan (Taïwan, le prix de la réussite, 1987).

À la fin de son siècle, pas un homme ne connaît aussi bien la terre et ses hommes. Ses diagnostics d’ingénieur sont devenus de stupéfiantes prophéties. L’expert a maintenant le droit à l’imprécation (Cette guerre nous déshonore, 1992, Famine, le retour, 1997)

Que retiendront de lui les hommes du XXIème siècle ? D’abord ceci : le développement n’est pas tant une histoire d’argent, d’engrais ou de semences, même s’il faut apprendre à les gérer. Les rapports entre les humains et leurs champs dépendent d’abord des rapports des humains entre eux. Pas de bonne agronomie, pas de lutte contre la faim, sans lutte contre la corruption, pour un “bon gouvernement” - et un ordre économique mondial favorable au travail humain. Ensuite : un bon développement ne consiste pas à forcer “ l’artificialisation ” de la nature. Il s’agit de développer des rapports sociaux respectueux de chacun, et d’abord dans la paysannerie - qui est la base de tout, y compris du développement industriel - permettant au paysan de s’approprier des techniques soutenables pour la terre qu’il cultive. Et enfin (surtout à partir de ses travaux sur l’Inde) : la base des bons rapports sociaux entre les humains (et donc avec la nature), c’est un bon rapport entre hommes et femmes. Pas de maîtrise de la démographie sans émancipation des femmes.

Biographie

J.-P. Besset, René Dumont, une vie saisie par l’écologie, éd. Stock, Paris, 1992.

Bibliographie

La réédition thaïlandaise de son premier livre, La culture du riz dans le delta du Tonkin, contient une bibliographie complète : René Dumont, Prince of Songkla University, 1re édition 1935, réédition 1995, Éditions, Collection Grand Sud, Dépositaire Général Septorient, BP 323, 13611 Aix-en-Provence cedex 1.




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