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par Alain Lipietz | 4 octobre 2010

Marina Silva : "Une Eva Joly brésilienne"
Entretien avec Alice Pouyat, JDD.fr
LANGUE ET TRADUCTIONS DE L’ARTICLE :
Langue de cet article : français

Marina Silva : "Une Eva Joly brésilienne"

Entretien avec Alice Pouyat pour le Journal du Dimanche, JDD.fr

Elle a créé la surprise au Brésil. Marina Silva, ex-ministre de l’Environnement de Lula engagée contre la corruption, a recueilli 19,3% des suffrages au premier tour de la présidentielle brésilienne. Une percée sur laquelle revient Alain Lipietz, un Vert français qui suit de près l’écologie politique en Amérique du sud.

Comment expliquez-vous le score de Marina Silva. Est-ce l’émergence d’une conscience verte au Brésil ?

Le Brésil est le pays de l’écologie par excellence. Les Brésiliens ont une relation très forte avec la nature. Elle est présente sur son drapeau, à travers l’un de ses symboles, le toucan, dans sa culture. Il n’est donc pas étonnant que les questions environnementales émergent. Mais ce n’est pas suffisant pour expliquer les 20% de Marina Silva.

C’est aussi un vote de contestation ?

Le parti vert a toujours été le refuge critique du Parti des travailleurs. Alors que Dilma Roussef allait l’emporter, que l’élection semblait jouée d’avance, Marina Silva a rassemblé les mécontents du modèle de développement centré sur l’exportation et technocratique de Lula. Elle a fédéré les déçus de sa politique économique, dure pour les travailleurs (malgré un tout début de politique sociale dont il faut lui savoir gré) et pour la nature.

La personnalité de Marina Silva joue aussi…

Marina Silva est un peu la martyre du Brésil : une jeune fille modeste venue d’Amazonie qui a réussi à gravir les échelons de la haute fonction publique. Entrée au gouvernement, elle s’est battue pour influer sur la politique environnementale de Lula. Elle a lutté contre sa politique d’exportation d’OGM, contre la déforestation. Mais, au bout de 7 ans, après avoir pris baffes sur baffes, elle a claqué la porte. Elle a fait ce qu’elle a pu. On ne peut pas lui reprocher d’être allée à la soupe. Elle bénéficie donc d’une sorte de prime à l’héroïsme et on peut penser que la moitié de son électorat n’est pas environnementaliste mais qu’il a plébiscité une femme intègre, un peu comme pour Eva Joly.

Marina Silva, un Eva Joly locale donc ?

Oui, on peut dire cela ! Elles sont toutes deux parties du peuple, sont entrées tardivement en politique, en luttant contre la corruption, avec ce même aspect frêle et déterminé.

Que pèse le parti Vert au Brésil ?

Pas grand-chose, il y a peu de députés. Marina Silva a du faire sa campagne sans moyens, avec peu de passages à la télévision. Il fallait une personnalité comme la sienne pour peser de la sorte.

Quel est le bilan de la politique écologique de Lula ?

Il est catastrophique. Il a encouragé les OGM à outrance, a lancé des barrages archaïques comme on n’oserait plus en lancer et qui seront engorgés d’ici 20 ans. Il a soutenu de grandes infrastructures qui ont "bidonvillisé" l’’Amazonie. En bref, il a répété toutes les erreurs des ses prédécesseurs, en suivant un modèle de développement inventé dans les années 1940 et exacerbé sous la dictature

L’écologie n’est donc pas la priorité des Brésiliens ?

Pour les Brésiliens moyennement pauvre, c’est-à-dire la majorité de la population, l’écologie reste un bien de luxe. Ils aspirent à une société de consommation européenne, sans se rendre compte du coût que cela peut avoir pour l’environnement. En même temps, comme je le disais, ils sont très attachés à la nature. Ce n’est pas un hasard si deux accords majeurs – sur le climat et sur la biodiversité – ont été signés à Rio en 1992, au Sommet de la Terre. Le Brésil est « un pays d’avenir », mais un pays toujours partagé entre deux avenirs : la protection ou la destruction de son patrimoine. Le débat n’est pas nouveau, il date de l’esclavagisme. Lula, a fait peser la balance du côté des agro-industriels, le Brésil est devenu le grenier à OGM du monde. Mais les questions d’environnement resteront omniprésentes.

Mockus en Colombie, Silva au Brésil… Après la vague rose des années 2000,
peut-on assister à une vague verte en Amérique du Sud ?

On peut déjà parler de razzia verte ! La vague de gauche qu’incarnait Lula, et qui a touché presque toute l’Amérique du sud, a suscité des déceptions. L’émergence des Verts est une réponse à cette gauche classique qui compte sur l’Etat et sur l’industrialisation en détruisant la nature. Elle exprime surtout le rejet de la corruption : c’est une réaction morale, presque épidermique. On l’a vu avec Antanas Mockus en Colombie (27,5%), au Chili avec Marco Enriquez (20,5%), ou avec Marina Silva au Brésil. Les petits partis d’extrême gauche traditionnels, maoistes ou trotskistes, qui ont joué un rôle important en Amérique latine, laissent place à des mouvements citoyens, qui ne sont pas des partis de classe mais qui prônent des valeurs qui touchent tout le monde, la solidarité, l’intégrité, les biens communs…




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