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par Alain Lipietz , Yves Cochet , Jacques Boutault , José Bové , Karima Delli , Michèle Rivasi | 19 septembre 2013

, Le Monde
Taxer ce qui nuit rend le monde plus vivable
Il a suffi d’une semaine pour que le gouvernement Ayrault compromette les espoirs qu’avaient fait naître le "changement" de 2012 et le Grand débat sur la transition énergétique et écologique.

Un consensus se dégageait : oui , il est possible de sortir en même temps de la crise sociale et des crises écologiques, car les activités pour faire reculer ces dernières créent plus d’emplois que le modèle en crise. Et oui, il est possible de financer ces activités, en reportant la fiscalité du travail sur la taxation des pollutions.

Hélas ! Coup sur coup, on annonçait le report de la loi censée concrétiser cette longue négociation, l’éviction de toutes les associations "lanceuses d’alerte" liées à la problématique environnement-santé (pesticides, ondes, produits chimiques, océans, déchets...), le renoncement à la suppression de la niche diesel, le report de la taxe poids-lourds, qui s’ajoutent à l’approbation d’une politique agricole européenne favorable aux grands céréaliers productivistes... Et tout cela au nom de "la croissance".

Quel point commun dans ce catalogue des causes sacrifiées à "la croissance" économique ? La santé. Une très vieille histoire. La découverte du caractère cancérigène du diesel ne date pas d’hier : on en débattait déjà sous Lionel Jospin. 15 000 morts "prématurées" par an, 41 000 comme cofacteur : deux fois plus que les accidents de la route, ou que l’amiante...

Justement : l’amiante, déjà reconnue cancérigène avant-guerre : comment avons nous pu supporter cela si longtemps ? Le Bisphénol A ? Les perturbateurs endocriniens ? Les radiations ? Bien sûr, on sait, et depuis longtemps, mais voilà : la croissance... Durant les trente glorieuses, on acceptait. La France peu développée accédait à l’American Way of Life : c’était le prix à payer. Les syndicats négociaient des primes d’insalubrité, les consommateurs fermaient les yeux.

Puis sont venues les années 1980, les premières alertes, et le mouvement écologiste qui défendait "les générations futures". Maintenant elles sont là, et nous sommes toujours là, avec nos enfants et petits-enfants, empêtrés dans un modèle où la croissance est paralysée et nos vies sans doute écourtées.

Les maladies chroniques et le coût de la santé explosent (12 milliards d’augmentation du cout du diabète entre 2002 et 2007 !). Alors que de nombreuses maladies professionnelles ne sont toujours pas reconnues, les chiffres officiels font déjà froid dans le dos : chaque année, 18 000 salariés décèdent d’accidents et de maladies liées au travail. Et les paysans sont les premières victimes des pesticides qu’ils emploient.

Certes nous disent les "sages" gouvernementaux, mais le pli est désormais pris, on ne change pas un modèle qui échoue. Alors on subventionne le carburant diesel par une niche fiscale, on subventionne l’automobile diesel par les primes à la casse. Jusqu’à la crise de PSA trop engagée dans une technologie empoisonnée.

Car il faut dire aussi que subventionner la pollution diminue les prix, taxer la pollution les augmente. Mais c’est bien ce que les écologistes se tuent à vous demander : taxez ce qui nuit, subventionnez ce qui rend le monde plus vivable et plus beau !

Vous avez eu, Monsieur le premier ministre, dix occasions, en dix-huit mois, de taxer la pollution pour résorber les déficits légués par vos prédécesseurs. Vous pouviez compenser, par une ristourne, la ponction sur les "pollueurs contraints" les plus démunis. Qu’avez-vous fait, qu’allez-vous faire ? Taxer les revenus du travail, celui des salariés ou des petits entrepreneurs, par les cotisations sociales, par la TVA...

Oui mais... La croissance ! Croissance de quoi au juste ? De la santé ou des maladies ? De l’emploi ou des travailleurs malades ? Tous les experts de la recherche publique vous le répètent : il y a beaucoup plus d’emplois à créer dans les économies d’énergie ou la nourriture saine que dans ce gaspillage morbide. C’est par une politique de transition écologique rapide et résolue, et seulement ainsi, que l’on sortira de la crise de l’emploi, de l’alimentation, de la santé, de l’énergie, du climat.

Avant l’été et encore samedi 14 septembre par la bouche de leur secrétaire national, les écologistes vous en ont adjuré : changez de cap ! La Conférence environnementale s’ouvre le 20 septembre. C’est l’occasion ou jamais de revenir au cap pour lequel nous nous étions embarqués ensemble : la transition écologiste, pour sortir de la crise. Maintenant.

Jacques Boutault, maire EELV du 2e arrondissement de Paris ; José Bové, député européen EELV ; Yves Cochet, député européen, ancien ministre de l’aménageemnt du territoire et de l’environnement ; Karima Delli, députée européenne EELV ; Alain Lipietz, membre d’EELV ; Michèle Rivasi, députée européene EELV.

http://lemonde.fr/idees/article/2013/09/19/taxer-ce-qui-nuit-rend-le-monde-plus-vivable_3480272_3232.html




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