jeudi 18 janvier 2018

















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par Alain Lipietz | 7 août 2006

Réponse à quelques mail et bilan personnel du courant Reconstruire-DDV-RDV
Si je prends le temps de rédiger un bilan relativement complet, tant politique que personnel, c’est que ma position, mon trajet, au sein du courant Reconstruire - Désir De Vert - Regain Décidément Vert, n’est pas exactement celui du simple « signataire » de motion (que je respecte, faut-il le dire déjà...), mais que certain-e-s lectrices ou lecteurs, pour le meilleur ou pour le pire, m’ont fait confiance et suivi dans mon choix de promouvoir ce courant.

Pourquoi

Je n’ai pas fait de la politique pour le plaisir, mais pour servir. Mon plaisir, ma vie, c’était l’exploration des mythes fondateurs de l’humanité, les rapports hommes-femmes, le sens de la vie qu’exploraient bien plus directement les tragédiens et les poètes (la Phèdre de Racine, les recherches de Mallarmé pour éterniser notre bref passage à travers la matière...) Vivre ? c’est transformer en conscience une expérience aussi large que possible. Mais de tels cheminements n’avaient de sens pour moi que s’ils servaient toutes mes sœurs et frères humains. Il faut déjà que le monde, que les rapports sociaux soient vivables, pour que l’on parle de l’amour et du sens de la vie...

Entré en politique à l’age de 15 ans, d’abord par révolte contre l’injustice du monde (la guerre d’Algérie, la question du tiers-monde), et déjà pour l’Europe comme réponse à la tragédie mondiale de 1939-45, radicalisé par Mai 68, passé par le PSU, la GOP, la fraternité de Lip et du Larzac, j’avais pensé trouver chez les Verts le point de jonction entre mon activité de chercheur et les liens personnels et collectifs qui me liaient aux peuples du monde. Conseiller régional, porte-parole national, puis eurodéputé, en parallèle, que dis-je, en conséquence, de mon activité de chercheur, j’avais toujours pensé qu’il fallait comprendre pour agir, comprendre afin d’agir.

Il fallut d’abord repousser chez les Verts la tentation du « ni droite, ni gauche ». Ce fut le combat du courant Verts Au Pluriel - Ouverts, avec Dominique Voynet, Marie-Christine Blandin et quelques autres, sous l’œil bienveillant de René Dumont. Avec elles et eux, j’avais lutté de toutes mes forces contre l’Europe libérale que coulait dans le bronze le traité de Maastricht, j’avais lutté de toutes mes forces pour que l’écologie politique soit en position de changer le cours des politique publiques, de recoudre une société déchirée (notamment à travers le partage du travail et des richesses), de faire de l’Europe le laboratoire d’un monde fondé sur le droit et la démocratie, orientée par le souci de la solidarité planétaire et du développement soutenable.

En 2001, ma candidature à la présidentielle visait à « dire » une gauche écologiste et efficace, comme une étape, pas la dernière, de mon parcours politique. Simplement j’avais « envie » d’être celui qui expliquerait, le temps d’une campagne, tout ce que les écologistes avaient à dire, avant de passer à autre chose, à ce qui me motivait vraiment, en politique (une Europe vivante, démocratique, ouverte, un monde qui affronterait ses injustices et son irresponsabilité), comme en littérature (un monde qui chanterait son espérance).

J’ai mesuré que cela ne convenait pas à tous les Verts et que certains avaient intérêt à briser ce rêve collectif, et les moyens de le faire. Le combat, qui pour moi n’avait de sens que tourné vers le monde, devait passer par une nouvelle phase de rénovation interne des Verts eux-mêmes : un réajustement de notre fonctionnement au sein de la gauche, après la rupture avec le ni droite - ni gauche. On ne peut nourrir de telles ambitions pour la planète sans se secouer un peu soi-même. Ce fut l’ambition de « Reconstruire l’espérance » (AG de Nantes), « Désir de Vert » (encore à Nantes) et de « Regain : Décidément Vert » (à Reims).

Alors, il faut bien aujourd’hui tirer le bilan de ce détour, pour continuer à oser militer, oser rêver d’un autre monde possible (mais qui, disait Eluard, « est dans celui-ci »). D’autant que récemment, sur la liste de débat interne du courant RDV, isd2004 (plus guère courue), une poignée de mails particulièrement violents m’amènent à réagir publiquement (les noms des auteurs de ces mails sont fictifs. Les noms des responsables politiques intervenant à titre officiel étant évidemment conservés).

Célestine, pourquoi ai-je finalement choisi, pour présenter mon bilan de Reconstuire - DDV - RDV, l’occasion d’une réponse à tes e-mail intitulés « Lipietz jette le masque. Celui que nous avons connu est politiquement mort. » ? Sans doute parce que tu es parvenue à les rendre aussi insultants et blessants que possible. En m’adressant à toi, je m’adresse donc à tous. Les messages de d’Argan, Géronte, Tallemand, étaient un peu courts, jeunes gens. Les longues diatribes du pauvre Polyeucte ne sont plus, depuis longtemps, susceptibles de blesser personne.

Toi au contraire, avec la mesure nécessaire pour faire bref en allant droit à l’essentiel, tu me signifiais l’inintérêt de mes blogs, de mes articles. « Je n’attends rien de personne, et surtout pas de notre député de la planète Zorg... (j’arrive pas à savoir de quand date l’enlèvement par des Extra terrestres par contre...)... J’en ai marre de lire Alain sur ce mode. Je veux qu’il passe à aut’choses, je veux qu’il nous fasse avancer, je veux qu’il arrête de se la peter à se croire le centre du monde. »

Passons sur les derniers mots, injure vulgaire qui te rabaisse au niveau des d’Argan, Géronte, & Co. Le reste de ton propos visait mieux, plus blessant, bravo. Je ne peux qu’enregistrer ce constat de l’inadéquation entre mes centres d’intérêt (ceux de la planète Zorg) et ce qui reste aujourd’hui de RDV, en tout cas de ceux qui s’expriment sur la liste isd2004 (car je sais que de nombreux-ses RDV, ou ex-DDV, sont d’excellents animateurs locaux du travail vert.)

Reste à comprendre d’où est venu le divorce. D’une baisse d’intérêt de mes contributions ? D’un changement de ligne de ma part, par rapport à ce qui fut la base de lancement de Désir de Vert ? Ou une évolution/sélection à l’intérieur de RDV ? Car finalement, qu’attendais-tu, qu’attendiez-vous de moi ? Si je sais, précisément, et je viens de le dire, pourquoi j’ai contribué à « Reconstruire » et la suite, je pense qu’il y eut un malentendu quant à ce que tu attendais, que d’autres attendaient de moi, et qu’il est temps qu’on fasse la lumière sur ce malentendu.

Militant historique - économiste - technicien, parlementaire européen, enseignant - chercheur -conférencier, connaisseur de l’Amérique latine, à mon âge, avec ce bagage, que je savais-je faire, que je pouvais-je vous apporter ? Conseil aux jeunes, formation des militants, relations « extra-partidaires » et le carnet d’adresse qui va avec... ? Le relationnel-diplomatique que me valaient mes multiples casquettes (intellectuel international et militant français ) ? Transformer la recherche en éléments pour élaborer des bouts de ligne politique, mesurer le possible à l’intérieur du désirable, et inversement porter, dans le monde de la recherche, les appels de l’angoisse, de l’intolérable misère ? La reconnaissance intellectuelle, même chez l’adversaire, même dans les medias ? La faisabilité argumentée des propositions qui semblaient trop radicales ? Je savais un peu bricoler tout cela.

En fait, j’ai fini par comprendre qu’on (sur la planète isd2004) attendait fort peu de moi, si ce n’était ma signature en bas d’un texte, le transfert vers un sous-courant d’une reconnaissance acquise ailleurs... Moi je venais pour apporter quelque chose de ce que je faisais, qui me tenait à cœur. Tu as su me dire que cela ne vous intéressait pas. Me reste à comprendre ce qui vous aurait intéressé.

I. Sur l’inintérêt de mes textes

En ce qui concerne l’intérêt de mes blogs, je crois très sincèrement qu’il s’agit d’un micro-climat propre à la planète isd2004. Dans la blogosphère Zorg, il a été récemment reconnu que mon blog est le meilleur parmi ceux des hommes politiques de gauche. Depuis avril dernier, le cap des mille connexions par jour a été dépassé. Il est devenu une référence pour les militants, journalistes, chercheurs s’occupant notamment de l’Europe (un continent de la planète Zorg) ou des tâches que j’assume à l’Europe, par rapport à l’Amérique latine (autre continent de Zorg), à l’OMC (tentative d’organisation commerciale de Zorg), etc. Mais le fait est là, ils ne t’apportent rien, ne te font pas avancer : en parlant du monde, à tes yeux, « je me la pète, je me crois le centre du monde ». Autrement dit, le monde où je crois devoir travailler n’est pas sur la même planète que le tien.

Prenons par exemple mes blogs du mois de juillet..

Dimanche 23 juillet. Jennar jette le masque. Bettelheim est mort.

Lapidairement, je donne d’abord mon avis sur l’agression israélienne au Liban et à Gaza. Ce n’est qu’un avis, et légitimement tu t’en fous. Mais le changement de pied des communistes, qui, par un article, dans L’Humanité (quotidien mineur de la planète Zorg), de leur collaborateur au groupe communiste au PE, Jennar, annoncent qu’ils combattront l’idée que le Parlement européen élu en 2009 puisse avoir valeur de constituante, ne te concerne pas non plus. Cet article de Jennar a été signalé sur le forum de mon blog précédent par un jeune sympathisant inconnu. Pour les Verts de Zorg, la convocation d’une constituante élue, par exemple le futur PE, constitue leur « plan B ». Ils auront donc un adversaire de plus, le PCF, et ça les embête. Il semble qu’il soit, à tes yeux, scandaleux de contester à Jennar « le droit d’avoir des idées, de les porter et de les défendre ». Mais qu’un Vert de la planète Zorg le dénonce et le critique, cela ne te fait pas avancer, t’en as marre. Dont acte.

Je considère quant à moi que tous ont le droit de s’exprimer, les Verts comme les communistes ou même les fascistes, mais cela implique de « ne rien laisser passer ». Quand les communistes, via Jennar, attaquent les propositions des Verts (alors même qu’on ne leur demande rien, ou plutôt qu’on leur propose de travailler avec nous sur nos propositions), les Verts doivent aussitôt répondre, et publiquement, sur la signification politique de cette attaque. Dans le cas présent : le PCF, après avoir fait campagne contre le TCE, et donc pour en rester provisoirement à Maastricht-Nice, cela au nom d’une Europe idéale, nous explique qu’il ne faut plus faire de proposition démocratique pour une autre Europe, car les Européens ne sont pas assez à gauche (faut le lire , le texte de Jennar !). Moi je pense qu’il faut décortiquer, analyser pour répondre et convaincre l’électorat PC qu’on leur dit des conneries. Toi, tu t’en fous, ça t’énerve. D’ailleurs, quand j’ai représenté le même débat que nous avons avec les communistes sous forme de thèses , afin de bien nous « caler » ensemble (cf sur cette liste « A propos de la stratégie pour sortir de Maastricht-Nice », 28 juillet), cela ne t’as pas davantage intéressé. Ni isd2004 en général. Dont acte.

La mort de Bettelheim tu t’en fous, Ok. Je pense quant à moi qu’il n’est pas interdit aux écologistes d’honorer les morts qui ont compté pour eux. Je l’ai fait pour René, Danièle Leborgne, Ana Maria Galano, Liliane Dayot... Par la même occasion, je les signale aux jeunes écologistes, pour les informer, aider à construire une mémoire collective...

Samedi 15 juillet 2006. Barbara se marie

Tu t’en fous, OK. Mais c’est MON blog. Pas l’organe officiel de isd2004. Ca s’appelle un « faire-part » (comme les 10 premiers mots du blog du 23), et plein des copains-ines de RDV et des Verts m’ont envoyé des félicitations. Merci et bises à tout-e-s (sauf à Célestine).

Remarque quand même qu’il y avait un discret appel du pied pour la recherche des signatures. Tu t’en fous : sur la planète isd2004 y a plus de candidate écologiste. Snif. Sur la planète Zorg y en a une... choisie par les militants, ces incompétents.

Jeudi 13 juillet 2006. Clash sur les SIEG. Zizou.

La négociation de la réponse du Parlement européen au Livre blanc sur les services publics (SIEG) : tu t’en fiches. Il s’agit pourtant d’une bataille extrêmement importante. L’article 122 du TCE, auquel, dis-tu, tu as dit Oui, apparaissait, en avril 2005 encore, et même à la droite (voir mes blogs de l’époque, mais ils ne devaient déjà pas te faire avancer), comme excluant d’emblée les services publics de la Directive Services (appelée familièrement sur Zorg « Bolkestein »). Cet article 122 ayant été repoussé par les Non français et néerlandais (petits pays de la planète Zorg), les SIEG se retrouvèrent ipso facto inclus dans la Bolkestein (ce pour quoi les Verts Zorgiens ont voté contre cette directive).

La bataille gauche-droite sur le continent Europe de la planète Zorg consiste actuellement à essayer d’obtenir une directive pour les services publics, différente de la Bolkestein, et reprenant l’esprit du 122. Les syndicats et associations du logement social de la subdivision France du continent Europe de la planète Zorg, invités par Sinople (groupe d’appui en France des eurodéputés verts), l’ont fermement demandé aux Verts et à leurs eurodéputés (blog du 7 juin). Peu de RDV étaient présents et isd2004 s’en fout.

Ce débat important ne te fait pas avancer. Dont acte. C’est tout à fait dommage, y compris pour toi professionnellement, puisque le logement social, y compris les CIL, est un des enjeux charnière de la délimitation de ce qui est inclus dans la Bolkestein. Il est vrai que le Livre blanc, sur lequel sont mobilisés tous les syndicats et associations d’usagers des services sociaux européens, n’a intéressé certains Français que par la façon dont, page 23, était traduit « services publics » par « SIEG » , afin de ne pas réduire les premiers au « secteur nationalisé » (une distinction lumineusement opérée par Bettelheim, d’ailleurs). Je sais bien qu’à l’appel de Polyeucte, principal coupeur de tête de la planète isd2004, la confusion a failli être rétablie, et les Verts ont failli s’engager dans le combat pour la renationalisation de la régie Renault, Air France, Thomson et autres producteurs éminemment écologistes privatisés par Jospin et par la droite. J’ai dit mon désaccord avec cette orientation dans un de mes blogs antérieurs. Mais cela, déjà, ne t’avait pas fait avancer.

Le débat qui a agité toute la France (un bled de la planète Zorg) sur le coup de boule de Zizou pendant la Coupe Zorgienne de Football ne t’intéresse pas. Dont acte. Je crois toutefois qu’un politique ou un intellectuel doit s’intéresser à ce genre de débat des masses, fussent-elles zorgiennes. Ayant jadis un peu cotisé sur la question de la tragédie, j’ai cru pouvoir apporter mon grain de sel sous cet angle, y ajoutant quelques compétences récemment acquises sur les analgésiques. Il y en a que cela a amusées. Pas toi, tant pis.

Dimanche 9 juillet 2006. Blog sur le blog

Suite aux retours flatteurs sur mon blog, j’ai ouvert un débat sur la manière de l’améliorer encore. Comme ce blog ne te fait pas avancer, tu n’y as pas participé. Logique, en un sens...

Vendredi 7 juillet 2006. Parrainage à Strasbourg

À Strasbourg, faut pas se plaindre, les Verts zorgiens étaient là pour les jeunes scolaires menacés d’expulsion. Pas ceux de RDV. Dans d’autres villes, des membres de RDV ont participé aux parrainages des enfants scolarisés. Je n’ai pas eu l’impression que ce mouvement, aussi généreux que politiquement important, t’ait intéressée. Dont acte. Chez nous, sur Zorg, c’est un combat de longue haleine. Une de mes filleules de 1997 (Dado : j’en parle à l’occasion sur mon site, dans Libé, et même dans mes livres) vient d’être régularisée. Cela nous aura coûté (ma sœur Hélène me relayant comme avocate) au total quelques centaines d’heures de travail. Mais toi, ça ne te fait pas avancer. On ne peut pas tout faire.

Même blog : le point sur la bataille du Livre blanc sur les services publics, mais on l’a vu, ça ne te fait pas avancer et ne t’a pas mobilisée. Dooommage !

Même blog : le vote d’un excellent rapport d’un Vert allemand (petit pays de la planète Zorg) sur le commerce équitable (comment empêcher le Nord de Zorg d’exploiter le sud de Zorg). Ce rapport avait provoqué l’usuelle cabale anti-verte des libéraux (le Commissaire Zorgien Peter Mendelson) et d’une feuille noniste. Tu t’en fous, de cette cabale, autant que du commerce équitable. Bon. Moi j’explique quand même, invoquant un philosophe zorgien, Habermas. Problème : pour « l’agir communicationnel », faut être au moins deux.

1er juillet 2006. Doha rien. Rouges et bruns.

L’échec du Doha Round de l’OMC ne t’intéresse pas. C’est vrai que depuis la conférence de Hong Kong (et en fait depuis 1981), j’ai consacré énormément de temps à l’étude de ce qui se passait dans le commerce planétaire de Zorg, aux changements dans la division zorgienne du travail, et, de l’avis de plusieurs des intervenants de ce séminaire, organisé à l’orée de « la réunion de la dernière chance », ma conclusion a redressé certaines erreurs quant à l’appréciation des véritables enjeux. Cette réunion avait été convoquée en urgence par le groupe Vert au Parlement européen, pour armer les militants Verts zorgiens face à ce qui semblait inéluctable, l’éclatement de la négociation de Doha. Cet éclatement vient d’être annoncé (fin juillet) et il est brièvement commenté par quelques messages d’Alphavert. Silence radio sur isd2004 : isd2004 s’en fout, et tu te fous des rapports Nord-Sud sur la planète Zorg. Ça ne te fait donc pas avancer. On te comprend.

La convergence entre le site rouge Bellaciao et le site brun Indépendance et Démocratie de de Villiers, publiant avec le même enthousiasme le même article de Beaudoin (ex-président de l’UJP), et dénonçant comme traîtres à la patrie ceux qui, comme les eurodéputés Verts, souhaiteraient un référendum tranché à la majorité des Européens, et non pas à la majorité de chacun des pays séparément ? Cela ne t’intéresse pas. Dont acte. C’était pourtant, si je ne m’abuse, un des chevaux de bataille des Verts zorgiens, lors de la campagne des élections européennes de 2004 et ça reste leur proposition pour 2009 : le vote à la majorité des Européens sur les futurs projets de constitution.

Certains isd2004iens se sont même sentis « agressés » par la mise en évidence de ces convergences rouge et brunes ! Rappel : isd2004 est la liste d’un courant qui s’appelle RDV. RDV ça veut dire « Regain : Décidément Verts ». Décidément Verts : c’est-à-dire pas rouges. Pas dissous dans la gauche, la vieille gauche nationale-productiviste. Mais, paraît-il, c’est ce blog qui m’y a fait condamner à mort...

Les blogs de juin ne t’intéressèrent pas davantage. Juste quelques exemples.

Le procès de la complicité de l’État français et de la SNCF dans la déportation des Juifs (un détail de l’Histoire de la planète Zorg), procès intenté par un ex-Vert (décédé), mon père, ne t’intéresse pas. Le mensuel des Verts français vient de consacrer une page aux raisons spécifiquement écolos de s’y intéresser, mais toi tu étais sans doute au courant, ça ne te fait pas avancer.

Ce que j’écris sur la crise de l’unification de l’Amérique latine (un autre continent de la planète Zorg) ne t’intéresse évidemment pas plus. Dont acte. Mes analyses intéressent en revanche pas mal de chercheurs et de militants latino-américains. Cela pose une question plus générale : un élu Vert, en particulier de RDV, doit-il perdre son temps et faire perdre leur temps aux lecteurs d’isd2004, à assumer, au nom de l’Union européenne, des tâches diplomatiques qui ne semblent pas directement rentables pour RDV ?

Je te répondrai tout net : pour moi RDV n’est utile que dans la mesure où il est utile aux Verts, les Verts ne sont utiles que dans la mesure où ils sont utiles à l’écologie politique, l’écologie politique est au service de la planète et de l’humanité. J’assume la charge de m’occuper, au nom de l’Europe, des droits de l’Homme et des peuples indigènes de la région andine de la planète Zorg, et de la défense de sa biodiversité. Ça s’est trouvé comme ça. J’assume cette tâche comme j’aurais tout aussi volontiers assumé celle de l’alimentation en eau potable de la Région Ile-de-France.

Le débat sur le programme-cadre de financement de la recherche... C’est-à-dire la délibération politique sur ce que l’Humanité doit chercher pour répondre à ses problèmes. Silence abyssal sur la liste isd2004 (tu n’es pas seule en cause). Et pourtant !

Le débat sur les recherches prioritaires dans la lutte contre l’effet de serre ne te fait pas avancer. La condamnation majoritaire (et unanime chez les eurodéputés verts) de la tentative de faire reconnaître la pile à hydrogène comme une « énergie renouvelable », à l’heure où certains présentent la « révolution hydrogène » comme une réponse à « l’apocalypse pétrolier », cela n’intéresse pas les combattants contre l’effet de serre et contre le nucléaire ?

Et le débat sur les cellules-souches ! Un des plus terribles débats de la planète Zorg, celui qui engage le plus directement l’avenir de l’humanité en tant que espèce vivante, qui oblige parfois les écologistes à sembler voter comme le Président Bush (un gars de Zorg)... Depuis le début de mon site (avant le blog !), face à ces majorités bizarres et devant les zigzag des communistes, je n’ai pas caché ma perplexité, avec appel du pied à la liste isd2004. J’avais vraiment (j’ai toujours) besoin de conseil sur ce qu’il faut voter. Mais, sur la planète isd2004, on a la réponse : on s’en fout. Comment dire ? « Comme de l’an 40 » ? « Comme de sa première chemise » ? Isd2004 est la planète du système solaire où ce débat pose le moins problème. C’en est rafraîchissant. Je dirais : désaltérant.

Bref, Célestine, si mes blogs ne t’intéressent pas, ne te font pas avancer, et « font chier » tel autre des quelques dizaines de lecteurs de la liste isd2004, ils en intéressent infiniment plus d’autres, sur la planète Zorg, et c’est à ce large public , les lecteurs de mon site (450 000 connexions : c’est une forme de propagande non négligeable pour l’écologie politique), et je me dois désormais davantage à eux qu’à toi.

II. Sur ma participation à l’activité de RDV

Cependant, Célestine, je crois percevoir dans ton texte comme une plainte : « Tu ne t’intéresses pas assez à moi, Célestine. Tu ne nous aides plus assez ». Je suppose que le « nous » signifie « les militants ayant voté jadis DDV ou RDV » (car celles et ceux qui s’intéressent à l’écologie politique sont de plus en plus intéressés par mes blogs).

Que répondre à cela ? D’abord que c’est exact. Les journées n’ont que 24 heures. Mon travail au Parlement européen est beaucoup plus prenant au deuxième mandat qu’au premier. Cela tient aux responsabilités et aux capacités que l’on acquiert à l’ancienneté.

Ensuite, je me suis trouvé, à ma grande douleur et sans l’avoir voulu, agrégé récemment à deux autres communautés que RDV : fils d’un déporté de la Shoah, compagnon d’une cancéreuse récidivante. Ces deux communautés sont chaleureuses mais douloureuses. J’y ai retrouvé par certains aspects l’ambiance de la fin 2001, début 2002 : l’importance de l’amitié et que, du pire, on peut tirer des leçons. Par exemple sur la nature humaine. Par exemple, j’ai pu noter que ceux qui avait protesté de leur amitié pour Francine, à l’époque où, malgré son premier cancer, elle rédigeait ces textes merveilleux (les motions de Désir De Vert et Regain, Décidément Vert, qu’elle a composés pour l’essentiel, synthétisant parfaitement ce qui nous unissait), ne se sont pas tous manifestés cette fois de la même manière...

Autre tâche qui me distrait d’aider RDV : la rédaction d’un livre devenu assez volumineux sur un sonnet de Mallarmé. Il est probable que ce travail, totalement dilatoire par rapport à mes responsabilités politiques, sera désapprouvé par beaucoup sur la liste isd2004, un peu comme, toute proportion gardée, le travail consacré par Sartre à son livre sur Flaubert scandalisa une partie de la Gauche prolétarienne et de La Cause du Peuple. Eh bien, c’est comme ça, et je répondrai en gros comme lui : si tu n’es pas contente c’est le même prix. Peut-être que, déjà, passant, fier, aveugle et muet, hôte de mon linceul vague, je me transmuais en le vierge héros de l’attente posthume, où le titre de tes mails m’a, tel qu’en moi-même enfin, éternellement figé ?

Car, Célestine, si je puis me permettre, il me semble que cette distance entre RDV et moi n’est pas entièrement de mon fait. J’ai cru percevoir une certaine tendance, au moins de la part de certains dirigeants de RDV, à chercher à se débarrasser de moi. Tu es, ce me semble, l’une des plus au courant, puisque, dès l’époque de DDV, tu avais lancé contre moi sur un mail une petite méchanceté qui m’avait stupéfait : et l’on m’avait informé peu après coup que cette attaque avait été lancée sur consigne du Secrétaire national, Gilles Lemaire, et de Cécile Duflot. À l’autre bout de cette triste histoire, quand j’ai rendu public que je ne me présenterais pas à l’élection de 2007, tu as toi-même traité l’une de mes assistantes parlementaires, déçue, de « pathétique mesquine jalouse »...

Je reviendrai plus loin sur cette décision. Mais, pour comprendre qu’un jour « on n’a plus envie », il faut aussi mesurer la somme des hostilités devinées, on est bien obligé d’interpréter des signes, des messages de la vie de tous les jours, dans un courant politique qui s’exprime (ou non) avec les moyens modernes, la liste de discussion... Des signes qui n’ont rien de politiques, mais qui, mis bout à bout, font sens et découragent... Quand, dès Nantes 1 et Reconstruire, il faut 10 minutes de palabre, et l’intervention de Francine pour m’autoriser à intervenir au nom de notre motion (alors même que personne n’a envie de s’y coller), quand, à Reims, je suis envoyé sur l’estrade pour défendre notre motion, et qu’un camarade me glisse au moment où je m’engage sur la scène « ça m’emmerde que ce soit toi », on se dit « à quoi bon ? ». Oui, à quoi bon ce stress ? Car moi, monter sur une estrade, ça me fait chaque fois mal au ventre. J’aime pas. J’ai le trac. Alors, si ceux au nom de qui on le fait n’y tiennent pas, bon débarras.

Il n’est pas impossible que, sensible à cette hostilité de quelques uns (mais qui s’exprimait plus pesamment) j’aie progressivement cessé d’écrire sur cette liste isd2004 autre chose que les textes que je rendais aussi publics par ailleurs (c’est-à-dire sur mon blog ou sur Alphavert). C’est même devenu ma politique quand j’ai appris que certains membres de cette liste renvoyaient mes messages à Raoul-Marc Jennar. Or, ce n’est un secret pour personne que Jennar est considéré, dans la blogosphère zorgienne, comme l’ennemi numéro un, à gauche, des Verts (les raisons de cette rancœur remontent apparemment à un temps où les Verts français n’avaient pas d’élus au groupe Vert européen). Tout le monde se souvient, chez les Verts zorgiens, de sa scandaleuse attaque, selon laquelle nous, les eurodéputés verts, aurions été les instigateurs de la directive Bolkestein. Par ailleurs, je l’ai dit, il vient, dans L’Humanité, de condamner ce qui est jusqu’à présent le « plan B » des Verts, c’est-à-dire faire du Parlement de 2009 une assemblée constituante. Bref, sur isd2004, les oreilles ennemies écoutent par-dessus nos épaules...

Si je reprends aujourd’hui la parole sur isd2004, c’est que le temps est venu du bilan et je me fous royalement que Jennar puisse se délecter de ma prose. Signalons lui quand même que les D’Argan, Géronte, Tallemand et quelques autres ne représentent qu’une maigre cohorte à se mettre sous sa dent, et que, s’ils quittaient les Verts, ils se retrouveraient aussi bien chez Fabius que chez lui. Alors, le bilan.

III. Bilan subjectif de DDV-RDV.

« Reconstruire l’espoir » puis « Désir De Vert » s’est rassemblé d’abord et avant tout en réaction à mon éviction de la candidature à la présidence, par l’appareil des Verts Zorgiens qui, au nom d’un « pacte de stabilité », avait demandé aux adhérents de me remplacer par Noël Mamère. 35 % des militants avaient refusé ce chantage. Peut-être un malentendu s’était-il instauré dès cet instant : à partir du moment où la majorité des Verts avaient fini par voter pour Noël Mamère, j’ai fait, moi, la campagne du candidat des Verts.

Après... Eh bien après, ce fut la prise de position d’une partie de RDV intervenant sur la liste isd2004 en faveur d’une candidature hostile à celle des Verts. Ce fut la transmission d’un de mes messages à Raoul-Marc Jennar, pourtant auteur d’une odieuse attaque contre les Verts sur le web lors de la bataille sur la directive Bolkestein. Ce fut le tombereau d’insultes qui répondit sur isd2004 à chacun de mes blogs. Je reconnais tout à fait, chère Célestine, que je ne sers plus à grand’chose pour RDV. Mais, comme dit Katharine Hepburn dans African Queen, « Au moins, j’aurai essayé... ».

Contenus

Toujours est-il que le respect absolu du choix des militants a fonctionné comme principe numéro un et quasiment identitaire lors des deux batailles de Nantes, qui virent le courant DDV promu par les militants en « centre de stabilité » des Verts. Ce respect absolu du vote des militants avait même été érigé en « éthique », c’est-à-dire en principe kantien que l’on doit respecter même si d’autres éléments, de type politique, semblent militer contre.

Par-delà ce principe éthique n°1 , DVD s’appuyait quand même sur des contenus politiques :

N° 2 : l’autonomie des Verts par rapport aux autres forces progressistes.
N° 3 : la coopération avec les mouvements sociaux dans la définition et l’évaluation des politiques publiques (c’est ce qui, à nos yeux, avait manqué lors de la majorité plurielle, et ce que nous allions appeler d’abord « recherche des convergences solidaires », et plus tard co-élaboration).
N° 4 : la lutte contre le néo-libéralisme, non pas de manière abstraite, mais parce que le « tout marchand » entravait la lutte pour la planète et les plus démunis (ce qu’on appelle le développement soutenable).

Globalement, la première année de la gestion des Verts par DDV, sous le secrétariat de Gilles Lemaire, me semble très bien s’être passée, respectant l’orientation éthique et politique de DDV, devenu le pôle de stabilité du mouvement. Les choses commencèrent à changer à la suite d’une série d’échecs inattendus, comme l’intronisation contre moi de Gérard Onesta, privant DDV du leadership de la campagne des européennes, ou la défaite de l’autonomie aux régionales d’Ile de France.

Mais les résultats de ces deux élections confirmèrent que les Verts étaient remontés à un haut niveau. Aux Régionales les listes Vertes autonomes obtinrent de 6 à 10 %. Aux Européennes, contrairement aux pronostics martelés jusqu’au CE, et comme je l’espérais, presque toutes les têtes de listes furent élues (il était en fait évident que les circonscriptions Centre et DOM-TOM étaient trop petites, même si je n’ai jamais cessé d’y encourager nos têtes de listes). Même en Ile de France, la liste Verte aux Européennes écrasa la liste de Corinne Lepage, malgré la présence de la liste Euro-Palestine jouant à fond de l’incompréhension de notre électorat musulman face au mariage gay de Bègles. Celui-ci occupa 90% de notre temps CSA, alors qu’il avait été prévu de centrer la campagne sur l’amélioration du projet de TCE. Alima et moi avons indéfectiblement soutenu cette campagne sur le mariage gay, mais, contrairement à Gilles, je pense qu’elle fut, en particulier par son timing, menée en dépit du bon sens, les candidats n’en ayant même pas été avertis à l’avance et les tracts correspondants disponibles... en dernière semaine !

Il faut peut-être réserver un paragraphe spécial à la question de l’appel Ramulaud. Lorsque Gilles me proposa de participer aux réunions préparatoires, j’étais évidemment persuadé que cette initiative avait l’assentiment des animateurs de DDV. Ce genre de contacts préliminaires doit en effet rester discret, mais ceux qui s’y lancent doivent savoir qu’ils disposent d’arrières politiques et, aussitôt l’affaire vraiment lancée, il faut collectivement la discuter politiquement. Pour moi, monopolisé par les questions européennes, les consignes du Secrétaire national des Verts français étaient des ordres, et je ne me suis même pas enquis d’en vérifier la validité.

De plus l’Appel Ramulaud m’avait été présenté par Gilles comme une opération ouvrant la voie à la co-élaboration entre partis, syndicats et associations : une façon de « dépasser la Charte d’Amiens » et d’entamer la co-élaboration, orientation qui me plaisait tout à fait. Quelle ne fut pas ma stupéfaction et ma colère quand, au cours d’un interminable rapport politique présenté par Gilles au CNIR, pas un mot ne fut prononcé sur l’Appel Ramulaud qui venait pourtant d’être rendu public dans la presse ! Gilles m’expliqua que cette question ne concernait pas les Verts en tant que tels. J’avais été roulé.

À la reprise des débats, j’ai pris moi-même l’initiative d’expliquer l’intérêt et les difficultés de l’Appel Ramulaud, illustrées par une lettre de refus (celle du président de Greenpeace France). Je m’aperçus rapidement que les associatifs que j’avais pu faire venir, et avec lesquels les Verts avaient noué des liens d’amitié et de travail au cours des Etats Généraux de l’Ecologie Politique, s’éclipsaient rapidement. L’appel Ramulaud, en fait, représentait beaucoup plus un accord partidaire à la gauche de la gauche, avec les habituels Messieurs Bons Offices des inter-orga.

À partir 2004, les choses commencèrent à mal tourner. Le plus symbolique fut l’exclamation publique du Secrétaire national à la fin de l’été, à propos de Fabius qui avait déclaré son opposition au TCE : « Bravo Fabius ! » Cette petite phrase rompait avec tous les principes de DDV : les militants n’avaient pas été consultés, la co-élaboration et les propositions sur le TCE des associations européennes auxquelles étaient associés les Partis verts étaient purement et simplement ignorées, la prise de position du Secrétaire national prenait la forme d’un appui à un représentant de l’aile sociale-libérale de la social-démocratie.

RDV devait aller beaucoup plus loin dans la remise en cause de nos principes de base. Quoique, sur le papier, plus large que DDV par une « ouverture à gauche », la motion RDV souffrit à l’AG de Reims (automne 2004) de ces erreurs de fin de parcours, et reçut un soutien déjà plus faible. Mais nous avons obtenu, à cette AG, que la position sur le TCE ne soit pas arrêtée à la hussarde, mais le fruit d’un referendum militant, si possible européen, après un débat bien organisé. Le résultat de ce référendum, près de 15% d’écart en faveur du Oui, score infiniment plus net que ma propre élection (sans compter celle de Dominique Voynet !) fut parfaitement clair. Pourtant, plusieurs des dirigeants RDV s’illustrèrent dans le mépris le plus total du vote des militants, les dirigeants RDV d’une région allant jusqu’à m’interdire de tenir une conférence de presse dans leur chef-lieu pour présenter la position décidée par les militants du parti, tout en préparant la venue d’une autre dirigeante RDV... pour un meeting contre la position des Verts !

Sur le fond, cette répudiation de la démocratie avait un contenu : l’abandon de la co-élaboration et une erreur majeure dans la lutte contre le libéralisme.

Je ne reviendrai guère sur ce dernier point. J’ai assez expliqué que le TCE était beaucoup moins libéral que Maastricht-Nice, en ce sens qu’il renforçait et démocratisait l’Europe politique, fédérale, face à l’Europe des marchés et au droit de veto de chaque gouvernement. Les dirigeants RDV partisans du Non expliquèrent que, grâce à une victoire du Non, on pourrait obtenir très rapidement un autre traité bien meilleur que Nice et que le TCE, ce qui pouvait être accepté comme un pari risqué mais honorable. Ce discours permettait également de maintenir le mythe d’une unité de RDV : « Nous voulons tous la même chose, une Europe débarrassée du carcan libéral de Maastricht Nice, mais nous divergeons sur les moyens les plus rapides et les plus sûrs d’y arriver ».

Tu parles, Charles ! Déjà, puisque ce n’était qu’une question tactique mineure, pourquoi s’asseoir sur l’impératif éthique de respect du vote des militants ?

En fait, après la victoire du non, ces dirigeants victorieux ne prirent strictement aucune initiative pour parvenir au fameux « traité meilleur que le TCE ». Leur Non apparaît bien comme ayant bloqué l’Europe dans la constitution la plus ultra-libérale de l’histoire de l’humanité : Maastricht-Nice. On le vit bien lors de la bataille sur la Directive Bolkestein ,où notre principale défaite, entraînant le non en bloc des eurodéputés verts, fut l’inclusion des services publics dans cette Directive, alors que le TCE les en excluait formellement et obligeait les Etats à les fournir et à les financer (art III-122). Le discours unanimiste pris alors la forme « Tournons la page, regardons vers l’avenir ». L’avenir, c’est dorénavant Maastricht-Nice pour au moins une demie génération, sauf si... on s’y attaque !

Qu’une part des militants RDV les aient crus, c’est un fait. Pas toi, Célestine, et je t’en félicite. Que ça les agace ou non, les nonistes « fédéralistes » sont amenés progressivement à se demander si le Non était bien le plus court chemin pour sortir deu carcan libéral de Maastricht-nice. Mais ceux qui les ont conseillés ? Le firent-ils délibérément ? Mensonge ou incompétence ? Il faudrait sonder les reins et les cœurs, un par un. Je crois qu’une partie de dirigeants de RDV s’en foutait (sur la planète isd2004, les institutions européennes n’ont aucune incidence sur la vie quotidienne des gens), une autre était et reste souverainiste ou du moins intergouvernementaliste, une autre a voulu coller aux « copains de l’appel Ramulaud et aux militants de terrain avec qui on bosse et qui sont pour le Non ».

On voit ici comment l’erreur peut être un phénomène socialement construit, le produit d’un imaginaire collectif . On laisse dire que « bien entendu , il est de droite de voter Oui comme Chirac et le Medef, donc de gauche de voter Non, comme Bové et Salesse » (et on censure : « comme Le Pen, de Villiers, Madelin, Chevènement, le Financial Times, etc »). On proclame « gauche des Verts » ceux qui sont pour le Non (en censurant que cela implique qu’ils acceptent le maintien de Maastricht-Nice, au moins pour un temps assez long à l’échelle des urgences sociales et environnementales). Et peu à peu les ouiouiste apparaissent comme des traîtres aux yeux de boue, des libéraux, des salauds, « jetant le masque, politiquement morts », comme le disent si bien dans un style d’un autre âge D’Argan, Géronte, Tallemand ou Polyeucte. On oublie le B.A. BA (ce que les Verts zorgiens avaient réalisé en interne lors de leur référendum) : comparer § par § le traité actuel et le traité proposé, dans le dialogue avec les assoc qui, à l’Europe, se battent depuis des années.

Car par la même occasion tombait le pilier « co-élaboration ». Toutes les organisations syndicales, environnementalistes, féministes, avec lesquelles nous travaillions régulièrement au niveau européen, avaient en effet pris parti pour le TCE (dont elles avaient contribué à rédiger les meilleurs morceaux dans le cadre de la Convention). Bien sûr, la capacité de contrôle du PCF et de la LCR étant beaucoup plus importante sur la contrepartie française de ces organisations, certaines ne suivirent pas les positions arrêtées au niveau européen. Bernard Thibaut, après avoir songé à démissionner, conserva habillement la direction de la CGT. Il n’en reste pas moins que la co-élaboration fut quasiment mise en panne.

En fait, on peut se demander quelle place avait réellement la co-élaboration dans la pensée stratégique de certains animateurs de RDV (c’est-à-dire : comment pensent-ils que se définisse le Bien Commun ?), et même dans leur pensée tactique (la construction d’un rapport de force vis-à-vis de la gauche productiviste).

Pour moi, la co-élaboration était la réponse à l’échec de la gauche depuis vingt ans à gagner les élections deux fois de suite., l’échec de Jospin en 2002 étant le plus caricatural. Le problème de fond, c’est que la politique réelle, du moins la planète Zorg, exige des compromis. Le monde est irrémédiablement divisé, chacun de nous est divisé. La politique de la démocratie représentative est sans doute la pire à l’exception de toutes les autres, en ce sens qu’elle oblige à « faire avec » ces divisions. Mais comment « faire avec » ? Qu’est-ce qu’il faut lâcher ? qu’est-ce qu’il faut garder ? « L’équilibre jospinien », c’était « les dirigeants politiques seuls en décident ». Mon avis, depuis longtemps, c’est qu’ils ne le peuvent (et ils le doivent, je n’en doute pas) qu’après un long débat avec ceux qu’ils sont censés représenter. Pas en lisant les sondages. Mais en discutant avec les représentants des mouvements sociaux.

Je commençais à avoir des doutes dès Reims. Natalie Riollet, au Collège exécutif au nom de DDV, avait donné une totale satisfaction dans les pratiques de co-élaboration (conventions, Trois heures pour l’écologie), et avait une foultitude d’opérations du même genre dans les tiroirs. Elle fut évincée sans aucune explication publique par RDV et remplacée par Anne-Marie Billiotet. Natalie a toujours soutenu le travail d’Anne-Marie dans la mobilisation des Verts pour rédiger leur programme. Mais à mon sens, dans les faits, la co-élaboration fut totalement abandonnée pendant la gestion RDV.

Ce n’est pas un hasard si, aux journées d’été de Grenoble 2005, les deux papiers de la revue RDV portant sur la co-élaboration émanaient de Natalie, au plan local, de moi-même, au plan européen, et rien sur le plan national. Anne-Marie, qui fut longtemps gardienne vigilante des statuts des Verts (jusqu’à voter d’appeler la police contre une occupation de la Chocolaterie par les sans-logis, occupation incontestablement anti-statutaire !), ne disposait guère des qualités de diplomatie, d’ouverture et de volonté d’aboutir qui nous auraient permis de construire un front solidaire pour négocier un certain nombre de mesures-phares avec le Parti socialiste, conformément, non seulement à la synthèse de Reims, mais au texte de RDV. J’avais alors exprimé, et avec véhémence, mon inquiétude quant à la signification politique de ce choix. La défection d’Anne-Marie, qui s’est systématiquement refusée à négocier quoi que ce soit en matière programmatique avec le Parti socialiste, puis a démissionné de cette mission qu’elle avait pourtant revendiquée, confirme totalement mon intuition de l’époque.

Le pire restait à venir. Le quatrième pilier de DDV, l’autonomie de l’écologie politique, fut mise à mal (certes de façon suiviste par rapport aux « habituels », Patrick Farbiaz et Francine Bavay) lorsque plusieurs dirigeants de RDV, et non des moindres, prirent parti officiellement pour une candidature Bové. Candidature non pas de l’écologie politique, mais de l’union de la gauche noniste, union dominée par les nationaux productivistes, alors même que les Verts avaient désigné leur candidate (avec une marge, il est vrai, nettement plus faible que celle que les militants m’avaient accordée en 2001).

Ainsi donc, c’est la totalité des piliers identitaires de DDV/RDV qui se trouve aujourd’hui renversée par quelques dirigeants de RDV (pas toujours les mêmes d’ailleurs), rendant totalement inaudible, et d’ailleurs même plus écouté ni lu, le discours de ce courant.

Si donc, Célestine, je te semble politiquement mort sur la Terre et enlevé sur la planète Zorg, il y a certainement du vrai, mais peut-être faudrait-il s’interroger sur l’état de RDV, des Verts, de la gauche française, de la gauche européenne et de la planète Terre...

IV L’exemple de la présidentielle.

Je me demande finalement si le « nous » pour lequel tu semblais avoir appelé au secours et me reprochais de n’avoir pas agi, ne représente pas quelque chose de beaucoup plus restreint : la représentation de RDV à la présidentielle. Bien que je me sois exprimé à plusieurs reprises sur ce point, ouvrons ce dernier placard.

A l’automne 2005, mon assistante parlementaire Natalie, devenue l’une de mes plus lucides conseillères politiques, me pose le diagnostic suivant : « Le PS ne le sait pas encore, mais Ségolène sera sans doute sa candidate. Elle fera une campagne centre-gauche, peut-être seule à même de battre Sarko. Mais cela ouvre un boulevard aux Verts qui pourront parallèlement développer un discours riche et radical tout en appelant à battre ensemble la droite au second tour. Tu es le seul à pouvoir porter ce discours à la fois radical et d’alliance à gauche. En outre, tu as voté Non à Maastricht et Oui au TCE, et, en leur âme et conscience, les électeurs du non de gauche se défieront de plus en plus, au fil des mois, des mauvais bergers qui les ont entraînés dans le mur ».

Ce diagnostic correspondait effectivement à une attente que je percevais à la base des Verts, chez les journalistes (y compris ceux qui s’excusait à demi-mot de leur attitude pas très correcte en 2001) et des gens qui m’accostaient dans la rue. Noel Mamère m’expliqua que lui n’irait pas et qu’il faudrait que j’y aille, mais, me demanda-t-il, en avais-je envie ?

En fait, deux obstacles me paraissaient presque insurmontables :

- Je n’avais, pas plus que Les Verts, de réponse aux plus importants problèmes de l’heure : la crise des banlieues de novembre, et le blocage de l’Europe dans la constitution ultra-libérale de Maastricht-Nice, qui diminuait considérablement la possibilité d’une politique progressiste au niveau de la République française (y compris une politique de partage du travail et des richesses)

- L’état de santé toujours précaire de ma compagne Francine. Je persistais à penser que mon obstination à rester candidat en 2001 avait trop pesé sur elle. Une candidature de ma part n’était possible que confortée par un cercle d’amitié et de défense organisationnelle qui m’avaient manqué en 2001.

J’expliquais, lors de la réunion du courant à Tours, fin 2005, mes incapacités politiques et théoriques (et non réthoriques : mais je ne suis jamais allé faire une campagne sinon pour communiquer quelque chose, convaincre de quelque chose), lesquelles, pour le moment, m’interdisaient de postuler à la candidature au nom des Verts : « Je ne suis pas digne. »

Deux autres candidats se déclarèrent alors : Cécile, qui commença son discours par « Eh bien moi, je n’ai pas peur et je pense que j’ai les réponses » et Yves Contassot.

De ce que je savais des Verts français (depuis près de vingt ans, je fais en moyenne un débat dans un groupe local une semaine sur deux) j’étais persuadé qu’une noniste, qui n’avait jamais remporté de poste électif ni exercé de responsabilté externe, et qui, de surcroît, n’avait pas remarquablement brillé dans les postes internes qui lui avaient été confiés, ne pouvait pas s’attendre à un très gros score chez les militants. D’ailleurs, une partie de ses « soutiens » ne la soutenait que dans l’attente de l’entrée en scène de son « vrai » candidat, José Bové. En revanche, Yves Contassot, partisan du oui comme l’écrasante majorité des Verts, et qui avait surpris la presse en s’imposant à Paris sur une liste autonome, avait des chances raisonnables de se glisser entre les deux candidats « Rassembler », même s’il n’était pas sûr qu’il l’emporte finalement.

Aux vacances de la fin 2005, il était de plus en plus clair que néanmoins RDV s’acheminait vers le choix d’une candidate qui lui interdirait même la présence au second tour. Ce qui me replaçait devant mes responsabilités.

Sur le front politique, la situation s’éclaircissait très légèrement. Denis Sieffert de Politis paraissait enthousiasmé par l’idée (que j’avais présentée aux journées de Grenoble) de discuter entre oouiistes et nonistes de gauche de ce qu’il fallait conserver et changer dans le TCE. Par ailleurs, en ce qui concerne la crise des banlieues, j’avais monté, à la demande de Gérard, représentant de RDV au CE, un « Trois heures pour l’écologie » qui permettait aux Verts de faire des pas considérables dans la compréhension de la crise et dans les propositions pour en sortir avec les acteurs de l’économie sociale et solidaire.

Une Verte RDV, la plus gradée internationalement (membre de la direction du Forum Social Mondial), avait en effet obtenu l’acquiescement du Secrétaire général du Conseil européen des syndicats de police et du Secrétaire général des Régies de quartier. Avec eux, elle avait déjà organisé un débat extraordinaire, où le policier avait expliqué ce que pourrait être une politique de prévention s’appuyant sur le tiers secteur. Lors d’un dîner à mon domicile, en présence de Gérard, le nouveau Président de la Ligue des Droits de l’Homme proposa un troisième nom. Enfin, l’une des plus étonnantes représentantes du tiers secteur associé aux services publics accepta l’invitation, et apporta au siège de Sinople 400 enveloppes aux adresses des associations de la Seine Saint-Denis !

Je bouclais définitivement tous les aspects organisationnels depuis la conférence de Hong Kong (début décembre 2005) et repassais le bébé à Gérard, sûr que les Verts apparaîtraient bientôt comme les représentants d’une alternative non sécuritaire à la crise des banlieues.

Restait le problème de mon manque de confiance dans la capacité des Verts à soutenir leur propre candidat. Natalie, voyant que cela restait un problème non résolu pour moi, prit l’initiative d’une petite enquête. Le résultat fut formel : tous mes amis m’assuraient de leur soutien si j’y allais, mais m’annonçaient en même temps que l’opposition de telle ou telle sous-courant serait implacable, y compris de la part de l’appareil RDV. Ce fut notamment l’opinion des « jeunes pousses » qui s’étaient révélées pendant la période DDV/RDV : Emilie, Pascal, etc...

Le sabotage minutieux de la publicité des « Trois heures sur les banlieues, services publics et tiers secteur », sabotage qui s’étendit jusqu’à Sinople (sur consigne de membres du CE, ce qui faisait apparaître une subordination tout à fait illégale de Sinople à un parti français !) me confirma dans le diagnostic de mes ami-e-s. Gérard m’assura que la direction des Verts serait là. En fait, Cécile et lui arrivèrent en retard et s’installèrent au fond de la salle. Par deux fois, le Secrétaire général des syndicats de police, qui se rendait bien compte que quelque chose ne tournait pas rond, prit la parole pour dire « je cherche un interlocuteur parmi les politiques ». La porte-parole des Verts et candidate à la candidature à la Présidence de la République lui opposa par deux fois un silence de glace.

Message reçu cinq sur cinq. Beaucoup trop de dirigeants de RDV n’avaient tout simplement pas envie que je sois candidat des Verts, même si c’était le prix pour que ce candidat soit RDV. Les désaccords qu’ils avaient avec moi, sur ce qui les intéressait (intéressait isd2004), sur les raisons même de faire de la politique, ces désaccords étaient tels qu’ils étaient prêts à sacrifier les chances d’une expression, sur la planète France, de l’oeuvre de rénovation des Verts entreprise en commun.

Je compris que mon devoir était de m’occuper d’abord de mon travail au Parlement européen et de Francine. Bien m’en prit. C’était justement ce que le sort, hélas, me demandait.

J’appuyais donc la candidature la plus crédible et opératoire politiquement en faveur de RDV, donc (croyais-je encore) de l’autonomie, et politiquement correcte par sa lutte contre Maastricht et pour le TCE, celle d’Yves Contassot. Comme prévu, il fut battu dans RDV par Cécile, qui entama sa campagne au sein des Verts.

J’avais conscience que mon statut de « viré de 2001 » m’assignait un devoir particulier : être le gardien du résultat du vote des militants, quel qu’il fût. J’aurais à défendre publiquement, à l’issue de la campagne interne, celui ou celle qui serait désigné par les Verts. Donc je devais rester neutre, publiquement, dans la campagne interne. Ce qui ne m’empêchait pas d’avoir des préférences pour le courant avec lequel j’étais engagé depuis trois ans.

Il me fallait donc aider sa candidate. Mais ce ne pouvait être que sur les piliers de DDV/RDV, ceux qui nous avaient autrefois permis d’être majoritaires, et notamment pour le soutien de la position des Verts sur l’Europe. Mission presque impossible.

C’était avec Cécile une vieille histoire. Dès la rentrée 2004, j’avais déjeuné avec elle et lui avais promis « un bel avenir politique » si elle osait prendre parti pour le Oui avant le vote des Verts. C’était d’ailleurs de cette manière, en prenant parti pour le non à Maastricht et en rompant avec Yves Cochet, qui, jusque là, avait été son mentor et béatement soutenait le oui à Maastricht, que Dominique Voynet avait conquis, à mes yeux et aux yeux de tous, une autonomie et une respectabilité politique dont elle fit ensuite ce qu’elle a voulu. Je rêvais de voir Cécile, que j’avais repérée comme « bonne à l’oral » lors de la campagne législative de 2002, en pasionaria du Oui, ringardisant Marie-Georges Buffet et contrant Olivier Besancennot. Problème : suffit pas d’être bonne à l’oral, faut avoir en plus un contenu.

J’expliquai longuement à Cécile, graffitis sur la nappe en papier de la table à l’appui, pourquoi la Constitution de Maastricht-Nice déterminait automatiquement des politiques ultra-libérales, pourquoi le début de fédéralisme qu’introduisait le TCE était une mesure largement progressiste, pourquoi une telle avancée n’avait pu être acquise par la méthode de la conférence intergouvernementale mais par celle la Convention, rassemblant les élus européens et nationaux, associés aux représentants de la société civile.

Je ne convainquis pas Cécile. Quelques mois plus tard, m’entendant dire dans les couloirs de la Chocolaterie que mon Non au TCE était la suite de mon Oui à Maastricht, elle me dit en ricanant : « Ah, celle-là ! C’est la première fois qu’on me la fait ! ». Or, je le lui avais pourtant expliqué pendant deux heures, quelques mois auparavant, dessins à l’appui. Je subodorais alors que son incompréhension n’était pas entièrement due à l’effondrement des qualités pédagogiques qui m’étaient autrefois reconnues. La suite des évènements confirma, hélas, à nouveau ces intuitions.

Dans la campagne interne de RDV, Cécile avait proclamé qu’elle n’avait jamais cru à une dynamique consécutive au Non. Donc, elle avait voté Non avec la pleine conscience que cela impliquait le maintien de Maastricht-Nice. Et, lors de la campagne du premier tour des Verts, elle expliqua, dans sa réponse écrite au questionnaire d’Ecolo, que, pour elle, la sortie de la crise passait par des ajustements dont il fallait confier le soin... à une conférence intergouvernementale. Son parti pris était donc bel et bien celui d’un Europe intergouvernementale de type Maastricht et son Non n’était pas de circonstance. On allait à la catastrophe. D’autant que ses textes publics, déjà fort peu « sociaux » et ignorant quasiment les mots « chômage » et « emploi », critiquaient les 35 heures en termes nettement plus durs que ceux de Ségolène.

Je m’en ouvris avec une certaine véhémence sur la liste isd2004, avec mails particuliers à ceux qui me semblaient ses plus proches conseillers. On me répondit sèchement « et que penses-tu de ses réponses sur les autres points ? » Il s’agissait surtout de santé environnementale, où d’éminents RDVistes me semblaient nettement plus qualifiés que moi. Je compris que même mes conseils étaient devenus non grata, qu’on ne voulait de moi ni appui ni conseil, juste ma signature et ma caution en bas de la page de candidature de Cécile...

Je retournai à la planète Zorg, à la Bolkestein, au FSM et à l’étude de Mallarmé.

Comme prévu, la candidate de RDV fit un score jospinien au premier tour de désignation de la candidate à la présidentielle des Verts, le pire score qu’ait jamais fait notre courant. Celui-ci n’avait d’ailleurs cessé de baisser depuis le point de départ : mon propre score au référendum sur le maintien de ma candidature à l’élection présidentielle, pourtant dans un contexte médiatiquement et organisationnellement catastrophique.

Je me suis réjoui que la ligne noniste, inter-gouvernementaliste et donc libérale fût ainsi balayée (les deux candidats du Non totalisant 30% à eux deux !), mais avec elle, c’était aussi, pour les journalistes, la ligne de l’autonomie et celle de la co-élaboration qui apparaissaient balayées. J’intervins donc très fermement contre cette interprétation.

Immédiatement, quelques-uns sur isd2004 embouchèrent les trompettes du soutien à Yves Cochet. Consterné, je rappelais discrètement qui était Yves Cochet, son passé politique et la signification de son livre Pétrole apocalypse. Mais je me gardais bien d’un quelconque soutien public à l’un ou l’autre des deux candidats restants, sachant que je serais de toute façon obligé de soutenir publiquement celui qui serait élu. C’est seulement le tract quadrichromique d’Yves Cochet au « second second tour » qui m’amena à protester sur les listes vertes, intervenant enfin de facto au profit de Dominique Voynet, malgré les contentieux qui nous opposaient depuis cinq ans.

Alors que reste-t-il à faire ? Mon voisin de palier de chez les Morts politiques me répond : « Unir la gauche, rallier le centre, isoler les irréductibles ».

Mais c’est quoi, aujourd’hui la gauche dans les Verts ? Sans doute ce que disait originellement DDV : respecter le vote des militants sur la candidature présidentielle, soutenir l’autonomie de l’écologie politique, travailler avec les associatifs à une « victoire exigeante contre la droite », lutter contre le carcan ultra-libéral de Maastricht Nice. Et les irréductibles ? ah, ah...




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