mardi 13 novembre 2018

















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par Alain Lipietz | 16 septembre 2002

L’avenir d’une pétition
À la fin de la semaine dernière (le vendredi 13 septembre) une pétition intitulée “Les Verts rassemblés pour la rénovation ” faisait fureur sur les listes de débat vertes Elle faisait le pari que 80% des Verts pouvaient se mettre d’accord sur une position commune et proposait que cette position commune s’exprime dans une motion commune dès avant le premier tour.

Je partage plus ou moins le diagnostic et les intentions des auteurs. Je crois en effet que les militants sont tous persuadés qu’il faut rompre avec les ambiguïtés et les errements dans la mise en ½uvre de notre orientation politique, et avec les très graves disfonctionnements dans la “ gouvernance démocratique ” des Verts, qui nous ont conduits aux défaites de ce printemps et à notre relatif discrédit dans l’opinion publique. Je pense aussi qu’ils en ont marre des querelles de chefs, des pseudo-divergences instrumentalisées pour légitimer une tendance en vue de gagner des postes “ à la proportionnelle des courants”.

 Plus jamais de "Toulouse"

Mais les adhérent-e-s ne veulent pas non plus revivre ces accords de façade, comme l’AG de Toulouse ou le “ pacte de stabilité ”. Nous sommes tous d’accord pour changer, mais nous ne sommes (selon l’Audit) que 75% à penser que c’est une question de fonctionnement, encore moins à penser que ce n’est “ qu’une ” question de fonctionnement. D’autres pensent que ce n’est qu’une question de ligne, d’autres que c’est les deux à la fois, et ceux qui veulent “ changer ” proposent des directions différentes.

Décider à l’avance de rédiger une motion “ unitaire à 80 % ” avant le premier tour, c’est à dire avant tout débat entre les adhérent-e-s, serait donc la pire des solutions. Ce serait refaire Toulouse… dès avant le premier tour.

J’étais, avec 3 autres “ sherpas ” des autres tendances, le rédacteur du texte d’unité de façade de Toulouse. J’aurais pu tout aussi bien en rédiger un autre avec d’autres alliés, en fonction des alliances des “ chefs de tente ” qui se faisaient et défaisaient de minute en minute dans une autre pièce. Ce texte de Toulouse, personne ne l’a lu. Mais en sortant d’un travail qu’avec mes 3 collègues nous avions mené à bien avec la satisfaction du devoir accompli, nous avons appris que la seule question qui se débattait entre les deux “ éléphants ” (Mamère-Voynet), c’etait de savoir si les primaires pour la désignation de notre candidat aux présidentielles seraient organisées avant l’été 2001 (pour permettre à Noël de profiter au maximum de la probable gamelle de Dominique aux municipales de Dôle) ou après l’été (pour lui permettre de s’en remettre). La suite a montré l’importance de ce point décisif !

Instrumentaliser le désir d’unité des militants pour refaire Toulouse avant le premier tour, c’est pourtant ce qu’à la réunion des Ouverts, vendredi 13 au soir, il a failli être décidé. Après avoir tapé sur la pétition “ Rassemblés pour la rénovation ” et sur ses rédacteurs présents, Dominique Voynet a décidé de s’y rallier, et Sergio Coronado, représentant Noel. Mamère, a précisé que Noël la signait aussi. Yves Cochet, en proposant cette tactique, avait emporté le morceau.

Selon Yves, les Verts, comme la société française, sont dans l’état d’une foule désorientée courant dans tous les sens. Il faut donc d’abord les calmer en recréant l’unité. Pour cela il faut utiliser la méthode “ Pronk ” (du nom du président hollandais de la conférence de La Haye sur l’effet de serre) : enfermer les éléphants dans une pièce et ne les laisser sortir qu’une fois qu’ils ont trouvé un accord. C’est à dire faire Toulouse avant le premier tour (sauf qu’en fait il faut deux pièces : celles où on écrit le texte pour les gogos, et celle où on se partage le pouvoir)

La solution d’Yves au problème de la foule (il pensait visiblement à la théorie de l’anomie de Serge Moscovici) a toujours eu ses partisans. Je considère qu’elle n’a jamais marché, ou alors au profit d’un maître/père de la Nation qui impose l’unité. C’est d’ailleurs celle des Sommets européens et de leurs résultats abracadabrants et de plus en plus auto-bloquants : Maastricht, Amsterdam, Nice… C’est une légende théorique, exactement comme le coup du bouc émissaire cher à René Girard, que la direction a tenté en octobre 2001 “ Sacrifions Untel, élu/exclu d’entre nous, et alors nous vous promettons que nous cesserons de nous disputer ”. Le résultat est toujours le contraire : une fois le bouc éliminé, les sacrificateurs s’entredéchirent, par sentiment de culpabilité ou par méfiance réciproque. Quant au bouc, il se construit sans peine dans la mémoire des hommes une agréable posture de “ martyr ”, Saint Sébastien au doux visage baigné de larmes, offert aux flèches et à la dévotion de ses ex-bourreaux repentants. Posture qu’en ce qui me concerne j’avais trop de mémoire pour n’en pas percevoir le ridicule : “ ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine ; ça vaut mieux que d’avaler d’la mort-aux-rats ”, telle est ma devise.

Je ne dis pas que le coup du bouc émissaire, ou le coup du conclave des chefs de tentes sont discrédités (de l’assassinat de César à la mise en place du dernier gouvernement afghan, c’est toujours les mêmes illusions qui croient faire l’unité de ceux qui aiment penser à la place de “ la foule ”). Je dis que ces procédures sociales représentent le passé de l’humanité, des stades régressifs et dangereux de son processus de civilisation, et que les Verts doivent y opposer une autre façon de résoudre les conflits : la démocratie participative, tout simplement. C’est-à-dire la chose la plus difficile qui soit : poser les problèmes, les contradictions sur la table, et , en s’appuyant sur la conscience et la confiance en notre riche bagage de convergences, s’acharner à cerner clairement les divergences pour les réduire par un travail d’argumentation bien codifié. Sortir de l’anomie par le débat public (au sens d’Habermas), en structurant le champ des opinions sur les moyens de s’en sortir tous ensemble et en se fixant des règles d’argumentation et de choix auquel chacun se tiendra.

 Contre les chefs de tente

Bref, dès le lendemain samedi, au CNIR, Yves Cochet défendait l’appel au rassemblement dès le premier tour par un conclave des chefs de tente. L’idée fut largement repoussée par toutes celles et ceux, très majoritaires, qui souhaitaient qu’on discute sérieusement des vrais problèmes. Le CNIR a dressé la liste de ces problèmes (bilan interne et externe de ce qui s’est passé, questions de positionnement et d’orientation stratégique, questions de la refondation démocratique des Verts). S’y opposèrent seulement ceux qui ne voulaient pas qu’on parle du bilan (une partie des Ouvert), et ceux qui ne voulaient pas qu’on parle des orientations stratégiques (le “ pole écologiste ” ). La grande majorité mandatait le CE pour rédiger un texte rappelant les “ 80% qui ne font pas problème entre nous ” (positions sur l’actuel gouvernement, problèmes internationaux, objectifs des écolos, etc.) afin de laisser le débat se focaliser sur les seuls points faisant problème

Le soir même, Voynetistes et Maméristes re-célèbraient leur alliance irrévocable et nommaient une délégation de sherpas avec consigne de pondre un texte de synthèse entre leurs positions totalement contradictoires. Les rédacteurs présents de l’appel au rassemblement se virent offrir des strapontins pour “ trentenaires ” en remerciement de leur initiative, pourboire qui ne les satisfit nullement !

 Affaire enterrée, donc ? mais non !

La pétition a déjà produit ses effets positifs : le mandat pour le CE de rédiger les 80% d’accord, et surtout la clarification de cette injonction paradoxale adressée par les militants aux éléphants : cessez de vous engueuler, mais pas d’accord de façade. Le mini-Toulouse dores et déjà engagé entre Dominique et Noël ne répond certes pas à cette double exigence. Alors comment faire ?

Eh bien, les éléphants pourraient d’abord s’engager, irrévocablement, à respecter à l’avenir les décisions démocratiques des Verts, à ne plus intervenir dans la presse les uns contre les autres par petites phrases assassines, bref à laisser la démocratie des Verts travailler. Ensuite, ils pourraient se mettre d’accord sur ce qu’ils respecteront ensemble en tout état de cause, dans le cadre d’un CE rassemblant toutes les tendances des Verts. Enfin, ils peuvent s’inscrire dans le débat de toutes et tous , en y avançant clairement leur propres idées.

Quant aux militants et adhérents, s’ils veulent échapper au statut de foule anomique et à la solution Cochet, il leur est facile de s’emparer du débat. Un texte participatif est en cours de rédaction depuis trois semaines, sur le site http://desir-de-vert.net. Ce site a été mis en place à Saint Jean de Monts, par d’anciens de la motion “ Reconstruire ” ou de “ Maison verte ”, en fait par des militant-e-s venant de tous le courants… et très majoritairement hors courant. Pour y participer, il n’est pas demandé de “ s’engager à signer ”, mais de proposer des modifications avec l’intention d’aboutir. Au 24 septembre, une version à peu près calée sera “ figée ” jusqu’au week-end suivant, où les participants de cette “ rédaction participative ” ouverte à tous décideront le contenu final de la motion.

Je suis convaincu que cette motion fera un très bon score, mais pas 80 % ! Le débat devra donc continuer avant le “ second tour ” (l’assemblée générale de Nantes). D’ores et déjà, les animateurs du “ Pole écologiste ” ont rencontré les animateurs-trices de Désir de Vert pour discuter de la suite. Idem pour les mamèristes qui , après avoir expliqué à Saint Jean de Mont qu’il n’était plus question de faire un texte avec Dominique Voynet, décidément “ trop droitière ”, décidaient ce week-end, je l’ai dit, de changer à nouveau leur fusil d’épaule . La raison ? “ on ne peut quand même pas, en rédigeant seuls un texte de premier tour pour fusionner avec vous au second tour, prendre le risque d’arriver considérablement derrière Désir de Vert ”.

Je respecte ce genre de point de vue, mais cela signifie seulement que Désir de Vert, où se regroupent actuellement toutes celles et ceux qui veulent concrètement s’atteler à remettre les Verts sur pieds, devra rester très … ouvert à la suite du premier tour, pour rassembler les fameux 80% !

 Bon, disons que 70%, c’est peut-être suffisant…




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