samedi 7 décembre 2019

















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1er décembre 1999

Le Monde des débats n°2
L’écologie est un post-socialisme
L’exigence de progrès est cumulative : chaque idée de progrès est plus riche que la précédente. Ayant été socialiste au XXe siècle, on sera nécessairement autre chose au XXIe siècle : "écosocialiste", peut-être. La question est de savoir comment se fera le passage de l’un à l’autre.

 Qu’a été le socialisme ?

La conjonction un peu artificielle de deux aspirations différentes, dont l’une a produit le syndicalisme et l’autre, le communisme. Le syndicalisme a exprimé la résistance d’une grande partie de la société aux conditions de vie et de travail qui lui étaient faites. Cela n’impliquait pas de remise en cause du système. Au contraire, le syndicalisme a donné lieu à de grands compromis à l’intérieur du capitalisme avec, selon les lieux et les moments, des points d’équilibre différents, dont l’un des plus durables a été la social-démocratie. Le communisme, de son côté, exprimait l’ambition de retrouver la chaleur (supposée !) de la communauté d’autrefois, mais sur la base de l’individualisme moderne. Aussi bien chez Marx que chez Proudhon ou Saint-Simon, trouver une solution pour le prolétariat opprimé, c’est réinventer la communauté, ce lieu idéal où l’on discute pour répartir les activités et les richesses : de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. Un siècle plus tard, le socialisme est en bout de course. D’un côté, le compromis de la social-démocratie avec le capitalisme a été sapé par la mondialisation, de l’autre, le communisme s’est effondré après avoir poussé à son paroxysme l’horreur communautaire, c’est-à-dire la communauté ossifiée en État.

 Nostalgie de la communauté

L’écologie contient, à mon sens, les mêmes aspirations fondamentales que le socialisme : l’écologie politique reprend, sous une forme un peu différente, la mission historique du syndicalisme, tandis que la nostalgie de la communauté perdue affleure dans le discours des Verts sur la convivialité, la solidarité, le pacifisme, etc. Il faut se souvenir qu’à ses débuts, le mouvement ouvrier exprime déjà une protestation contre la destruction physique de l’homme par l’industrie. Pour moi, les hygiénistes français du XIXe siècle, comme Le Play, qui militent pour l’interdiction du travail des enfants et l’assainissement des taudis, assument des tâches écologiques. On retrouve aujourd’hui cette alliance du médecin et du syndicaliste dans les pays du Sud en voie d’industrialisation. Au Brésil, au Pérou, dans les villes ouvrières construites à côté des usines, dont le maire se dit " vert ", c’est en général un médecin, et son .conseil municipal est composé de syndicalistes. C’est par exemple le cas à Marcana, à côté de la plus grande mine de fer du Pérou. Quand il faut gérer des problèmes comme le saturnisme, l’eau pourrie des bidonvilles, on voit réapparaître ce syndicalisme environnemental allié à l’hygiénisme qui caractérisait les débuts du mouvement ouvrier.

Le problème n’est pas entièrement différent dans les pays du Nord : quand on redécouvre que le capitalisme est mauvais pour la santé, l’écologie politique devient pertinente et on voit s’opérer une nouvelle convergence entre Syndicalisme et écologisme. Le fait que Dominique Voynet, dirigeante des Verts, soit médecin et ancienne militante syndicale est typique de cette évolution.

 Société pacifique

Qu’en est-il de l’autre aspiration de l’écologie, celle qui représente, comme le communisme avant elle, la nostalgie de la communauté ? Elle réutilise l’équation géniale de Marx : " si vous luttez contre votre patron, vous luttez pour le communisme", sous une autre forme : " si vous luttez contre la pollution, vous luttez pour l’an 01 ". L’an 01, c’est cette utopie d’une société pacifique, solidaire, non-productiviste, développée notamment par le dessinateur Gébé dans les années 70. Les Verts présentent comme inséparables la lutte contre les tares économiques du capitalisme - pollution, effet de serre - et la transformation en profondeur de la société. Mais l’avenir montrera sans doute qu’il peut y avoir un compromis "éco-capitaliste", comme précédemment avec la social-démocratie.

 Antitotalitaire

Le parallèle entre écologie et socialisme s’arrête là. On peut certes imaginer un " écolo-léninisme " qui abolirait l’argent, interdirait les échanges à longue distance, etc. Mais nous sommes vaccinés contre le goulag, simplement parce que nous avons vu que ça existait. Et il y a quelque chose d’intrinsèquement libertaire et hostile aux grandes machines étatiques dans l’idéologie écologiste qui rend, selon moi, impossible l’" écolo-totalitarisme ".

Propos recueillis par Sophie Gherardi




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