mardi 2 septembre 2014

















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par Alain Lipietz | 29 janvier 2005

Intervention au FPM, Porto Alegre
A quoi sert le Forum Parlementaire Mondial ?
Mes chers collègues, mes chers amis,
je voudrais vous expliquer en quelques mots l’importance que le mouvement Vert attache à ce forum mondial.

Vous connaissez peut-être notre devise : « Penser globalement, agir localement ». Les écologistes considèrent en effet qu’il faut réfléchir à la portée globale de chacun de nos actes, et que c’est en agissant pour notre propre environnement que nous mettons le mieux en œuvre nos valeurs. Mais cette formule de responsabilité éthique a quelque peu vieilli. Avec la déchirure de notre planète entre le nord et le sud, avec l’intensification des crises géopolitiques, avec l’aggravation des crises écologiques globales dont les causes comme les conséquences se répandent sur tous les points de la planète, nous comprenons de mieux en mieux qu’il faut aussi « agir globalement ». Nous avons besoin de règles du jeu mondiales, pour contrôler les multinationales et défendre les travailleurs et l’environnement. Nous avons besoin de mener des politiques publiques globales pour lutter contre la pauvreté et contre les crises. Nous avons besoin donc de prendre des décisions au niveau mondial, de faire de la politique mondiale.

Or, il n’y a pas d’instance politique mondiale, de lieu de décision démocratique mondiale. Nous sommes entrés - et nous resterons sans doute pendant toute cette première moitié du 21e siècle - dans un entre-deux où la vie des terriens est déjà globalisée, mais la politique est encore nationale. Un peu comme dans le 11e siècle européen que l’on a appelé le « siècle sans Rome », c’est à dire sans pouvoir politique organisateur. Dans ce Moyen-âge, les forces économiques (les marchés, la course au profit) ont libre cours. La politique est impuissante, d’où le désenchantement démocratique. Pourquoi voter, si les votes nationaux n’ont aucune prise face à ce que dicte le marché mondial ?

Dans cet entre-deux, dans ce Moyen-âge, tout ce qui pousse à la formation des blocs politiques régionaux (tels que l’Union européenne ou ce que peut devenir la Communauté sud-américaine des nations), tout ce qui anticipe de la future République universelle, fait avancer le progrès social et la défense de la planète. D’où l’importance que nous accordons au Forum parlementaire mondial, cette réunion de représentants élus sur une base nationale (ou continentale pour ce qui est des eurodéputés) mais qui se préoccupent déjà de « l’agir globalement ».

Le Forum parlementaire mondial n’est pas en effet une simple amicale de parlementaires telle que l’Union parlementaire internationale (UPI). Nous sommes celles et ceux, parmi les élus, qui avons la plus claire conscience de la nécessité d’un espace politique mondial pour dompter les multinationales et imposer des règles sociales et environnementales. Nous sommes, parmi les députés, ceux qui veulent des règles et des politiques mondiales respectant les droits culturels des peuples, et en particulier des peuples indigènes. Nous défendons la solidarité, l’écologie, l’égalité des hommes et des femmes à l’échelle globale.

Nous avons donc un rapport spécifique avec le Forum social mondial qui nous a d’ailleurs engendrés. Le Forum social mondial est un des lieux d’émergence de l’opinion publique progressiste mondiale sans laquelle il n’y aura pas de pouvoir politique mondial. Nous sommes donc d’abord, en tant que forum parlementaire, un lieu de relais, vers les institutions, des aspirations qui s’expriment dans le forum social mondial . Nous portons dans les institutions les valeurs et les aspirations qui émergent du Forum social mondial. Mais il serait démagogique de restreindre notre rôle à celui d’une courroie de transmission ascendante. Nous avons également un rôle pédagogique vis à vis des mouvements sociaux.

Parce que nous sommes dans les institutions, nous sommes parfois mieux à même que les militants des mouvements sociaux de repérer les urgences et les échéances. La course entre les deux formes de la globalisation (par le marché ou par la démocratie) est très rapide, et le marché a pris des décennies d’avance. C’est notre rôle, en tant que parlementaires, d’alerter le Forum social mondial et les mouvements sociaux de l’erreur qu’il y aurait à ignorer ces échéances.

Je voudrais illustrer cette obligation par une anecdote. Il y a quelques semaines, je représentais l’Union européenne pour la fondation de ce qu’on appelle la Communauté sud-américaine des nations, à Cusco. Au soir de cet événement extraordinaire et très émouvant, mes collègues de droite de la délégation européenne me demandèrent : « Pourquoi tes amis altermondialistes ne sont-ils pas ici à manifester contre ce sommet de chefs d’Etats, comme ils le font d’habitude ? » Je leur répondis : « Parce que les altermondialistes sud-américains, sans doute, sont pour cette réunion ». Alors mes collègues de droite me demandèrent : « Alors pourquoi ne manifestent-ils donc pas en faveur de ce sommet ? » .

J’ai posé cette question dans un des séminaires du Forum social mondial mobilisé contre le Traité de libre commerce avec les Etats-Unis. Je leur demandais : « Mais pourquoi ne faites vous pas référence à la création de la Communauté sud-américaine des nations comme une alternative au TLC avec les Etats-Unis ? ». Ils m’ont répondu : « Nous éprouvons une neutralité bienveillante à l’égard de l’initiative des présidents Lula et Chavez. Mais pour nous elle représente des dangers. Une autre intégration continentale est possible ».

Et bien, chers collègues, c’est cette neutralité qui n’est plus possible. Je vous en conjure, que les Sud-américains ne commettent pas la même erreur que le mouvement ouvrier européen, il y a cinquante ans, quand s’est créé le marché commun européen, embryon de la future Union européenne. C’est à ce moment-là qu’il aurait fallu exiger une Europe sociale (et nous dirions maintenant écologiste et féministe). Ce n’est pas cinquante ans après qu’il faut se réveiller en disant « Mais ces institutions transnationales qui se sont créées ne défendent ni la démocratie ni les droits des travailleurs ni ceux de l’environnement ! ». Oui, je vous le dis, c’est aujourd’hui que, parlementaires et mouvements sociaux, nous devons nous battre pour une Europe sociale et écologiste, une Amérique du sud sociale et écologiste, une Afrique sociale et écologiste, une Asie sociale et écologiste. Et demain, nous continuerons le combat pour une République universelle sociale et écologiste.




Sur le Web : Cinquième Forum parlementaire mondial

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