mardi 23 juillet 2019

















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par Alain Lipietz | 8 mai 2019

Sur les incidents du Premier mai
C’est sur Facebook que j’ai eu à mener ce débat. Du sein de la manifestation je témoignais par des photos et de brefs commentaires. Le débat sur mes billets est devenu viral. J’ai réagi par des textes plus construits. Les voici recueillis.

 I. Au départ de la manifestation

Au départ de la manif, nous devisions d’abord sur la place devant le Tour Montparnasse (de l’incendie de Notre-Dame, avec l’un des ingénieurs de la reconstruction : passionnant.)

Puis nous avons rejoint un petit groupe EELV. C’est alors qu’a eu lieu le premier bombardement de grenades lacrymogènes, sur le groupe de tête du cortège syndical pourtant au contact direct de la police.

Nous nous sommes refugiés « sous le vent », sur les marches de l’église Notre-Dame-des-Champs. Nous avons alors pris deux grenades, alors qu’il n’y avait aucun « black bloc » autour de nous. Mon épouse Natalie Gandais, vivement choquée, a réussi à quitter la manif et était encore malade la dimanche suivant.

Ces bombardements (il ne s’agissait pas de tirs directs visant quelqu’un en particulier — et c’est heureux : trop d’yeux crevés, de mâchoires ou de mains emportées — mais de tirs balistiques sur la foule) ont cassé la manif en deux, obligeant les dirigeants syndicaux et plusieurs camions-montgolfières à quitter provisoirement la manif. Mais les plus courageux ou les camions syndicaux éloignés d’une rue latérale sont restés.

Dans la fumée, à 13 h 55, j’ai envoyé des photos avec le commentaire :

« La police de Macron, Cohn-Bendit et Canfin bombarde la manif climat-GJ- syndicale. L’horreur  »

Ce message a provoqué plusieurs critiques sur Facebook. Les uns disaient : « La police, pas la police de Macron ! ». Les autres critiquaient l’assimilation des soutiens ex-verts de Macron à la politique de Macron lui-même. J’ai répondu à froid par le long texte suivant :

Alain Lipietz
2 mai, 17:30 ·

Mises au point.

I. Sur l’invasion de trolls sur ma page.

Il s’est passé des trucs inhabituels sur ma page Facebook hier 1er mai, visant à discréditer tous mes témoignages écrits et photographiques sur la manifestation de Paris et tous mes commentaires. Or cette page est ouverte à l’écriture pour tout public. Jusqu’ici ça ne posait pas de problème. Mais je commence à voir ce que c’est qu’une manœuvre coordonnée de trolls : si on leur répond, si on essaie de les raisonner, on n’en sort plus.

Ces trolls d’hier étaient en l’occurrence gouvernementaux, macroniens. Problème : les trolleurs (que je ne connais pas) sont mêlés à des ami-e-s devenus eux aussi macroniens, et que j’observe avec tristesse perdre l’esprit critique qui les avait caractérisés comme écologistes. Tous relaient en chœur exactement les mêmes fakes : démentis de ce que je raconte ou photographie, alors qu’on découvre progressivement qu’ils ou elles ne font que reprendre les « éléments de langage », reprise des mensonges déjà relayés par certains articles de presse, mais déjà aussi démentis par la presse, etc.

Je les ai laissés passer jusqu’ici, soit au nom d’une vieille amitié, soit au nom de la confrontation nécessaire des points de vue sur un même événement : je sais trop que le témoignage humain est fragile, y compris le mien. Mais il est vite apparu qu’ils ou elles… n’étaient tout simplement pas là !

Je m’efforcerai d’être plus vigilant à l’avenir. Les fakes n’ont pas leur place sur mon mur.

2. Sur mes appréciations

Problème différent : la discussion sur mes propres appréciations, évidemment légitime et intéressante. Encore faut-il ne pas les déformer.

Je vise en particulier mon commentaire sur les photos de grenades lacrymo tombant au milieu de la foule, principalement syndicaliste, qui s’apprête à démarrer.
A chaud (c’est le cas de le dire) j’envoie ces photos (13 :55) sur FB avec le long texte : « La police de Macron, Cohn-Bendit et Canfin bombarde la manif climat-GJ- syndicale. L’horreur »

Rentré chez moi, je découvre le commentaire d’un estimé journaliste professionnel : « La police de Cohn-Bendit ! N’importe quoi ! Quelle haine ! »

Voici ce que je lui ai répondu :

« Ahum... J’ai écrit "La police de Macron, de Cohn-Bendit et de Canfin". Comment se fait-il que sous la plume d’un journaliste pro cela devienne "La police de Cohn-Bendit", ce qui serait en effet ridicule ?
Que la police soit "de Macron" : bon, il est chef de l’exécutif, la police n’est pas en France un corps devenu autonome. Le choix du préfet détermine son attitude.

Ensuite, un important ex-68ard , qui hier encore critiquait amicalement Macron, dans un intéressant documentaire, sur sa politique répressive en Méditerranée et vis-à-vis des migrants et semblait gober sa réponse, n’a plus rien à dire et soutient la liste de Macron aux européennes, où va se jouer la discussion de Frontex. Quand nous étions ensemble au PE je l’ai connu plus critique...

Placer "Cohn-Bendit" (qui n’est qu’un soutien) à la suite de "Macron" vise évidemment ces paradoxes et devient incompréhensible si on censure "La police [de Macron] de Cohn-Bendit etc"

Ensuite "haine".

Cette phrase signifie-t-elle que je hais Macron ? Quelque chose comme ça peut être. Cohn-Bendit ? J’ai tout un fil de discussion sur son cas il y a quelques jours. Je ne dirais pas "haine". Ni "mépris". Peut-être "pitié" ? S’y reporter :
28 avril, 17:05

Ah zut, j’allais oublier Canfin, le n°2 de Madame Loiseau. Il y a une blague de Churchill sur Attlee. Très injuste (pour Attlee) .

Ensuite le journaliste professionnel occulte la seconde partie de la phrase qui n’est pourtant pas bien longue : « … bombardent la manif Climat-GJ-syndicale »

La coquetterie des triptyques symétriques m’obligeait à citer Canfin. Je n’aurais pas dû : visiblement personne ne s’en est aperçu.

Même discussion que pour le premier tryptique : il n’est intéressant que par le rapprochement des termes. Si on censure le mot "climat..."

Que des GJ et des syndicats scandent tous aujourd’hui des slogans écolos et manifestent ensemble était assez marrant. Évidemment la profondeur de la conviction écolo n’était pas la même, mais c’est intéressant. Bien sûr, tous les écolos , tous les GJ ne se reconnaissaient pas dans une manif du Premier Mai.

Sur le mot « bombarde » : j’explique ailleurs pourquoi j’ai écarté le mot « canarde ». La police ne visait pas, ne tirait pas sur quelqu’un. C’est bien : assez d’yeux crevés. Elle balançait des grenades au-dessus de la foule. Pourquoi ? ahah…

Elle ne visait pas les maigres drapeaux EELV sous ce porche de cette église, elle ne visait pas de Black Bloc (il n’y en avait pas à coté de nous), elle nous lançait des grenades dessus parce qu’on était là, c’est tout. A une manif déclarée, autorisée, traditionnelle dans sa forme, même si étonnante sur le fond.

Enfin, la conclusion : « L’horreur ».

Oui il y avait deux camps inattendus. Celui de la police, de celui que certains se sont plu à désigner comme « l’ancien secrétaire de Ricoeur » et ancien ministre socialiste, de l’ancien leader de 68 et de deux anciens députés écologistes, pour l’élection desquels des milliers d’écologistes anonymes ont collé des affiches, distribué des tracts, organisé des réunions-débat afin de les faire élire. Et de l’autre des écologistes d’aujourd’hui, des syndicalistes d’aujourd’hui, des petits salaires d’aujourd’hui qui refusent les formes traditionnelles d’organisation et soulèvent des problèmes d’aujourd’hui.

L’horreur, c’est qu’il n’était pas écrit que « la contradiction principale », en France, en 2019, se dessinerait ainsi.

Se souvenir de Gustav Noske, et où ça a mené.

3. Le cas des Blacks blocs.

J’ai pu constater que sur une autre page une personne m’accusait d’applaudir les Black blocs. Comme je protestais, cette personne m’a répondu qu’elle ne me visait pas personnellement mais Poutou. Problème de moustache ? Comme Noel Mamère ?

Je saisis l’occasion : les BB sont, avec les grenades lacrymo leurs cousines, la plaie des manifs. Je pense que parmi eux, 75 % pensent sincèrement que leur violence fait avancer un progrès qu’ils ne définissent jamais, 20% aiment simplement la violence ou le pillage, et 5% des provocateurs. L’effet de leur action (pour les 95%) et le but de leur action (pour les 5%) est de tarir le droit de manifester, par écœurement des manifestants (écœurement contre leurs violences, ou contre celles de la police qui riposte à coup de grenades lacrymo) , et en rendant les manifestants impopulaires. Ils y sont parvenus avec les gilets jeunes, qui étaient à l’origine un mouvement très soutenu dans la population.

Mais ils sont moins dangereux, physiquement et politiquement, que la Fraction Armée Rouge, Action directe ou encore plus gravement les BR et autres « camarades P38 » qui ont cassé le Mai italien prolongé jusqu’au mouvement des « indiens métropolitains ».

 II. L’incident de la Pitié-Salpêtrière

Après le bombardement du Bd du Montparnasse, le cortège se reconstitue, immense. Mais déjà, beaucoup de femmes, d’enfants, de personnes âgées, sont parties. On descend très pacifiquement le Bd de Port Royal, le carrefour des Gobelins, le Bd Saint -Marcel.

À ce moment je ne sais rien de ce qui se passe vers 16 h 30 à la Pitié-Salpétrière. Arrivé au bout du Bd Saint Marcel, j’entends juste les explosions (la seconde vague de bombardements) et me dis « On est pris dans une nasse, comme à Charonne » et je rebrousse chemin, cherchant à sortir. Mais jamais les policiers ne m’ont laissé sortir. Je remonte sur près d’un km, jusqu’au croisement du Bd de Port Royal et de la rue Broca… où je connais la « sortie magique ». Et depuis le métro du retour je facebooke :

Alain Lipietz
1 mai, 18:44 ·

Passé le carrefour Raspail la manif redevient normale et gigantesque.
Des dizaines de rivières nous rejoignent par des rues adjacentes.
« La foule immense où l’Homme est un ami ».

Aux Gobelins elle s’écoule pendant des heures clamant son dégoût de Macron, et des slogans pro-climat.

Il est 17h je marche depuis 11h, pas déjeuné : je veux me tirer mais la police ne veut pas me laisser sortir de la nasse. Je songe à demander un ordre écrit d’un supérieur, pour aller en TA mais la barbe.

J’achète un recueil de Maïakovski au stand du Temps des Cerises pour passer le temps
Du haut de Port Royal le fleuve gigantesque continue de descendre. Et depuis longtemps ceux qui reviennent de l’avant sont eux aussi piégés. Ça va mal finir, c’est le but...

Mais je connais un passage magique (cf Contes de la rue Broca) et je m’évade.

Le soir j’apprends à la télévision la « version Castaner » de l’incident de la Pitié-Salpêtrière, corroborée par Martin Hirsch et la directrice de l’hôpital : des casseurs auraient attaqué l’hôpital, commettant violences, vols, déprédations, pillages.

Je n’y crois pas (mais rien n’est impossible…), je devine qu’il s’agit simplement d’une tentative de s’échapper en force de la nasse, sous les lacrymos, J’avais, en bon scientifique popperien, parié « ça va mal finir, c’est le but », donc je ne suis pas surpris : mon hypothèse est vérifiée.

Les deux jours suivants s’accumulent, vidéos à l’appui, les témoignages des manifestants asphyxiés qui ont pénétré dans l’hôpital, ceux du personnel hospitalier qui confirment l’absence d’hostilité de celles et ceux qui ne cherchaient qu’un asile… Une vidéo révèle que le bombardement de gaz lacrymo a été tiré par un groupe de policiers depuis l’hôpital où ils avaient été pré-positionnés pour attaquer la manif de flanc. D’autres témoignages encore : filles humiliées en garde à vue, résidants (noirs, comme par hasard) de la résidence universitaire incluse dans l’hôpital matraqués par des policiers jusque dans le hall de la résidence etc. Je donne quelques liens hypertextes sur mon mur Facebook et je conclus : le mensonge est démasqué, le piège policier confirmé, ça ne fait pas de la France une dictature, ce n’est qu’un pas de plus vers la démocratie illibérale à la Orban.

Le 3 mai ça me turlupine encore et je poste le billet suivant :


Alain Lipietz
3 mai, 16:26 ·

Cette histoire du Premier mai 2019… Je n’arrive plus à travailler, tellement ça me travaille.
Pas tellement la réalité de ce qui s’est passé sur le terrain. Macron et Castaner sont dans le droit fil de la pratique de Hollande/Valls à partir de Sivens et des manifs sur la loi Travail, avec déjà le précédent du « fake » de l’hôpital Necker. Et tout ça c’est vieux, très vieux, je l’ai connu dix fois depuis la guerre d’Algérie, Mai 68…

Non, ce qui me bouleverse c’est le psittacisme, la répétition servile, des macroniens. Y compris d’anciens amis politiques.

Tous les macroniens ne sont pas des ordures. Toutes ne sont pas des dindes. La plupart sont resté.e.s tétanisé.e.s par le spectacle de ce que faisait la police ce 1er mai, par l’énormité évidente du mensonge de Castaner sur la Pitié-Salpé. Comme ils l’ont été après l’affaire Benalla. Le silence de Villani (que j’admire comme scientifique), candidat à la mairie de Paris, est significatif.

Le plus significatif peut-être est la déclaration initiale d’Agnès Buzyn, la ministre de la Santé. C’est à la fois une grande professeure d’université, une sommité médicale (elle a été en poste à Necker !) et une haute fonctionnaire (de la surveillance de la sécurité nucléaire…) Elle sait parfaitement ce qu’est un mensonge d’Etat , elle a un QI +++. Voici sa déclaration du jeudi soir, petit chef d’œuvre pour un psychanalyste : « On voudrait ne pas y croire. On voudrait se dire que la violence ne peut tout prendre pour cible. S’en prendre à un hôpital est inqualifiable. » Évidemment ! Seul le régime Assad et l’aviation russe sont capables de ça. C’est énorme, incroyable, manifestement un bobard d’Etat, et encore, extrêmement mal ficelé... Mais elle est ministre de Macron, elle ne tirera pas les conséquences immédiates de ce que lui dicte son cerveau. Elle sera la première au gouvernement à prendre ses distances avec la vérité officielle.

Beaucoup plus grave est la déclaration de la directrice de la Pitié, relayée par son directeur de l’AP-HP, Martin Hirsch. Elle a tout pouvoir, non, devoir, d’enquêter directement auprès de ses propres salariés. Un simple coup de fil, qu’elle a probablement donné d’ailleurs. Ben non, elle emboite le pas au ministre de l’Intérieur.

Martin Hirsch. Jadis très proche des Verts et de Dominique Voynet. Fils et petit-fils d’un des plus grands commis de l’État, qui fut un demi-dieu pour les hauts fonctionnaires progressistes. Passé par la direction d’Emmaüs France. Devenu directeur des hôpitaux publics de Paris (l’AP-HP), sommé par 103 grands médecins de démissionner « comme Hulot » pour protester contre le massacre de l’hôpital public. Eh bien non, il confirme le mensonge Castaner. Sa seule excuse (j’espère) est qu’il ne peut pas désavouer sa directrice de la Pitié qui a confirmé le mensonge.

Cohn-Bendit, Canfin. Anciens eurodéputés. Ils savent par cœur ce que vote l’ALDE au Parlement européen. Ancien soixante-huitard , culture anarchiste anti-stalinienne, puis envoyé spécial sur tous le fronts de la liberté dans les années 70-80 , Dany connaît toute les ficelles du mensonge d’État et des provocations policières. Critiquait amicalement Macron pour sa politique policière dans son documentaire sur la France 50 ans après 68. Pascal, il y a quelques semaines directeur du WWF-France, fustigeait la non-politique écologique de Macron. Ce que le gouvernement vient de faire est presque le champagne sablé après leur soutien à la liste Macron : « Si même eux peuvent encaisser ça, alors tout est permis. » Leur silence ce matin est fracassant. C’était pourtant leur dernière porte de sortie : tout le monde peut s’être trompé, diabolicum perseverare.

Et je ne parle pas de ceux de mes ami.e.s de la veille, qui suivent aveuglément Dany, qui m’ont injurié sur Facebook toute la journée du 1er mai pour se taire le lendemain, niant la vérité de ce que je voyais, vivais, photographiais, et qui, à des centaines de kilomètres, sans aucune base d’enquête, répétaient en boucle les éléments de langage gouvernementaux.

Ce sont de vieux militants. Ils ont eu à certains moments de leur vie le courage de se révolter contre une vérité établie. Là non. Donc il n’y pas d’expérience qui vaille, pas d’effet cumulatif, d’intelligence qui se construit, individuellement, collectivement.

Le cerveau humain n’apprendra jamais rien. La Planète est foutue.

Ce billet devient vite viral, je ne peux plus répondre individuellement. Je rédige la réponse collective suivante :

Alain Lipietz
5 mai, 00:01 ·

J’ai dépassé le 1000 partages et likes sur mon billet d’hier (3 mai , 16:26 « Cette histoire de Premier mai ») et c’est désormais compté en « k » ! Remerciements à tous ! Mais je ne peux plus liker ou répondre aux commentaires, ni prendre de nouveaux « amis FB ». Je réponds un peu au hasard, toutes mes excuses à celles/ceux pour qui je ne réagis pas. Je vais donc essayer de répondre collectivement aux remarques les plus fréquentes.

I. Sur la forme d’abord. Il y en a que cela a arrêtées.

a. Le mot « psittacisme ». Je suis confus, j’ai corrigé en donnant la traduction (répéter comme un perroquet). Ce mot était d’un usage courant il y a 50 ans… J’étais dans un groupuscule de tendance « mouvementiste », « mao-spontex », hostile aux « pro-chinois », « m.l. dogmatiques » qui dupliquaient toutes les variations de ligne de Pékin-Information. On les accusait de psittacisme. Alors, voir même Dany Cohn-Bendit se comporter en lecteur de Pékin-Information, et cracher sur son propre portrait (« guignol politicien ») m’a bouleversé : cf mon billet du 28 avril, 17:05 « La tribune de Dany Cohn-Bendit (avec JP Besset) dans le JDD a quelque chose de désespérant quant à la nature humaine. »

b. L’emploi des formes inclusiv.e.s . Oui ça fait moche ! Mais bon, on est sur Facebook, pas dans un texte « écrit ». Et les féministes ont totalement raison de rejeter la règle d’accord « le masculin l’emporte sur le féminin ». La solution à terme me semble de l’abandonner au profit du libre choix entre la règle de la majorité (Peter, Paul et Mary sont sortis) et la règle de la proximité (Peter, Paul et Mary sont sorties). Ce qui ne règlera pas le problème du nom commun (chanteurs et chanteuses sont sorties).

II. Sur le fond. Là ça devient sérieux et c’était exprès.

a. La question du QI et de l’établissement de la vérité.

On sait depuis la critique post-moderniste que « La Vérité » est fuyante, relative. Depuis longtemps on dit « à chacun sa vérité » mais la nouveauté est qu’il est désormais légitime de l’affirmer, même sur le « factuel ». Les bobards, même d’État, ont toujours existé. Internet introduit une vitesse fulgurante de propagation. Mais ça joue dans les deux sens, surtout avec l’aide des caméras des portables, qui permettent très vite de démentir.

Or ce "Ça joue dans les deux sens", au lieu de permettre d’établir un consensus de vérité, permet au contraire de relativiser toute vérité, ce dont abusent Trump, Macron, etc
La post-vérité est la sœur jumelle du post-modernisme et du relativisme épistémologique.
Je pense néanmoins qu’entre gens de bonne volonté il y a encore moyen de discuter "sur pièces".

C’est là le cœur de ma réflexion : même avec un haut QI on peut accepter la post-vérité... par psittacisme, entre autres. Sans même compter "l’existence du Mal ", des prédateurs. On se demande encore pourquoi Bichelonne, l’un des plus hauts QI de notre histoire, est resté ultra-collaborationniste jusqu’à Sigmaringen. Admiration pour Speer et la Reichbahn ?

* On m’écrit : « le QI n’est pas le discernement ». C’est vrai. L’expérience joue aussi. Par exemple : Bd St-Marcel, je vois que la police a mis en place une nasse dont elle interdit la sortie et j’entends vers 16h 30 que ça grenade en aval. Je pense aussitôt à Charonne (massacre de manifestants pris dans une nasse à la fin de la guerre d’Algérie).

Charonne a profondément marqué la réflexion sur le maintien de l’ordre. Avec cette règle absolue : toujours laisser une porte de sortie ouverte pour les manifestants. Cette règle a été bafouée le 1er mai 2019 dans le but certainement conscient qu’il y ait un gros incident lors d’une tentative de sortie en force.

J’ai erré pendant plus d’une heure le long du bd St Marcel et carrefour des Gobelins, la police ne m’a jamais laissé sortir. Je connaissais la sortie à travers la Pitié-Salpé, mais je pensais qu’elle provoquerait des problèmes de sécurité pour l’hôpital, c’est pourquoi je suis revenu prendre le passage "magique" Bd de Port-Royal/rue Broca. Mais pour moi il était hors de doute que des gens en tête de cortège, asphyxiés, essaieraient de s’en tirer en force.

Dans mon billet de 18 : 44 écrit dans le métro en rentrant chez moi, j’affirme « Ça va mal finir, c’est le but... ». J’ignore alors tout de l’incident de la Pitié-Salpé, mais quand le soir Castaner et Hirsch l’annoncent, il est pour moi évident que « le but » est atteint.

J’ironise sur le QI de Mme Buzyn, car son psittacisme ne l’empêche pas de laisser son QI manifester des doutes subliminaux : « On voudrait ne pas y croire. On voudrait se dire que la violence ne peut tout prendre pour cible. » Elle sait que c’est invraisemblable, elle est intelligente et instruite, elle est 3e dans la chaine des témoignages, elle peut encore recouper, mais non, elle couvre son collègue de l’intérieur (comme ils l’ont tous fait pour Benalla).

* On m’écrit « Mais même Jadot l’a cru ! Ce n’était donc pas si invraisemblable ! » Oui. Nous savons tous depuis Boileau que le Vrai peut quelque fois n’être pas vraisemblable. L’Humanité est capable du pire. Quand on n’est pas témoin, il faut attendre les témoignages avec les armes de la raison et de l’expérience. Les témoins étaient la trentaine de personnes interpellées et les personnels du service des urgences (l’accusation de « pillage » est, elle, carrément évanescente). On les a eus au bout de 36 heures et, avec l’aide des videos des portables, le mensonge d’Etat s’est effondré. Mais en attendant on avait deux chaines de témoignages : la chaine policière et la chaine « directrice de la Pitié - Martin Hirsch – A. Buzyn ). Toutes deux mensongères. Mais cette « vérité officielle » semblait solide, et il faut bien croire à quelque chose.

Car il y a un moment de "validation provisoire de la Vérité" par le Tiers (l’Etat, la justice, l’académie des sciences...) qui détient "l’autorité de la chose jugée", même si on sait que c’est toujours révisable. Si l’État nous enfume et qu’on s’en aperçoit, c’est très grave : on a l’impression que le sol se dérobe sous vos pieds, que la vérité n’a plus de base solide. On ne croit plus en rien. Ma fille Barbara, enquêtant autrefois sur l’effondrement de la vaccination dans le Grand Londres, a constaté que les ouvriers répondaient « C’est encore un mensonge de Tony Blair ! comme pour l’Irak ! Sûr que lui ne fait pas vacciner ses enfants ! »

* On me dit : « Celles et ceux qui pratiquent le psittacisme envers le pouvoir macronien le font par intérêt financier, ambition, etc. Oui et non.

Chez certains : oui. A l’issue de ma pénible expérience présidentielle de 2001, j’ai conclu "Les pièces de Molière ne sont pas une caricature de l’humanité, l’humanité est une caricature des pièces de Molière".

Chez d’autres (les anciens amis que je citais dans mon dernier paragraphe et qui écrivirent que je « déraillais depuis un certain temps » quand je racontais ce que je voyais de mes propres yeux dans la manif) : ils faisaient simplement du psittacisme derrière Dany, qui psittacise Macron etc.

C’est en fait le plus désespérant !! Les ouvriers communistes français qui récitaient ce que disaient l’Huma à l’époque de Staline ne le faisaient pas par intérêt financier, mais par l’importance de pouvoir croire en leurs rêves. Quant au cas Dany CB, je le discute dans mes billets précédents, sans pouvoir conclure (le narcissisme est une donnée centrale, mais qui pouvait aussi bien le pousser dans la direction contraire. Le « complexe du Roi Lear » est plus précis.)

b. L’intelligence collective et le devenir de la Planète.

Beaucoup ont été atterrés par mes dernières phrases :
« Donc il n’y pas d’expérience qui vaille, pas d’effet cumulatif, d’intelligence qui se construit, individuellement, collectivement. Le cerveau humain n’apprendra jamais rien. La Planète est foutue. »

Bon, hein, c’était une provoc à la réflexion ! Je reste l’« optimiste de la volonté » invétéré que j’ai toujours été. Là, je fais dans le « pessimisme de la raison ».

Le problème : si on pense que les gens sont prêts à changer d’avis sur la Vérité (sans même parler des buts de la vie en société) en fonction de leur intérêt du moment, fût-ce un intérêt imaginaire et erroné, alors il n’y a plus d’accumulation de sagesse (raison + expérience) individuelle et collective possible.

On me dit : « les vieux trahissent, mais il y a les jeunes ». Certes, et heureusement. Mais ce qui fait trahir les vieux, d’après cette théorie, c’est qu’avec le temps ils accèdent au pouvoir, à la richesse, à la notabilité etc. Et défendent leur intérêt immédiat, non plus l’intérêt collectif à terme. Donc automatiquement ceux qui arrivent au pouvoir « ont trahi » et ce sera le cas des jeunes quand ils y arriveront. Et à ce moment tout ce qu’on a pu apprendre sur les méfaits du productivisme est perdu (le savoir de Dany ou de Pascal Durand ou de Pascal Canfin sur la politique écologique des libéraux -démocrates en France et au Parlement européen, etc). Donc on n’apprend jamais rien, ça va continuer et la Planète est foutue.

Puisque le sort de la planète dépend de la folie des hommes, il est essentiel de se doter d’une intelligence collective emmagasinant de la sagesse sur les problèmes écologiques, indépendamment des dérives des individus. La tradition disait que c’était le parti (groupe d’hommes et de femmes partageant des valeurs, des buts, une vision, un bagage d’expériences, et qui ne change pas et accumule du savoir, même si des individus le quittent). Ce n’est évidemment pas le seul lieu, mais c’est en plus un lieu de coordination pour les luttes.

Si on regarde le groupe Vert au Parlement Européen, c’est assez exact : la preuve, sur 30 ans, ceux qui rallient Macron (comme DCB, Canfin, Durand…) le quittent, ce n’est pas lui qui rallie Macron et l’ALDE ! C’est pourquoi il me paraît essentiel que soient élus le plus d’eurodéputés verts possible, d’autant que la première douzaine de candidat.e.s me semble très intéressante, et à portée d’être élu.e.s.

D’un autre coté, à force de parlementer pour arriver à des compromis majoritaires, on risque, même sans « trahir », de perdre la flamme de la révolution, pardon, de la transition… Donc il a toujours besoin de la jeunesse.

  III. L’hôpital : asile neutre en temps de guerre, champ de bataille légitime en temps de paix ?

Même après le dévoilement total des mensonges de Castaner, mes correspondants macronistes se réfugient derrière la phrase « incursion violente », visant le fait que la grille a été forcée par des manifestants asphyxiés par les bombes. Un médecin de l’hôpital remarque : « Et heureusement ! Sinon ils auraient été écrasés par la pression de la foule ! ». En effet, on a failli avoir un scénario à la Charonne ou à la Heysel.

Première question : n’est-ce pas la vocation d’un hôpital que de servir de refuge ? La chasse aux fuyards menée par la policiers, dont les fameuses escouades à moto/matraques, était-elle légitime ?

Mais les faits sont encore plus graves.

Des policiers étaient pré-positionnés DANS l’hôpital, à une autre porte, pour ce second bombardement qui a semé la panique, dont les gaz sont revenus dans l’hôpital, et qui a mis le feu à un buisson du jardin (que les manifestants ont pris l’initiative d’éteindre en y jetant leurs bouteilles d’eau.)

Ils ont poursuivi des résidents (noirs, comme par hasard) de la résidence universitaire de l’hôpital jusque dans le hall de leur résidence.

Des correspondants macronistes insistent pourtant sur le caractère sacré de l’hôpital, où il aurait donc été interdit de chercher refuge. Et l’un d’eux à l’idée de comparer l’hôpital à une ambassade. Ce qui me mets la puce à l’oreille : mais oui au fait ! Ce qui relève du Droit Humanitaire International (les conventions de Genève) protège aussi les civils, pas seulement les soldats.

Je facebooke :

X soulève quand même pour la première fois une question de droit importante : le statut des hôpitaux dans les conflits, par analogie avec le droit international. Selon lui c’est "comme une ambassade". De même Y parle de "sanctuaire".

Idée intéressante. Je me souviens que, fuyant la police lors du coup d’Etat de Pinochet, de nombreux Chiliens se sont réfugiés dans les ambassades. Pareil à Kigali, etc. En effet, il y a un aspect "droit d’asile".

Mais il faut voir aussi l’inverse, l’aspect "base pour combattre l’adversaire". On sait maintenant qu’au moins une partie de policiers qui ont tiré sur la foule à 16:35, provoquant la suffocation et la panique qui ont conduit plusieurs dizaines de personnes à chercher refuge dans l’hôpital (par une autre porte), tirait DEPUIS l’hôpital. Ils y étaient donc pré-positionnés depuis un certain temps, préparant une attaque de flanc de la manif.

Suivant l’intuition de X j’ai regardé le statut des hôpitaux relativement à cette tactique. C’est très clair (article 18 de la IVe Convention de Genève) : les hôpitaux sont "neutres", aucun combattant ne doit y pénétrer, que ce soit pour tirer vers l’extérieur ou pour y poursuivre de réfugiés.

Or ces Conventions de Genève ont bel et bien été élargies aux conflits « non internationaux ». J’ai manié ces instruments juridiques de multiples fois en tant que président de la délégation du Parlement européen pour la Communauté andine (le Pérou de Sandero Luminoso, la Colombie des Farc et des paramilitaires…)

On me répond "Mais nous ne sommes pas en guerre"… même pas « civile ».

C’est vrai, mais, euh.... Les civils auraient-ils moins de droits en temps de paix qu’en temps de guerre ?




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  • [18 juillet 2014]
    Gaza, synagogues, etc

    Feu d’artifice du 14 juillet, à Villejuif. Hassane, vieux militant de la gauche marocaine qui nous a donné un coup de main lors de la campagne (...)


  • [3 juin 2014]
    FN, Europe, Villejuif : politique dans la tempête

    La victoire du FN en France aux européennes est une nouvelle page de la chronique d’un désastre annoncé. Bien sûr, la vieille gauche dira : « C’est la (...)


  • [24 avril 2014]
    Villejuif : Un mois de tempêtes

    Ouf ! c’est fait, et on a gagné. Si vous n’avez pas suivi nos aventures sur les sites de L’Avenir à Villejuif et de EELV à Villejuif, il faut que je (...)


  • [22 mars 2014]
    Municipales Villejuif : les dilemmes d'une campagne

    Deux mois sans blog. Et presque pas d’activité sur mon site (voyez en « Une »)... Vous l’avez deviné : je suis en pleine campagne municipale. À la (...)


  • [15 janvier 2014]
    Hollande et sa « politique de l’offre ».

    La conférence de presse de Hollande marque plutôt une confirmation qu’un tournant. On savait depuis plus d’un an que le gouvernement avait dans les (...)


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