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par Alain Lipietz | 4 mars 2009

Problèmes politiques du New Deal Vert
Débat de conclusion du Workshop Green New Deal du groupe Vert/ALE

Il faut bien comprendre dans quelle conjoncture politique vont s’inscrire nos propositions de New Deal vert, ou plutôt de conversion verte. Pour cela, il faut méditer les leçons de la crise de 1930. Parce que finalement, mise à part sa composante écologique, la crise de 1930 est ce qui ressemble le plus à la crise actuelle, première grande crise socio-écologique du capitalisme.

Dans les années Trente, il y a des gouvernements qui sont restés purement libéraux, comme en Grande-Bretagne. Mais, comme l’a écrit Karl Polanyi, la révolte contre la crise a donné le pouvoir ou consolidé trois grandes réponses anti-libérales, c’est à dire dirigistes : la réponse fasciste, la réponse social-démocrate et la réponse stalinienne. Et il faut bien l’admettre : ce sont les fascistes qui ont réagi les premiers, et en 1938, presque toute l’Europe, l’Amérique latine et les pays indépendants d’Asie étaient pour la plupart fascistes.

La social-démocratie avait gagné en Scandinavie, en France et aux États-Unis. Quand on dit « le fordisme a représenté la sortie social-démocrate de la crise du libéralisme des années Trente », on oublie que les fascistes l’ont d’abord emporté et que la Seconde Guerre mondiale a marqué une phase d’économie entièrement mobilisée par l’État dans tous les pays. Bref, dans une grande crise, tout le monde cherche la solution un peu partout, les idées qui paraissaient hier les plus folles semblent aujourd’hui raisonnables, mais celles qui l’emportent ne sont pas forcément les bonnes idées, et pas forcément celles qui l’emporteront définitivement.

Il en est de même aujourd’hui. Je crois très profondément que notre réponse, celle du New Deal Vert, avec une intervention massive d’un espace politique supra-national démocratisé pour reconvertir l’économie vers un modèle solidaire, soutenable écologiquement et mobilisant davantage l’activité humaine qualifiée, je crois que ce modèle est le bon. Mais ça ne veut pas dire qu’il s’imposera tout de suite.

Il y a bien sûr toute une tendance qui restera libérale. Une autre tendance (Sarkozy, Berlusconi) rajoutera une couche d’autoritarisme dirigiste sur son libéralisme, parlera de New Deal Vert mais pour faire un New Deal à l’ancienne, de type fasciste (par les "grands travaux" autoroutiers, comme Mussolini ou Hitler autoroutes) ou de type social-démocrate, par les voitures. Et, il faut le dire, au Parlement européen, et dès la rentrée 2007, ce sont les souverainistes de droite qui ont pris les premiers le virage anti-libéral : le groupe Union pour l’Europe des Nations et son leader ex-néo-fasciste italienne, Madame Muscardini. C’est à elle qu’on doit le premier rapport à la fois dirigiste et protectionniste, que nous avons amendé dans un sens non xénophobe : on ne se protège pas contre les jouets chinois parce qu’ils sont chinois, mais quand ils sont dangereux pour les enfants.

Le discours populiste-souverainiste va connaître de vrais succès populaires dans les années qui viennent, et sans doute dès les élections européennes. Il exprime la rage des classes populaires devant une crise économique dans laquelle elles ne sont pour rien. A ce moment-là, les mots d’ordre de type « Qu’ils s’en aillent tous », l’appel à un chef qui les balaie tous, la recherche de boucs émissaires étrangers, ça marche très fort. Et il faut faire attention : nous-mêmes, les Verts, apparaîtront parfois compromis avec l’ancien modèle libéral ou social-libéral. Nous devrons donc, nous aussi, crier très fort contre le néo-libéralisme productiviste, et rappeler que nous l’avons toujours combattu.

La faiblesse des souverainistes populistes, c’est qu’ils se divisent en deux tendances. Les uns, comme Madame Muscardini justement, mais aussi, de plus en plus, une partie des masses populaires de la périphérie européenne (en Irlande comme en Europe orientale), en appellent à l’Europe protectrice : c’est « l’effet Trois petits cochons ». On court chercher la protection de l’Europe forteresse. Mais comme Naf Naf, celui qui a construit sa maison en briques, ne se monte pas très solidaire, on risque aussi (et c’est la seconde tendance) d’avoir des réactions populistes, nationalistes à l’ancienne. Et dans le cadre inter-gouvernemental du traité de Maastricht-Nice, cela conduit tout droit à l’explosion de l’Europe et même à des conflits intra-européens.

Nous ne devons donc pas seulement crier contre les "pourris", mais nous devons montrer que nous avons des solutions, qu’elles passent par plus de solidarité à travers l’Europe et avec le Tiers-Monde, donc plus de fédéralisme européen, plus d’accords multinationaux, que ces accords doivent être dirigés vers la conversion verte et créeront infiniment plus d’emplois que la relance du vieux modèle centré sur la bagnole, relance qui ne pourrait au mieux conduire qu’à une réplique de la crise dans un an ou deux.

Je ne pense pas qu’il faille présenter la conversion verte sur le mode churchillien « de la sueur, du sang et des larmes ». En tout cas, pas encore. Si la température monte de deux, trois degrés, il sera bien temps de parler de sueur ! Non, nous devons présenter nos solutions comme plus joyeuses, plus conviviales, plus imaginatives, plus participatives, plus intéressantes que celle de tous les autres. Nous devons présenter la solution verte comme à la fois protectrice, mobilisatrice et festive. Nous ne sommes plus les prophètes de l’Apocalypse, car la décroissance apocalyptique, nous l’avons. Nous ne sommes pas non plus les prophètes d’un effort surhumain, nous sommes les prophètes d’une nouvelle ère de bonheur.




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