vendredi 23 août 2019

















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10 juin 1999

Paris Normandie Mission 2000
Les trajectoires vers 2100
Premiere publication dans Environnement magazine, 150e anniversaire, 1995
Imaginer le XXIe siècle ! Gageure impossible. L’Histoire s’accélère : il nous faut sans doute imaginer un monde aussi différent que celui du XVIIIe siècle l’était du nôtre... A cette échelle l’Histoire est fantastiquement ouverte. Des crises écologiques globales ponctueront cette évolution, et des conditions de la sortie de chacune d’elle dépendra le tableau de 2100.

On peut cependant s’imaginer quelles crises surgiront. Une première crise globale semble se dessiner, disons pour la première moitié du XXIe siècle. À cette époque, l’explosion démographique sera en voie d’achèvement, à un niveau de 10 milliards d’habitants. Cette "transition démographique" sera globalement maîtrisée par le progrès de l’éducation des jeunes filles. Si elle ne l’est pas, et là où elle ne le sera pas (en Afrique ?), elle sera imposée par des catastrophes alimentaires et épidémiques, semblables à la crise écologique européenne associée à la Grande Peste du XIVe siècle. Mais l’humanité n’en sera pas quitte pour autant. Au contraire, la stabilisation de la population dans le Tiers Monde permettra une généralisation de son industrialisation, selon l’exemple asiatique. Cette accélération s’ajoutera à l’actuelle sur-consommation du Nord et décuplera les crises écologiques globales déjà en germe aujourd’hui : déchirure de la couche d’ozone, érosion de la bio-diversité (avec les krach agricoles que cela peut entraîner), et surtout la dérive des climats et de la montée des eaux par accroissement de l’effet de serre. C’est cette crise-ci (celle de l’effet de serre) qui cristallisera sans doute toutes les autres : crise des agricultures du Sud, inondation des deltas asiatiques, multiplications des tempêtes au Nord.

Comment en sortirons-nous ? Tel est l’enjeu de la Guerre de l’Environnement qui occupera la première moitié du XXIe siècle, et dont la première bataille fut livrée à Rio. Ou bien prévaudra une solution "coopérative"par alliance des plus riches et les plus "propres" (Europe du Nord, Japon) et des plus pauvres (sous-continent indien), contre les États-Unis et les Nouveaux Pays Industrialisés, les ?champions ? actuels (et à venir) de la pollution. Un ordre climatique se stabiliserait alors sous une forme sans doute "autoritaire ?. Les pays du Sud s’y résigneront si le Nord le souhaite.

Ou bien (et c’est le plus probable !) la crise ne pourra être évitée à cause du blocage de "l’alliance des irresponsables", des États-Unis à la Malaisie et sans doute la Chine. Alors le monde ressemblera à l’Europe de la "fluctuation biséculaire" qui avait suivi la Grande Peste : de larges îlots de prospérité, assez riches pour s’adapter au changement climatique, dans un océan de chaos écologique au sens total du mot, ravagé par les guerres civiles.

Dans les deux cas, la situation sera instable et conduira vers la "deuxième crise du XXIe siècle". Nous ne pouvons même pas imaginer la nature des crises écologiques globales qui se superposeront aux crises déjà connues : des épidémies virales informatiques touchant des corps et un environnement sur-artificialisés ? Des effets de seuils inattendus sur les crises déjà repérées : fonte des glaces, pandémies agricoles, exposition totale aux rayons UV solaires ?

Si vers 2050 en effet prévaut la solution coopérative-autoritaire, elle sera minée par la volonté des groupes économiques nationalistes qui se sentiront bridés par un excès de réglementation globale. Une crise assez semblable à la crise actuelle (mais où l’enjeu sera autant l’environnement que le social) finira par éclater : nouvelle bifurcation entre une hyper-éco-sociale-démocratie globale (hélas pas la plus probable) ou une rechute vers le scénario conflictuel.

Si dès 2050 celui-ci aura prévalu, alors le "péril barbare" venu du Sud sera la grande question vers 2100, avec une nouvelle bifurcation : soit la submersion des îlots de stabilité (c’est le scénario du nouveau Moyen-Âge prisé par les films de science-fiction), soit une armistice qui nous rapprocherait du scénario coopératif de 2050... mais dans un contexte beaucoup plus dégradé.

Le XXIe siècle risque donc d’être encore pire que le XXe siècle, actuel record au palmarès des horreurs. Mais même au fond du trou, l’espoir luit comme un grain de paille. Encore faut-il qu’à chaque étape les humains sachent le saisir ! Car, disait Shakespeare, ?prévoir le pire, c’est souvent prévenir le pire ?




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