jeudi 18 janvier 2018

















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22 octobre 1998

Politis
Les avatars des vieilles gauches
Je reviens du Japon, à l’invitation d’un réseau de " groupes locaux " qui se constitue en parti Vert. Dans le Japon en crise, la pauvreté et l’exclusion ne se voient guère.

Mais la rue a perdu son éclat : la classe moyenne a abandonné le luxe. Les habits, les relations sont devenus plus simples, le dynamisme des femmes plus apparent, la mixité s’affirme dans les groupes militants. Un Japon plus sympathique, finalement ?

"Qu’avez-vous gagné à l’alliance des gauches et des Verts ? demandent-ils.

Les 35 heures en l’an 2000, mais, pour les toutes petites entreprises, il faudra attendre 2 ans.

Deux ans ? Chez nous ça fait 50 ans que les petites entreprises n’ont rien à voir avec les grandes ?

Et les patrons veulent annualiser. Par exemple, bloquer toute la réduction du temps de travail sur 22 jours de congés payés.

22 jours ? au total ?

Non, en plus des 5 semaines officielles ?

Stupéfaction dans l’assistance.

Et puis on va inscrire l’objectif de parité dans la constitution. Et le PACS : la reconnaissance du couple en tant que tel, homosexuel ou hétérosexuel. Mais le PS veut que ça se fasse en préfecture, nous on veut une reconnaissance par la République, en mairie ?

Et les préfectures ne sont pas des symboles de l’état ?

Impression de tomber d’une lointaine planète ultra-gauchiste.

Retour dans ma planète, où le front se déplace, avec le tohu-bohu provoqué par l’alliance, contre les 35 heures, du CNPF et de FO. Leur plus beau trophée : l’accord métallurgie. Ce qui me tue, c’est que cet accord minoritaire " pour les heures Sup et contre les chômeurs " est pris au pied de la lettre par l’éditorialiste du Monde, qui diagnostique la " préférence ouvrière pour le salaire ", comme par les gauchistes pour qui les 35 heures sont quasi-foutues.

Ce front productiviste ne doit pas surprendre. Le CNPF se souvient d’avoir été " fordien " (mieux payer pour vendre plus), Le Monde est presque redevenu keynésien, F.O., créé par l’AFL-CIO, est toujours resté fordien, et une bonne partie de l’extrême-gauche n’est qu’extrême-fordiste : le plus d’état et le plus de production-consommation possibles. Pas seulement chez les trotzkystes-lambertistes de F.O. : Arlette Laguiller, dans sa profession de foi de 1995, traitait de diversion la lutte pour la réduction du temps de travail.

Quant au reste de la " gauche de la gauche " (LCR, etc.), à vouloir se situer comme telle, elle tombe dans le piège du front productiviste et s’en tire par une pirouette : " Les 35 heures c’est fichu, c’est la faute à loi Aubry, mal foutue ". Pas de chance : il est explicitement stipulé dans l’accord métallurgie qu’il ne peut être appliqué que si la loi est changée ! Et la ministre se venge : il n’y aura dans la loi 1999 ni hausse du volume des heures sup’ ni baisse de leur prix. Ce qui n’était pas acquis.

Bref, la guerre des gauches se rallume, mais ce n’est pas la vieille guerre des années 70 entre la première gauche (laïque ? étatiste) et la deuxième (chrétienne ? associative). Certes, Aubry, Notat, Rocard sont pour les 35 heures, voire les 32. Mais les Verts, le PCF, la majorité de la CGT et de SUD aussi. Quand des représentants intellectuels de l’une et l’autre gauches des années 70 (de Régis Debray à la revue Esprit) signent ensemble un véritable manifeste anti-pauvres, fustigé à juste titre par Bernard Langlois il y a quelques semaines , quand leur commune préoccupation est la défense de l’Etat contre " l’incivilité d’en bas ", on mesure ce qu’avait d’artificielle leur rivalité de naguère. Tous ceux-là aujourd’hui communient dans " l’anti-communautarisme ", en passe de devenir l’euphémisme du racisme, comme " républicain " tend à signifier " conservateur ".

Les lignes se déplacent. La presse de droite situe Martine Aubry (au même titre que Voynet) à la gauche du gouvernement, elle veut dire : parmi ceux qui veulent " bouger " les choses, ne fut-ce qu’un peu ! En fait, l’arrivée au pouvoir de majorités plurielles roses et vertes à l’orée du XXIè siècle rend obsolètes les vieilles classifications. Face aux alliances productivistes ou étatistes, une nouvelle gauche se dessine, qui ne fait plus de la défense des grandes entreprises nationalisées sa pierre de touche. Autour des valeurs d’autonomie, de solidarité, de responsabilité écologiste, se déploie un éventail de forces, entre une aile modérée et une aile plus radicale, mais qui " tirent dans le même sens " : vers la réduction du temps de travail, vers la reconstruction de liens sociaux nouveaux dans les cités et dans les couples, vers le principe de précaution face à la technoscience ? Souhaitons leur de savoir s’entendre, et de persévérer.




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