jeudi 18 janvier 2018

















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30 octobre 2001

Mardi 30 octobre 2001
France-Inter
Tam-tam - 9h - 10h
Alain Lipietz était l’invité de Pascale Clark, sur France-Inter, dans l’émission Tam-tam.

PASCALE CLARCK : Invité de Tam-tam ce matin, Alain Lipietz. Il n’est plus depuis hier, c’est officiel, le candidat des Verts à la présidentielle. Noël Mamère est désigné, c’est irrévocable. Bonjour, Alain Lipietz. Est-ce que vous allez bien quand même ?

ALAIN LIPIETZ : Oh très bien, oui, oui !

PASCALE CLARCK : Un mot pour qualifier les quatre mois qui viennent de s’écouler ?

ALAIN LIPIETZ : Un peu éprouvants mais extrêmement intéressants.

PASCALE CLARCK : On va parler de ça, on a une heure pour le faire.

Premier extrait du nouvel album de Michaël Jackson. Vous êtes fan de Michaël Jackson ?

ALAIN LIPIETZ : Non pas vraiment.

PASCALE CLARCK : Vous êtes fan de quelqu’un ?

ALAIN LIPIETZ : Je suis resté fixé sur les idoles de ma jeunesse.

PASCALE CLARCK : Qui étaient ?

ALAIN LIPIETZ : Ferré, Brel, Brassens, Barbara, Anne Sylvestre, des gens comme ça.

PASCALE CLARCK : La bonne vieille chanson française. Remarquez qu’on n’est pas là pour parler musique, ce matin, quoique, il y a des jolis morceaux, y compris au pipeau. Quatre mois c’est court ou c’est long, c’est selon, quatre mois c’est le temps que vous êtes resté candidat Vert à la présidentielle. J’aimerais bien que vous nous racontiez ce matin ce qui s’est vraiment passé, en tout cas humainement. On va retracer ces semaines-là. D’abord juin dernier, la surprise, vous êtes désigné contre toute attente candidat vert ?

ALAIN LIPIETZ : Enfin, " contre toute attente " ? d’après mes calculs dès le mois de février je devais être désigné entre 50 et 52 %. Mais oui, contre toute attente des journalistes je crois.

PASCALE CLARCK : Oui enfin nous on misait sur Noël Mamère et tout le monde pensait que ce serait Mamère.

ALAIN LIPIETZ : Oui. C’est un peu étonnant parce qu’il suffisait de voir les rapports de force qu’il y avait chez les verts, de mesurer quel était l’impact de Noël Mamère ou de moi et on voyait de façon assez claire que les verts me choisiraient.

PASCALE CLARCK : En même temps vous savez qu’on a dit que c’était aussi un calcul de Dominique Voynet, elle ne voulait pas d’un Noël Mamère trop puissant, donc elle pensait le faire passer ric rac, sauf que ça a été raté

ALAIN LIPIETZ : Oui, je sais que certains journalistes ont dit ça pour expliquer qu’ils s’étaient trompés dans leurs pronostics, mais encore une fois je pense que tous ceux qui connaissaient un peu les verts pouvaient dire dès le mois de février-mars, quand la question s’est posée, que je serais désigné.

PASCALE CLARCK : Donc ça n’était pas une surprise pour vous en tout cas. Vous vous étiez préparé à jouer les premiers rôles pendant ces semaines-là ?

ALAIN LIPIETZ : Pendant les semaines qui ont précédé, non, c’est un des problèmes, je pensais que Dominique Voynet serait candidate à la candidature Et quand elle a renoncé j’ai pensé que le type de militant que je représentais, le type de discours que je pouvais porter, serait plus utile à l’écologie que celui de Noël Mamère. Encore que je ne considère pas que Noël Mamère soit un mauvais candidat. Je pense que j’étais un " meilleur " candidat.

PASCALE CLARCK : Vous continuez à le penser ?

ALAIN LIPIETZ : Oui, je le pense encore aujourd’hui.

PASCALE CLARCK : Pour quelle raison ?

ALAIN LIPIETZ : Parce que je crois que Noël (mais j’espère qu’il va porter à peu près le même discours que moi j’aurais porté) est un militant des droits de l’Homme, fondamentalement. Je pense que l’écologie est un peu plus large que la défense des droits de l’Homme, c’est tout une critique de notre société productiviste où on gagne sa vie en travaillant, mais on perd en même temps sa vie à travailler, où en travaillant pour gagner sa vie on détruit la nature, on détruit l’environnement dans lequel on pourrait jouir de notre planète, on compromet la vie des générations futures. Alors que toute cette critique que les écologistes portent depuis une vingtaine d’années devant le grand public commence aujourd’hui à se vérifier, Noël ne fait pas partie de cette tradition . Évidemment il peut apprendre très vite et je crois qu’il apprendra très vite à porter ce discours.

PASCALE CLARCK : Donc on est toujours en juin dernier, vous êtes désigné, vous allez être un premier rôle, est-ce qu’il y a une préparation particulière, parce qu’il faut affronter les médias, c’est pas rien d’être candidat à la présidentielle ?

ALAIN LIPIETZ : Oui, la préparation existe déjà un peu. Je suis quand même enseignant, j’ai travaillé pendant 20 ans, d’une part j’avais un cours à l’université et d’autre part j’ai énormément milité dans les mouvements d’éducation populaire, c’est-à-dire essentiellement soit les secteurs de formation des syndicats, soit des mouvements comme Culture et Liberté, Peuple et Culture, enfin toutes ces associations qui offrent dans les milieux populaires de la formation.

PASCALE CLARCK : Mais ça n’a rien à voir avec la scène médiatique ?

ALAIN LIPIETZ : Je pense que ça n’a rien à voir avec la scène médiatique et notamment avec un certain nombre de problèmes spécifiques de la scène médiatique. Par exemple, il y a des émissions où on peut s’expliquer longuement et des émissions où on ne peut pas s’expliquer longuement. Et c’est la première chose que je n’avais pas bien distinguée. Et ça va jouer tout de suite un rôle dévastateur sur la question de la Corse.

PASCALE CLARCK : Alors en quatre mois vous avez prononcé des déclarations qui ont fâché. Bruno Carpentier en a fait un best off spécial bourdes. Écoutez.

ALAIN LIPIETZ : ? Je sais que certains de mes propos, au début du mois d’août, ont pu semer le trouble.
 ? A la fin de toutes les guerres civiles, de tous les conflits qui déchirent un pays, une fois la paix revenue, il y a amnistie, ça va de soi, ça a toujours été comme ça depuis que le monde est monde.
 ? J’avais dit ce qui pour moi était une évidence.
 ? Proférer des menaces depuis Paris pour dire : il n’y aura jamais d’amnistie, n’arrange pas les affaires du côté corse.

DOMINIQUE VOYNET
Si j’ai un reproche à faire à Alain, c’est de ne pas avoir respecté le temps du deuil, le temps du pardon, le temps du dialogue, le temps de faire évoluer les esprits, les consciences.

ALAIN LIPIETZ : ? Oh là ! vous savez, les verts c’est toujours comme ça. J’ai eu le tort, je le regrette profondément, de vouloir faire bouillir les marmites de l’avenir. Tous ceux qui disent : ça s’arrêtera là, ça commencera ici, etc., n’en savent rien, moi pas plus que les autres.
 ? La question que je leur poserai, c’est : souhaitez-vous confirmer ou infirmer ma nomination ?
 ? Je crois qu’on ne pouvait pas continuer à faire une campagne dans laquelle on parlait plus du candidat que de ce que disait le candidat.
 ? J’ai prononcé mon éloge funèbre, je pense que les éloges funèbres sont des choses trop sérieuses pour être abandonnées à ses successeurs et donc j’ai fait mon travail de la matinée.

PASCALE CLARCK : Ce qui est assez étonnant c’est que le moment où vous êtes finalement le plus humain, le plus drôle, le plus crédible, c’est quand vous savez que vous n’allez plus être le candidat des verts.

ALAIN LIPIETZ : Vous avez remarqué aussi que j’ai changé de voix.

PASCALE CLARCK : Ça veut dire quoi ?

ALAIN LIPIETZ : Je ne sais pas, c’est la première fois que je le remarque, j’ai changé de voix, ma voix est devenue beaucoup moins aiguë, au fur et à mesure que se déroulait ce petit reportage que je n’avais jamais entendu, je m’aperçois que ma voix devient plus grave.

PASCALE CLARCK : Ça veut dire que quand vous étiez dans l’aigu vous n’étiez pas à votre place, c’était de la composition ?

ALAIN LIPIETZ : Je crois que je suis autant dans la composition dans les graves que dans les aigus, simplement il y a une sorte d’amateurisme dans mes déclarations du début. Je réagis exactement en communiquant ce que je pense.

PASCALE CLARCK : Et ça c’est pas possible en politique ?

ALAIN LIPIETZ : Et ça c’est pas possible. Je pense que ça devrait être possible, mais il y a une civilisation des médias qui est réglée. Je prends un exemple qu’il faut étudier à fond, je crois, celui de la Corse.

PASCALE CLARCK : Vous parlez en votre nom.

ALAIN LIPIETZ : Oui, mais je suis chercheur, que je le veuille ou non je n’ai pas arrêté pendant toute cette campagne de me regarder comme un chercheur regarderait un sujet plus ou moins intéressant. Alain Lipietz face aux médias et les difficultés qu’il a à communiquer. Au moment où je parle de la Corse, je ne parle pas en mon nom ?

PASCALE CLARCK : Si, c’est le problème.

ALAIN LIPIETZ : Mais non, précisément pas. Souvenez-vous, presque personne n’était là cette fameuse semaine, donc en plus on a beaucoup commenté sur un événement que très peu de gens ont entendu, puisque c’était la deuxième semaine d’août, où il n’y a pas un chat dans les rues de Paris, où les verts se résument à une malheureuse salariée de permanence qui est en train de griller de chaleur sous une verrière avenue Parmentier, et malheureusement j’étais là, j’étais de permanence en quelque sorte moi aussi, et on m’interpelle en disant : " vous avez vu ce que vient de dire Jean-Luc Bennahmias, c’est-à-dire le secrétaire national des verts, aux journées des nationalistes corses à Corte ? " Ce que vient de dire Jean-Luc Bennahmias, c’est qu’il approuve ( alors, est-ce qu’il approuve ? mais il faut vérifier exactement ce qu’il a dit), il approuve la demande de Jean-Guy Talamoni, le leader de Corsica Nazione, d’une amnistie pour les Corses. Et je réponds : oui oui, il a raison. Donc je crois à ce moment-là approuver ce que dit le mouvement vert, puisque c’est quand même le secrétaire national qui vient de parler, mais je ne fais pas du tout la distinction, et c’est ça qui est incroyable d’amateurisme, entre une émission comme nous avons là, maintenant, où je vous parle à vous, en face à face, en direct, sans montage, j’ai une heure devant moi, s’il y a un problème et si un auditeur téléphone je peux lui répondre tranquillement, et puis une déclaration que je fais comme ça sur mon portable en garant ma voiture précipitamment parce que je ne sais plus quelle radio m’appelle et où je réponds du tac au tac et d’ailleurs dans les aigus, vous avez pu l’entendre.

PASCALE CLARCK : Ça veut dire que sur le fond ce que vous dites là vous n’en êtes pas convaincu vous-même, l’amnistie pour les prisonniers corses ?

ALAIN LIPIETZ : Ce que je réponds : " immédiatement, je pense que Jean-Luc Bennahmias a raison " Effectivement, ce que venait de dire Jean-Luc Bennahmias c’est qu’il ne fallait pas qu’il y ait d’amnistie maintenant. Que deuxièmement, après la fin d’un processus de paix, il y aurait comme toujours amnistie. Et j’ai rajouté une troisième chose : " il ne faut justement pas faire les amnisties comme on les fait d’habitude en France, où l’État, ce monstre froid, passe l’éponge, se débarrasse de ses prisonniers et ne veut plus en entendre parler, mais au contraire il faudrait organiser un processus de réconciliation, de remords, de repentance de la part des criminels, je l’espère de pardon de la part des victimes, et c’est dans ce cadre seulement qu’on pourrait parler d’amnistie. " Donc je fais un discours en trois points, et évidemment il n’y a que le deuxième point qui passe. Dans une petite émission où on m’interviewe, je parle 15 minutes, il va en rester 35 secondes qui vont passer en boucle le lendemain matin dans à peu près toutes les radios.

PASCALE CLARCK : Alors une nouvelle déclaration de votre part, peu de temps après, vous réaffirmez ce que vous venez de dire et ensuite c’est l’époque du mea culpa, ce qui est toujours bizarre en politique, on n’a pas l’habitude de voir les gens s’excuser et à partir de ce moment-là on a le sentiment que vous êtes placé sous cloche par les verts, vous êtes encadré. Vous avez vécu ça comme ça ?

ALAIN LIPIETZ : D’abord je leur ai fait du mal, je me sentais un peu coupable vis-à-vis d’eux. Vous imaginez les verts qui pour la plupart sont partis en vacances à cette époque-là, ils reviennent et ils se font engueuler, on leur dit : " vous avez vu votre candidat, qu’est-ce qu’il dit, il demande l’amnistie immédiate pour les assassins du préfet Érignac ? "

PASCALE CLARCK : Ça c’est pas possible, vous l’admettez ?

ALAIN LIPIETZ : Oui, en plus j’avais pas dit ça. Mais trois semaines après, quand les verts rentrent de vacances, leurs collègues de bureau, ou les maires à qui ils vont solliciter des signatures pour parrainer ma campagne, leur disent ça. Alors ils débarquent, ils disent : " qu’est-ce que c’est que ce con-là qui nous a plantés ? " Et évidemment je me sens coupable vis-à-vis d’eux, parce qu’un militant c’est quelqu’un qui donne beaucoup de lui-même pour une gratification nulle. Alors moi, le candidat, aux yeux de certains j’ai au moins cette gratification d’un certain prestige, je passe à la radio, à la télé, on parle de moi, j’ai des affiches avec ma tête, etc., mais le militant lambda, lui, il va se décarcasser jour et nuit et il ne gagne rien. Alors si en plus, à cause de moi, il reçoit des rebuffades, on se moque de lui, je culpabilise à mort.

PASCALE CLARCK : C’est vrai que vous n’alliez pas obtenir les signatures ?

ALAIN LIPIETZ : Non, ça c’est de la blague. Si je prends notre campagne de la dernière fois, c’est-à-dire celle de Dominique Voynet, elle avait été investie le 11 novembre, elle avait eu ses signatures vers février, mars ?

PASCALE CLARCK : C’était pas vous, c’était Dominique Voynet. Vous, vous en aviez combien sur votre nom ?

ALAIN LIPIETZ : On en avait déjà, au début de septembre, 120 ou 150. On en avait beaucoup plus que Dominique Voynet en 1995 !

PASCALE CLARCK : Toujours est-il qu’on vous colle même une espèce de chaperon, il s’appelle Jean-François Collin, c’est un conseiller de Dominique Voynet. Dans les faits ça se passe comment, il vous colle, il contrôle tout, ce Chaperon ?

ALAIN LIPIETZ : D’abord j’ai essayé moi-même de trouver un directeur de campagne et les deux premières personnes à qui j’ai demandé n’ont pas pu se dégager pour un plein temps. Alors lui je le connaissais, j’avais un excellent rapport avec lui quand il était directeur de cabinet de la ministre Dominique Voynet. Et quand Dominique Voynet me propose son nom, j’ai dit : quelle excellente idée. Et en effet, j’ai toujours eu un excellent rapport avec lui, mais c’était un rapport extrêmement technique. A chaque fois que ce ministère s’engueulait avec les autres ministères, on discutait au téléphone pour dire : voilà quels arguments échanger, etc.

PASCALE CLARCK : Vous aviez besoin de lui pour quoi, pour vous mettre dans les habits d’un candidat ?

ALAIN LIPIETZ : Non, un directeur de campagne c’est quelqu’un qui va ? Bon, qu’est-ce que c’est une campagne électorale ? premièrement il faut élaborer des positions, des discours, répondre à des interviews, faire des articles, et aller faire des meetings. Le directeur de campagne s’occupe en amont de tout ça, c’est-à-dire qu’il va essayer de voir les problèmes qui vont se poser, il va gérer la dizaine ou la quinzaine de militants qui préparent les articles, les discours ou qui eux-mêmes répondent au nom du candidat dans les journaux.

PASCALE CLARCK : Sauf qu’il est là pour vous contrôler, non ?

ALAIN LIPIETZ : Là il va essayer justement de cadrer la totalité de mes discours, et ça j’ai beaucoup de mal à le supporter.

PASCALE CLARCK : Pourquoi ?

ALAIN LIPIETZ : Tout d’abord parce que je suis le seul à en assumer les résultats. La crise éclatera, vous le savez sans doute, à propos d’une tribune que je dois faire sur les attentats du 11 septembre dans le journal le Monde qui en publie des extraits, et ne publie pas cet article qu’il garde en exclusivité pendant pratiquement une semaine.

PASCALE CLARCK : C’est toujours la faute aux journalistes, non ?

ALAIN LIPIETZ : J’en sais rien, je ne sais pas si c’est un journaliste ou un directeur, ou qui que ce soit, je ne connais pas le processus de décision interne au journal le Monde, c’est peut-être pas un journaliste, j’en sais rien. Donc je renvoie cette tribune et elle sera publiée dans Libération. Mais là n’est pas la question, c’est en amont que s’est posé le problème.

PASCALE CLARCK : Pourquoi est-ce que vous ne supportez pas quelqu’un qui est là pour vous recadrer ?

ALAIN LIPIETZ : Je le supporte très bien. C’est lui qui ne supportait pas le fait que tout d’abord il n’avait pas le monopole du travail avec moi. Beaucoup de mes amis disent que je suis " une éponge ". Je suis quelqu’un qui a toujours travaillé de cette façon à la fois en tant que chercheur et en tant que militant : je me plonge dans un milieu, je capte tout ce qui en émane, toutes les idées, les opinions, et j’essaie d’en tirer le suc, donc je ne travaille jamais avec une seule personne, je travaille plutôt en équipes extrêmement larges, avec des cercles de conseillers. Même la personne dans la rue m’aide à écrire mes livres, j’ai une capacité et une méthode de travail qui vont chercher très loin des idées, des critiques même. En général quand je publie un livre je l’ai fait circuler avant chez des ouvriers, des employés, des paysans, des intellectuels, enfin j’ai une vision extrêmement collective du travail et lui ne comprenait pas cette méthode de travail, il disait : je suis un entonnoir entre toi et le reste du monde.

PASCALE CLARCK : Égocentrique, c’est un des qualificatifs qui revient à votre sujet dans la presse, mais pas seulement, c’est pas si simple que ça. Stéphanie Fromentin a lu les papiers vous concernant.

STEPHANIE FROMENTIN
Quand on y regarde d’un peu loin, on se trouve face à une image plutôt sympathique, voire dynamique, d’Alain Lipietz, un homme séduisant, un penseur remarquable, un intellectuel passionné, un type gentil qui aime se mettre en danger, non violent, sûr de lui et confiant. Pourtant quand on y regarde de plus près, on relève d’autres termes, et pas subliminaux, qui dévoilent un Alain Lipietz beaucoup moins glamour. Un peu raide, il a du mal à supporter la critique et ramène tout à lui, sûr de son savoir et impitoyable. Si on dit quelque chose qui le contredit, qui le contrarie, il se contracte. De toute façon on se trompe, c’est lui qui a raison. Speed, stressé, obstiné, nombriliste, élitiste, il a le sentiment de n’appartenir à rien ni à personne. Un peu trop sûr de lui. Il a quand même suffisamment d’ouverture d’esprit pour accepter de se livrer à un petit quiz qui en dit long. Inébranlable ? Non, je suis un homme robuste, simplement. Colérique, un peu emporté parfois, mais jamais rancunier. Arrogant, bah il faut bien des gens cultivés qui en ont conscience. Généreux, ah oui ça très généreux, mais alors je supporte pas les connards !? L’égo hypertrophié, Alain Lipietz, non, simplement il a le sens de sa valeur. Il parade, il se pavane avec un air de conquistador redresseur de torts, comme s’il suffisait de porter une moustache pour devenir Zorro.

PASCALE CLARCK : Vous vous reconnaissez là-dedans ?

ALAIN LIPIETZ : Là-dedans il y a au moins deux phrases qui viennent de ma compagne, donc ?

PASCALE CLARCK : Lesquelles ?

ALAIN LIPIETZ : C’est vers la fin.

STEPHANIE FROMENTIN : Alors sans doute "homme fragile

ALAIN LIPIETZ : Non, pas vraiment

STEPHANIE FROMENTIN : Un peu colérique ?

ALAIN LIPIETZ : " Un peu colérique mais pas rancunier ", oui. Et l’autre c’était ? Enfin bon, " égo hypertrophié ? simplement il a le sens de sa valeur. " Alors ces deux phrases viennent de ma compagne.

PASCALE CLARCK : Et elle a raison évidemment votre compagne, elle vous connaît bien ?

ALAIN LIPIETZ : Que je sois colérique, absolument. Et alors totalement incapable de rancune, absolument.

PASCALE CLARCK : Égocentrique ? Ça revient, vous concernant.

ALAIN LIPIETZ : C’est pas vrai du tout. Personne ne m’a reproché de ne m’être intéressé qu’à moi.

PASCALE CLARCK : Mais le sentiment d’avoir toujours raison ?

ALAIN LIPIETZ : Ça c’est autre chose.

PASCALE CLARCK : Alors, là-dessus ?

ALAIN LIPIETZ : Ben je ne sais pas, c’est à vous de me démontrer à quels endroits j’ai tort ! (rire) C’est vrai que l’impression donnée de penser que j’ai raison, oui c’est certainement une de mes faiblesses dans toute cette histoire.

PASCALE CLARCK : Est-ce que votre orgueil en a pris un coup ?

ALAIN LIPIETZ : Non. Non parce que d’abord contrairement à la rumeur que reflètent ces papiers, je ne suis pas très orgueilleux. C’est-à-dire que j’ai le sentiment de ce qu’est ma valeur, et ça ça se mesure de façon assez objective. Vous savez qu’au CNRS on est réévalué tous les ans d’après les publications, d’après le nombre des traductions, etc. Donc pour les chercheurs la valeur se mesure à des indicateurs objectifs, presque, et les journalistes se sont beaucoup amusés à aller chercher sur mon site web mon pedigree, c’est-à-dire mon " exposé des titres et travaux ", comme on dit dans les comptes rendus annuels du CNRS, pour dire : regardez, il cite tous ses articles, ses traductions, etc. Oui mais c’est exactement comme ça qu’on les évalue, c’est comme ça qu’on progresse dans la hiérarchie du CNRS.

PASCALE CLARCK : Mais là vous êtes dans un autre monde.

ALAIN LIPIETZ : Oui sauf que je ne cesse pas d’exister dans mon autre monde, sous prétexte que je fais une campagne électorale de neuf mois. J’ai toujours essayé, depuis que je suis sorti de l’école, d’équilibrer ma vie en trois parties assez interactives, une vie professionnelle très riche, une vie politique très engagée au service disons plutôt des exploités et des opprimés, et puis une vie sentimentale très riche

PASCALE CLARCK : Qui ne nous regarde pas.

ALAIN LIPIETZ : Mais qui existe aussi puisque ma compagne est militante avec moi, c’est donc extrêmement important. Et je ne vais pas, sous prétexte qu’en ce moment ou pendant quelques mois, je vais être candidat à la présidence de la République, cesser d’être un chercheur. Bon alors si ça provoque cette impression que : " pour qui se prend-il ce type ? ", je reconnais qu’il y a un véritable problème.

PASCALE CLARCK : Vous êtes effectivement aussi polytechnicien, économiste reconnu mais sans doute méconnu ?

ALAIN LIPIETZ : Non pas du tout méconnu, pourquoi dites-vous ça ?

PASCALE CLARCK : Méconnu toujours sur les bases du grand public.

ALAIN LIPIETZ : Oui d’accord, mais qui connaît les économistes ?

PASCALE CLARCK : Oui, c’est ça le problème. C’est quoi votre vrai nom, déjà, vous en avez changé ?

ALAIN LIPIETZ : Je ne comprends pas.

PASCALE CLARCK : Lipietz est votre vrai nom ?

ALAIN LIPIETZ : Oui.

PASCALE CLARCK : Ah bon, d’accord, j’avais lu autre chose.

ALAIN LIPIETZ : À un moment, il y a 25 ans, j’ai dû signer sous le nom de Juillet.

PASCALE CLARCK : Sinon Lipietz c’est votre nom ?

ALAIN LIPIETZ : Oui. Il y a deux orthographes, c’est un nom polonais donc ça peut s’écrire soit avec un "tz" à la fin, soit avec un "c" à la fin.

PASCALE CLARCK : Vous avez fait Polytechnique pour faire plaisir à votre père, c’est ça l’histoire ?

ALAIN LIPIETZ : C’est ça un peu, oui. Mais il avait raison, à partir de Polytechnique, on peut tout faire.

PASCALE CLARCK : Pourquoi voulait-il, par procuration, que vous fassiez Polytechnique ?

ALAIN LIPIETZ : Moi j’étais plutôt littéraire, mais je crois que mon père avait vécu très douloureusement pendant la guerre puisqu’il était réfugié juif polonais, et il a vécu très douloureusement la situation de la guerre où il devait se cacher, où il a finalement été arrêté, déporté, et pendant cette période des concours. Et donc il était très important pour lui, je suppose, que je fasse ce concours qu’il n’avait pas pu faire. Cela dit il ne me l’a pas du tout imposé, il a argumenté en disant : bon, si tu veux faire de la politique ou des lettres, fais d’abord cette école comme ça tu pourras faire ce que tu veux après, et il avait parfaitement raison. La preuve.

PASCALE CLARCK : Et vous, vous rêviez de quoi à l’époque ?

ALAIN LIPIETZ : Plutôt de faire l’École Normale Supérieure de Lettres.

PASCALE CLARCK : Vous auriez pu aussi consacrer votre vie au parachutisme.

ALAIN LIPIETZ : Non, on ne peut pas consacrer sa vie au parachutisme, parce que c’est un sport dangereux, j’ai perdu deux centimètres en faisant du parachutisme, c’est un sport qui tasse les vertèbres, ça ne peut pas durer très longtemps.

PASCALE CLARCK : Ou alors du ski de haute montagne, des choses comme ça ?

ALAIN LIPIETZ : J’aime beaucoup les sports qui me rapprochent de façon assez violente de la nature. J’aurais pu également faire de la voile mais n’étant pas né au bord de la mer je n’ai pas eu l’occasion de m’y convertir, mais ce sont des sports qu’on ne peut pas pratiquer de façon intense trop longtemps.

PASCALE CLARCK : Vous avez même paraît-il eu une époque un peu mystique, vous envisagiez de rentrer chez les Dominicains ?

ALAIN LIPIETZ : Ça m’est arrivé, mais les Dominicains ne sont pas les plus mystiques des religieux ! C’est vrai que j’ai eu une enfance et une jeunesse très engagée d’un point de vue plutôt religieux. Je suis arrivé à la gauche par le christianisme.

PASCALE CLARCK : Et les Verts parfois sont un peu sectaires ?

ALAIN LIPIETZ : Les Verts, eux aussi, d’une certaine façon, arrivent à la politique comme moi. Je suis d’une certaine façon assez représentatif, à la fois par la science mais aussi par la conscience. Comme disait Montaigne : " science sans conscience n’est que ruine de l’âme ". Les Verts c’est ça. Énormément de verts, surtout au moment de la création, étaient scientifiques, informaticiens, mathématiciens. Yves Cochet est typique de cette première génération des verts. Et là-dessus on passe une couche d’engagement éthique, à la fois pour la solidarité et pour la responsabilité vis-à-vis de la vie, vis-à-vis des générations futures. C’est un peu le chemin que j’ai fait.

PASCALE CLARCK : Êtes-vous vraiment fait pour la politique avec ses codes, avec ses problèmes de communication, avec ses calculs. On va demander son avis au fondateur de Politis, Bernard Langlois bonjour, vous comptez dans vos troupes un chroniqueur nommé Alain Lipietz, vous, vous n’êtes pas précisément langue de bois, est-ce que vous diriez que Lipietz est fait pour la politique ?

BERNARD LANGLOIS : Écoutez il est en tout cas fait pour la réflexion politique, pour le moins, et c’est probablement un de ceux qui a le plus apporté au parti vert en particulier, mais à la pensée écologique en général en France. C’est de loin l’un des meilleurs théoriciens, l’un des meilleurs fournisseur d’idées de boîtes à outils de l’écologie en France. Donc de ce point de vue-là il a une très grosse légitimité. Alors c’est vrai qu’il n’était pas très connu du grand public mais tous les gens qui s’intéressent à l’écologie, qui ont lu les bouquins de Gorz par exemple, Dumont, etc., ont lu aussi Lipietz et on est dans une famille de pensée, on est dans la continuation de ces gens-là et je crois que Lipietz est grandement légitime.

PASCALE CLARCK : Il y a un mais ?

BERNARD LANGLOIS : Non, Alain sait bien ce que je pense ?

PASCALE CLARCK : Vous dites qu’il a été victime d’un complot médiatique ?

BERNARD LANGLOIS : Je dis en tout cas qu’à partir d’un certain moment on lui a reproché tout et n’importe quoi et qu’on connaît bien le fonctionnement des médias en boucle, on rebondit d’un papier à un autre, d’un journal à un autre, etc., et on a présenté toute une série d’attaques comme étant de bourdes, alors que c’est pas vrai du tout, y compris sur la Corse d’ailleurs, moi je suis tout à fait d’accord avec lui sur le fond, je ne trouve pas très opportun de le dire au moment où il l’a dit mais il est évident que dans tout conflit politique de ce type, quand on arrive à un accord, un jour ou l’autre se pose la question de l’amnistie et donc il n’a jamais rien dit d’autre.

PASCALE CLARCK : Vous admettez quand même qu’on ne peut pas représenter une formation politique et parler en son nom propre, c’est totalement incompatible ?

BERNARD LANGLOIS : Attendez, il ne parlait pas en son nom propre, puisque deux jours avant Bennahmias avait dit la même chose et Bennahmias était l’ancien secrétaire général des verts, donc une autorité du parti. Donc on ne peut pas lui faire ce reproche. Moi c’est absolument pas là-dessus que je me suis démarqué d’Alain, c’est sur le fait de n’avoir pas su jouer collectif. Mais d’ailleurs c’est un reproche que je fais globalement aux verts, qui devraient prendre Aimé Jacquet comme entraîneur, parce qu’ils ne savent pas jouer collectif ces gens-là. Alors ça part dans tous les sens. Il y a des buts tactiques qui n’étaient pas les mêmes, manifestement de la part de la direction du parti et de la part d’Alain, il est clair qu’à la direction des verts, et Voynet en particulier, ne pensait pas du tout que la présidentielle était faite pour devenir président de la République, c’était fait pour obtenir le meilleur score possible et imposer un rapport de forces au PS pour avoir le plus de députés possibles. C’est à ça que ça sert.

PASCALE CLARCK : 2 % d’intention de vote, Alain Lipietz, c’est pas énorme non plus.

ALAIN LIPIETZ : Quel est le sondage qui m’a donné 2 %, je ne l’ai jamais vu.

PASCALE CLARCK : Ce sont des sondages qui ont lieu sur les intentions de vote.

ALAIN LIPIETZ : J’ai vu à peu près tous les sondages publiés

PASCALE CLARCK : Si je l’ai vu, je ne l’ai plus en tête honnêtement, mais il y avait un sondage.

BERNARD LANGLOIS : L’histoire des sondages, alors là de grâce. Un type qui commence une campagne et qui effectivement n’est pas encore connu du grand public, c’est évident qu’il va faire des scores faibles au départ. Mais toute la campagne est faite justement pour lui permettre d’augmenter ce score. Moi je ne suis pas du tout persuadé qu’il aurait fait un mauvais score s’il avait été au bout. Et je n’ai pas du tout apprécié la façon dont on l’a démoli par la suite dans la presse et la façon dont ses amis l’ont lâché. Je trouve qu’il est même très gentil avec eux mais il ne faudrait pas qu’il prenne trop la langue de bois non plus ?

PASCALE CLARCK : Allez lâchez-vous Alain Lipietz, vous avez été lâché par vos amis ?

ALAIN LIPIETZ : C’est la question, dès qu’on rentre dans le domaine concret, les gens me disent : " tu es trop gentil. " Il y a un portrait standard où je suis le méchant, mais dès qu’on rentre sur une question concrète on dit : " mais pourquoi est-ce que tu es gentil comme ça ? " Le dessinateur Sempé a cette formule extraordinaire : " je pardonne à tous ceux qui m’ont offensé mais je garde la liste ". Je suis un peu comme ça, je suis totalement incapable de rancune, mais c’est vrai que je vieillis, donc j’apprends des choses sur la nature humaine et sur la nature des autres. Mais je suis incapable de me venger de quelqu’un.

BERNARD LANGLOIS : Je voudrais te dire, par rapport à ce que tu as dit tout à l’heure à propos de Mamère, je crois que c’est pas vrai de dire que Mamère n’est pas porteur d’une tradition écologiste. Moi je l’ai toujours connu écologiste, c’est pas parce qu’il a pris l’émission Résistance à ma suite sur les droits de l’Homme qu’il est connoté uniquement droits de l’Homme. Très longtemps, avant même qu’il soit entré en politique, Noël était tout à fait sensible au thème écologiste.

PASCALE CLARCK : Merci beaucoup Bernard Langlois. Un mot sur Noël Mamère, vous lui en voulez ?

ALAIN LIPIETZ : Je pense qu’il aurait pu, au lieu de bombarder ma campagne dès le premier jour, essayer de jouer collectif, effectivement, de dire : ça y est, maintenant que c’est lui on le soutient et je crois que les verts s’en trouveraient beaucoup mieux.

PASCALE CLARCK : Vous allez faire campagne pour lui ?

ALAIN LIPIETZ : Mais bien entendu. Ce que vient de dire Bernard Langlois est tout à fait exact. Le score que vont faire les Verts, quel que soit le candidat ? vous prenez un cheval, vous mettez " vert " dessus, vous le présentez aux élections présidentielles, et le bulletin où il y aura marqué "cheval" servira aux Français à dire : " on veut beaucoup plus d’écologie dans les politiques publiques. On en a marre de l’omniprésence de la voiture en ville, des camions sur les routes, on sait que la lutte contre l’effet de serre ça va devenir le grand problème du 21e siècle, on sait qu’il faut réduire la fracture nord/sud ?. " Voter pour le candidat des verts voudra dire ça. Alors le nom marqué sur le bulletin n’aura aucune importance le 22 avril.

PASCALE CLARCK : C’est vraiment dommage parce que là vous étiez vraiment convaincant. C’est fini pour vous les premiers rôles en politique ou alors la roue tourne ?

ALAIN LIPIETZ : Je n’en sais strictement rien, de toute façon mon problème n’est pas de défendre un premier rôle en politique, mon problème est de défendre l’écologie. Alors si à un certain moment les gens pensent, dans mon mouvement ou peut-être par une demande extérieure, qu’on a besoin à nouveau de quelqu’un qui n’a pas sa langue dans sa poche, quelqu’un qui ne parle pas la langue de bois pour défendre l’écologie, je pense qu’effectivement je pourrai servir. Cela dit, encore une fois, ce n’est pas mon problème numéro un. J’ai toujours essayé d’équilibrer ma vie entre ma vie de chercheur, ma vie de militant et une vie sentimentale.

PASCALE CLARCK : Tout va bien de ce côté-là, rassurez-nous ?

ALAIN LIPIETZ : Je n’ai pas besoin pour exister d’être candidat à la présidence de la République, je suis député européen, j’ai un travail énorme, je suis un des militants des 35 heures, mais je dois vous avouer que je travaille beaucoup plus dans mon travail de député européen et donc je n’ai pas besoin physiologiquement ni psychologiquement d’être candidat à la présidence de la République.

PASCALE CLARCK : Eh bien, merci et sans rancune.




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