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par Alain Lipietz | 2 octobre 2009

Ecolos et socialistes : l’émulation courtoise.
Article proposé à Libération

Dans une double page mettant en scène la rivalité Verts – PS, et plus précisément : Duflot – Huchon en Ile-de-France, Libération (28 septembre) évoque le mot d’un dirigeant de l’UMP : « Le PS préférera perdre que gagner avec vous [les écologistes] devant ». Mot cruel, placé en regard de l’appréciation de Jean-Paul Huchon : « Les Verts ne se rendent pas compte que le pouvoir les instrumentalise ».

L’affaire est trop sérieuse que pour la traiter à coup de bons (méchants ?) mots. Le fond de la question est assez classique. L’écologie politique, dans les années qui viennent, va progressivement occuper une place sinon supérieure, du moins équivalente à celle de la social-démocratie dans le cœur et les votes des Français. Des candidats Verts (ou quel que soit le nom qu’ils porteront à ce moment-là) seront de plus en plus souvent devant les candidats socialistes au premier tour, et se posera alors aux dirigeants socialistes la question du second tour. Certes, les voix des électeurs n’appartiennent pas aux partis. Mais la façon dont se comportent les dirigeants d’un parti menacé par un rival conditionne largement la possibilité de rassemblement entre les électeurs de ces deux partis.

Cette transition de l’hégémonie d’un courant idéologique vers un autre, la France l’a expérimentée dans les années soixante-dix, quand le Parti Socialiste, qui « pesait » en 1969 un tiers des voix communistes, a vu la victoire de François Mitterrand au premier puis au second tour de l’élection présidentielle de 1981. Au début, les éditorialistes clairvoyants répétaient aux communistes : « Même si le Parti Socialiste est plus petit que vous, vous avez intérêt à ce que le socialiste soit votre candidat au second tour car il lui est plus facile qu’à vous de battre la droite. » Très vite, Georges Marchais, le leader communiste, comprît que c’était parfaitement exact, mais dangereux pour lui. Il se saisit de l’affaire des missiles Pershing pour rompre l’alliance entre communistes, socialistes et radicaux de gauche. « Liliane, fais les valises, on rentre ! » : cette injonction de Georges Marchais à sa femme incarna la rupture du Programme commun et amorça la défaite commune de 1978, orchestrée par le PCF.

Faut-il donc s’attendre à un effet « Martine, fais les valises, on rentre ! », secret espoir de l’UMP ? Les similitudes sont grandes.

D’abord, le passage du relai PS-écologistes est aussi lent et irrégulier que le passage du relai PCF-PS de 1968 à 1981. Dès 1992, les écologistes obtiennent 18% des voix aux élections régionales d’Ile de France. Mais il faut attendre 16 ans pour que Dominique Voynet arrache la première ville de plus de 100 000 habitants à la gauche classique. Un an plus tard, Europe-Écologie fait jeu égal, dans la même région, avec la somme du PS et du Front de Gauche. Le 27 septembre 2009, la Verte Anny Poursinoff, ayant devancé de 8% la candidate socialiste la semaine précédente, rattrape à 5 voix près le candidat de l’UMP dans l’une des circonscriptions les plus à droite, celle de Christine Boutin. Mais, le même jour, la liste des écologistes arrive en quatrième position, derrière l’UMP, le PCF et le PS à Corbeil-Essonnes !

Ensuite, il est maintenant avéré qu’une candidature écologiste peut se montrer relativement plus efficace pour rallier le centre vers la gauche, quand la droite est très forte ou quand la gauche est usée. Aucun socialiste n’aurait pu faire le score d’Anny Poursinoff, et aujourd’hui seul(e) un(e) écologiste aurait peut-être pu sauver le canton d’Argenteuil et avec lui le conseil général du Val d’Oise.

Cette situation, le Parti Socialiste s’apprête à la vivre douloureusement. D’une situation hégémonique, il lui faut apprendre à passer à une attitude d’émulation courtoise face à des écologistes eux-mêmes tentés par l’arrogance de la jeunesse. Libération aurait avantage à organiser cette émulation. Faut-il rappeler que l’acceptation d’un pacte d’émulation courtoise est la condition absolue de l’organisation, sous une forme ou sous une autre, de primaires à gauche, telle que la défendent Libération et la Fondation Terra Nova ? Une primaire implique par définition un concours entre candidats en un premier tour, tous se retrouvant ensuite de bonne grâce derrière le ou la championne choisi(e) par la primaire.

Je peux témoigner de l’extraordinaire loyauté des socialistes des Yvelines (et aussi du Modem, du PRG et du PCF) envers Anny Poursinoff, et de leur implication totale dans le second tour, derrière ses couleurs. Je pense, et le candidat socialiste Frédérik Bernard et moi y veillons tout particulièrement, qu’il en sera de même dans la circonscription de Poissy-Plaisir face à David Douillet.

Au-delà de ces considérations tactiques, il est probable que seule une reconstruction de la gauche autour de l’écologie et de ses valeurs universelles (autonomie, solidarité, responsabilité), plus lisiblement que comme « front de classes », permettra de rassembler plus large que la gauche et le centre traditionnels, pour affronter le sarkozysme et le bloc « narcissique réactionnaire » qui, à tort, semble actuellement indéboulonnable.




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