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par Alain Lipietz | 29 juillet 2004

Politis
Congrès des Verts des États-Unis : 24-27 juin 2004
J’étais invité à cette Convention, qui avait essentiellement pour but de désigner le candidat Vert pour l’élection présidentielle, et s’est tenue à Milwaukee. Elle a finalement désigné le ticket David Cobb - Patricia Lamarche, plutôt que de soutenir Ralf Nader.

Milwaukee, jolie ville moyenne du Wisconsin au bord du lac Michigan, est une ancienne cité industrielle qui collectionne les vieux gratte-ciels fin XIXème début du XXème, néo-classiques, néo-gothiques ou néo-romans, avec quelques échantillons post-modernes. C’est la patrie des mouvements sociaux aux USA : le 1er Mai, la National Organization of Women, le Sierra Club y sont nés. Elle a eu un maire socialiste jusque dans les années 50, aujourd’hui un très vieux monsieur qui est venu saluer la Convention et reconnaître dans les Verts ses héritiers légitimes. Ceux du Wisconsin sont en pleine croissance, mais le reste de l’État est républicain.

D’une façon générale, j’ai été impressionné par le développement des Verts US (80 000 adhérents), maintenant implantés dans presque tous les États. La Convention Verte singe d’ailleurs la convention des deux grands partis, en moins folklo : on y vote oralement État par État, avec un petit discours à l’appel du nom de l’état : "Le Grand État de X, l’État du soleil et des tournesols, premier État à avoir eu un conseiller municipal Vert, distribue ses Y mandats de la façon suivante : 2 pour une telle, etc...", sous les acclamations générales... Les bastions Verts restent la Californie (ou Matt Gonzalez a raté à 47% l’élection à la Mairie de San Francisco) et l’État de new York, mais le Texas ou le Wisconsin s’en rapprochent...

Bien sûr, cette croissance des Verts a bénéficié du soutien du célèbre Ralf Nader, avocat des mouvements de consommateurs, qui fut leur candidat en 1996 et 2000. Mais Nader, personnage charismatique, n’a pas su cultiver l’amour que les Verts lui portaient, ne se dérangeant pour aucune de leurs réunions entre deux élections. Cette fois, il demandait à être non pas désigné mais soutenu ("endhorsed") par eux pour se présenter nationalement comme candidat indépendant disposant du soutien de plusieurs petits partis. Il n’est même pas venu présenter sa candidature à la convention pour, déclara-t-il à la presse, « ne pas influencer les Verts par son prestige ! »

C’était ignorer la fierté naissante des Verts que la presse US désigne comme "major third party". Les Verts avaient maintenant envie d’un candidat clairement issu de leurs rangs. Un avocat Vert du Texas, sympathique et dynamique, David Cobb, a su faire une campagne interne sur le terrain qui lui a permis d’arriver à Milwaukee avec un bon paquet de mandats. Pour contrer cette prouesse, Ralf Nader a choisi pour "Vice-président" le candidat californien Peter Camejo, un leader "latino" arrivé en seconde position.

Mais cela représentait une seconde erreur : David Cobb avait, lui, veillé à composer un ticket paritaire avec une DJ d’une radio populaire du Maine, Pat Lamarche, personnage haut en couleur. Les féministes ne pouvaient, au second tour, que se rabattre sur ce ticket.

La troisième erreur de Nader fut l’imprécision de sa tactique vis à vis de Bush. Beaucoup aux USA attribuent la défaite de Al Gore et l’élection de Bush en 2000 à la présence de Nader dans la course, qui aurait divisé les voix de gauche. Or l’élection de 2004 sera un référendum serré pour ou contre Bush. Nader s’en est tenu à un discours jusqu’au-boutiste "Blanc bonnet et bonnet blanc", pas faux si on considère la campagne très à droite de Kerry, mais qui ignore la haine que Bush inspire à la base Verte. J’ai même entendu des partisans de Nader m’expliquer que Nader obligera par sa campagne Kerry à gauchir la sienne, et se retirera 3 jours avant l’élection !

Au contraire, Cobb présentait une tactique précise : centrer sa campagne sur le soutien aux candidatures Vertes locales (on vote pour le Congres et un tas d’autres postes en même temps que pour le président), se présenter partout comme le candidat du retrait immédiat d’Irak et à ce titre taper autant sur Bush que sur Kerry, mais jouer à fond le jeu du « 3è parti » seulement dans les États déjà acquis aux démocrates ou aux républicains, et dans les États tangents dire « réfléchissez bien ». Les « naderistes » lui reprochait de faire ainsi le jeu de Kerry qui veut seulement mieux mener que Bush la guerre d’Irak, mais comme on l’a vu même parmi les partisans de Nader personne ne souhaite vraiment contribuer à la victoire de Bush.

Ultime maladresse : pour maximiser les chances, les naderistes proposaient de voter au second tour pour « pas de candidat Vert », afin de laisser les Verts des différents États choisir de soutenir Nader ou ne rien dire pour ne pas gêner Kerry (mais alors c’était reconnaître la pertinence de la tactique de Cobb), et même, dans la nuit du 25, devant les pointages inquiétants, de soutenir les deux tickets pour « ne pas diviser le parti ». Feinte habileté qui parut surtout illisible.

Le 24 et le 25 je suis intervenu dans les réunions organisées par la Commission internationale des Verts US, notamment sur l’expérience gouvernementale en Europe. J’ai assisté en outre à une réunion de courant des naderistes.

Bref, le 26 au matin, au premier tour les délégués mandatés depuis plus d’une semaine se répartirent ainsi :
- 308 mandats pour Cobb
- 118 pour Camejo
- 117 pour Nader
- 74 pour « pas de candidat désigné »
- 40 pour la féministe Lerna Salzman, etc ;

Le second tour fut sans appel, avec, malgré le regroupement logique des votes pour Camejo et Nader sur « pas de désigné » et le soutien de Lerna à cette position :
- 408 pour Cobb
- 308 pour « pas de désigné »
- Quelques dizaines de mandats pour les autres petits candidats, soit la majorité absolue pour Daniel Cobb.

La rancœur des naderiste fut énorme et reste une menace pour les Verts, certains parlant même de soutenir Nader dans ses bastions de Californie et New-York. Un seul partisan connu de Nader intervint à la tribune pour assurer Cobb de son soutien.

Intervenant le lendemain (et fort de mon expérience de 2001) j’expliquais l’importance que les Verts de toute la planète accordaient au parti Vert des USA face à la puissance la plus destructrice du monde, et je les suppliais de ne pas se diviser et de soutenir « hearts and minds » le candidat régulièrement désigné par la Convention.




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