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Ses purs ongles très haut…


dimanche 16 octobre 2005

Mon « devoir de vacances », résultat de nombreuses années de réflexion sur ce poème de Mallarmé, est maintenant assez avancé pour que j’en livre à la critique une première version.
Vous pouvez la télécharger (pdf, 350 ko), et je serai heureux de connaître vos réactions, soit en privé soit directement (...)


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> Ses purs ongles très haut...

lundi 26 décembre 2005

Merci François !

Bon, pour le ptyalisme, je signale en effet que Mallarmé n’a pas pu ne pas voir, dans un dictionnaire, le « ptyo » (je crache) dont il a dû bien se régaler : c’est un verbe-onomatopée (c’est même l’onomatopée du crachat dans les BD francophones), comme il les aime, avec le sens que vous dites : l’effort verbal exsude un excès de sécrétions...

Quant aux Licornes, je donne mon interprétation : les licornes qui ruent du feu, ça forme une hydre... Au contraire, conformément à leur nature mythologique, les licornes de Moreau ont l’air bien gentilles, surtout avec les dames même si elles sont avant tout séduites par les vierges. Mais bien sûr, l’apparition dans le même champs artistique (le « symbolisme »), deux ans auparavant, des Licornes de Moreau peut avoir influencé le choix des images, d’autant qu’avec la première version de la première strophe, Mallarmé perdait une référence à Moreau, comme le remarque Natalie.

En tout cas, vous avez raison : ça fait bien trois constellations, plus indirectement la Lyre (à cause d’Orphée), dans ce poème qui est donc plus « constellé » qu’il n’y paraît au premier abord. Mais ces constellations sont cachées, la seule manifestée n’est là que par son reflet dans un cadre. Comme les fleurs « hyperbolisées » de la Prose pour des Esseintes, comme le Lys et la Rose du Toast funèbre, comme la Rose d’autrefois qui n’existe que par son nom de Bernardo Morliacense, et contrairement à la voute étoilée du final de Booz endormi, les étoiles n’existent chez Mallarmé que par leur nom, par leur mise en scène dans le poème (le dispositif fenêtre-miroir). Mais elles existent, « de vue et non de vision. »

C’est soulever là le problème de la référence à l’extérieur (le monde) dans la poésie de Mallarmé. Le monde n’est là que pour en faire un Livre (comme l’Histoire n’est qu’un drame que Shakespeare aurait oublié d’écrire, et d’ailleurs ce qui n’est pas dans le Mahabarata n’existe pas). Mais il est là.

Et donc, pour l’immensité étoilée ? Incroyablement, Mallarmé a affronté le problème dans Quand l’Ombre menaça de la fatale loi... - qui d’ailleurs failli s’appeler Cette nuit :

Luxe, ô salle d’ébène où, pour séduire un roi

Se tordent dans leur mort des guirlandes célèbres,

Vous n’êtes qu’un orgueil menti par les ténèbres

Dans la voute étoilée qu’on croirait, par sa splendeur, faite pour le plaisir d’un roi, les constellations ne sont que vanité, expression mensongère du néant qui les enveloppe toutes. Toutes ? non, car, perdue entre les deux infinis, une petite planète a engendré un écosystème qui résiste victorieusement à l’Absurde existe-en-ciel. Car, par l’intelligence, elle contient l’Univers :

Oui, je sais qu’au lointain de cette nuit, la Terre

Jette d’un grand éclat l’insolite mystère

Sous les siècles hideux qui l’obscurcissent moins.

L’espace à soi pareil qu’il s’accroisse ou se nie

Roule dans cet ennui des feux vils pour témoins

Que s’est d’un astre en fête allumé le génie.

Oui, nous avons bien lu : « Que l’Univers soit en extension ou en contraction, il n’a d’autre sens que de témoigner que, sur la Terre, est née la conscience ».
Par-delà le thème pascalien du roseau pensant (mais un roseau pensant étendu à l’écosystème planétaire, et qui ferait l’apologie de l’athéisme !), thème qu’il développe depuis Tournon, il faut saluer cette fabuleuse illustration de l’hégélianisme matérialiste absolu de Mallarmé. Pour lui, la vie, l’Idée, la Poésie ne sont que des développements, des expressions accidentelles (sans « dessein conscient », ou alors à la Theilhard de Chardin) quoique rationnelles de la Matière. Saluons surtout ces vers qui anticipent prodigieusement (d’un siècle !) et sur les actuelles spéculations de la cosmologie relativiste, et sur le consensus quant à la rareté de la vie et l’improbabilité d’autres êtres conscients dans l’Univers. Saluons enfin l’image, peut-être en sa première apparition littéraire, de la Terre vue de l’espace interstellaire, Planète bleue en fête, que l’astronautique nous a rendu familière seulement depuis le vol de Youri Gagarine. Et j’avoue, comme écologiste, partager parfaitement et cette ontologie, et l’éthique et l’esthétique qui en découlent.

Bernard Marchal, dans son magnifique commentaire de Quand l’ombre menaça... pour la collection Poésie/Gallimard, a donc parfaitement raison de rapprocher ses derniers vers de ceux du Sonnet en or-yx. Mais il va trop loin quand il écrit que « Les étoiles ne sont plus l’écriture divine, mais renvoient, comme le septuor du sonnet en -yx, au seul génie poétique, créateur des dieux. » Ce que revient à faire de Mallarmé un idéaliste absolu, alors qu’il reste (après la crise de Tournon) fidèle au socle du matérialisme, la poésie étant pour lui le « faire-avec de l’être-pour-la mort », la consolation et la justification de cette conscience malencontreusement et magnifiquement germée de la Matière.

Dit encore autrement, à la Lacan : les étoiles, comme les fleurs, ne sont telles que nommées par les mots du poète, réel mis en forme, érotisé par l’imaginaire et le symbolique. Non nommées (sans conscience poétique pour les nommer), elles demeurent comme « étant » (mais chez Mallarmé, contrairement à Heidegger, l’Etre de l’étant est lui aussi, probablement, un étant), mais elles ne sont que vile poussière, comme le corps féminin, qui tant est tendre, n’est qu’abjecte viande.


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