La défaite a dépassé toutes nos espérances

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Mercredi 1er juin 2005

Ce qu’il y a de bien avec les sondages, c’est qu’on est prévenu à l’avance. J’ai eu tout le dimanche pour me préparer au communiqué de la défaite.

J’ai passé ma journée comme délégué du Oui Vert sur Villejuif. Comme d’habitude il est plus facile de trouver du monde pour faire la révolution sur internet (« le plus grand mouvement social depuis des années » disent sans rire certains) que pour tenir des bureaux de vote toute une journée. Ici, les communistes, qui tiennent la ville depuis des lustres (Marchais en fut longtemps le député) ont retrouvé toutes leurs mauvaises habitudes. La ville est couverte d’affiches pour le Non, alors que nous avions obtenu depuis des années l’arrêt de l’affichage sauvage. Même nos panneaux officiels sont recouverts ou déchirés. Dans les bureaux les plus sensibles, le président communiste laisse voter des personnes qui se présentent sans papiers d’identité (il prétend les reconnaître !) et même, m’annonce-t-on, une personne qui se présente sans papiers et qui n’est même pas sur la liste d’émargement !

La défaite est encore plus large que prévue. En tant que Vert, je suis habitué à être minoritaire. Mais celle-ci est particulièrement amère : le vote Non signifie qu’on en restera aux traités de Maastricht, Amsterdam et Nice, que j’ai combattus. J’avais été battu de peu il y a 13 ans, au référendum pour Maastricht. Mais ce qui est effarant, c’est que des gens avec qui je menais alors la lutte ont voté, sans bien s’en rendre compte, pour en rester à ce maudit traité. D’autre, qui avaient voté pour Maastricht et l’avaient regretté, ont voté pour « en rester là » alors que le TCE leur entrouvrait une issue. Ils sont révoltés contre « la société en sablier », tétanisé par cette chute continue d’eux-mêmes, leurs voisins, leurs enfants, dans la précarité, mais leur vote signifie la perpétuation de l’une des raisons du triomphe du néo-libéralisme (pas la seule, bien sûr) : l’Union économique et monétaire sans Europe politique.

Bien entendu, les intentions sont plutôt positives : beaucoup de gens ont cru sincèrement voter contre Maastricht-Nice en votant Non. D’ailleurs, une bonne partie de l’argumentation pour le Non n’est que la reprise de mes arguments de naguère contre ces traités qu’il s’agissait justement de dépasser. Deux arguments particulièrement percutants étaient que Nice tombait tout seul en 2009, et que la renégociation serait très facile. Le premier était un mensonge. Le second, je n’y crois pas un instant. Variante de l’arnaque des chefs du Non : « Puisque la partie III c’est la traité de Nice et qu’on a voté Non, le traité de Nice est aboli » ! Non, la partie III n’était pas le traité de Nice, c’était le détail, article par article, de ce qui aurait changé par rapport à Nice.

Devant la télé, j’assiste avec une amère hilarité aux contorsions des vainqueurs (les Non d’extrême-droite ou de gauche) pour se défausser des nouvelles responsabilités que leur confère leur victoire. Ils sont maintenant comptables, devant tous les électeurs (qu’ils aient voté Oui ou Non), de leur promesse : une renégociation qui donnera un bien meilleur traité. Ils ont trouvé aussitôt une minable parade : « Nous sommons Jacques Chirac de défendre au Conseil européen l’exigence des électeurs (de Le Pen, de Villiers, de Chevènement, d’Emmanuelli, de Buffet, de Besancenot…) » Vous allez voir que bientôt, ce sera la faute des députés Verts au Parlement européen si la renégociation n’a pas encore eu lieu !! Quant au gouvernement Villepin, passons…

Lundi, depuis Bruxelles, je réponds en duplex pour Télé-Sénat, entouré de deux députés européens du Non de droite (un villiériste, un conservateur anglais), aux journalistes de la presse étrangère. Le journaliste polonais est particulièrement sévère (je résume) : « La France nous a laissé tomber en 1939, elle n’a rien fait quand nous étions sous Yalta, elle s’est opposée à notre adhésion rapide, elle s’oppose à un budget pour aider à notre développement, elle vote Non à un consensus qui nous coutait cher puisqu’il revient à transférer à la France du pouvoir que nous avions acquis par le traité de Nice : nous savons qu’il n’y a rien à attendre de ce pays. »

Mardi, le travail reprend. Réunion du groupe de travail de la Commission du commerce international pour préparer la résolution de notre collègue Caroline Lucas sur le textile chinois. Première réunion de débriefing des Verts. Discussion de préparation sur notre stratégie face au vote dans les commissions sur la directive Bolkestein, qui contrairement aux bobards du Non, n’a jamais été mise au frigo "en attendant le referendum" . Notre collaborateur, Stany Grudzielski (qui signe « Plombier polonais ») a fait un tableau en 180 pages (pdf, à télécharger, 284 ko, et attention, c’est en anglais, et ça fait 180 pages ) sur les deux rapports de la Commission du marché intérieur (Gebhardt) et de la Commission des affaires sociales (Van Lancker), comparé au texte amendé de la présidence du Conseil et à nos amendements !

Petite consolation, la lecture des résultats et du sondage sorti des urnes de Libération. Dans mon département, le Val de Marne, tenu par le parti communiste, le Non l’emporte de 37 voix sur 470000 exprimés ! Nous avons bien travaillé… Le Oui l’emporte très nettement dans la plupart des départements où je suis allé faire campagne (mais pas la Charente-maritime, toutefois). À Paris, le Oui dépasse 70%, même dans le deuxième arrondissement tenu par un maire Vert pour le Non et une députée verte pour le Non (ah ! le désaveu de la classe politique !). Selon le sondage de Libération (je sais, il y en a d’autres, c’est la glorieuse incertitude des petits echantillons), le Oui l’emporte d’ailleurs à 60% chez les électeurs des Verts. Mais hélas, près de 60% des électeurs du Non trouvent qu’il y a « trop d’étrangers en France » (comme près de la moitié des sondés !!) ; chez les électeurs du Oui, plus de 60 % des sondés disent le contraire. Cela dit, sociologiquement, le Non est clairement un Non populaire qui s’est laissé embarquer par les sirènes lepénistes et par les bobard du Non de gauche sur la renégociation possible. Non, Serge July, ce n’est pas un vote masochiste, car le masochiste aime sa souffrance. C’est un vote de douleur, comme le blessé qui arrache sa perfusion.

Tout cela me fait penser à l’une des plus célèbres fables du plus célèbre poète français, Jean de La Fontaine : la fable du héron…

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Forum du blog

Il y a 12 contributions à ce blog.
  • > La défaite a dépassé toutes nos espérances

    Bonjour,

    j’arrive un peu tard mais comme tu sembles répondre aux messages qu’on t’envoie (un bon point pour toi, ce n’est pas les cas des autres hommes politques qui ont un site web, dommage), je tente le coup. j’utilise aussi le tutoiement puisque cela semble de mise (un autre bon point).

    J’ai voté non le 29 mai, pas parce que le TCE était trop libéral ou trop social, pas pour répondre au sirènes lepénistes ou d’extremes gauches mais tout simplement parce que ce TCE n’est tout simplement pas démocratique. Bien sur, cela dépend de ce que l’on appelle démocratie. En France, on est conditionné (et en Europe) pour penser que la démocratie, c’est voter une fois tous les 5 ans pour élire son président/député national/ député européen... Et c’est tout ! Le reste du temps on subit la politique (qu’elle soit de gauche, de droite, du centre, ducentre gauche droit à droite de l’extreme gauche....). Quand on subit la politique, on est bien plus proche de la dictature que de la démocratie. Moi la démocratie representative, j’appelle ça de la pseudo-démocratie. Une vraie démocratie est celle où le peuple a le droit d’initiative politique (par le referendum) et le droit d’opposition (aussi par referendum). J’ai la chance de vivre en suisse où ce système fonctionne. ça, c’est une vraie démocratie. Bien au delà de ce que nous proposait le TCE où l’en ne pouvait qu’elire son député au parlement et .. fermer sa gueule. Mais bon fallait-il attendre autre chose de 25 pays qui ne conçoivent la "démocratie" que dans sa forme representative ?
    Dans ton billet (teinté de l’amertume de la défaite, bien compéhensible), aucune remise en question du système démocratique (un mauvais point, mais un gros). Pourtant que ce soit au plan national ou européeen, ce n’est pas les remises en questions qui manquent pas :
    - 55% de non au référendum 29 mai, contre 70 à 80% de oui si le TCE était passé par la voie parlementaire. Leçon MAGISTRALE de démocratie directe !!! Est ce que la démocratie représentative est remise en question en France ? non, bien sur que non !
    - Combien de référendum en France sur la question européenne ? 2 en quize ans ! C’est bien sur largement suffisant ! L’électeur lambda est bien trop con pour qu’on lui demande son avis... Par comparaison, en suisse, sur les questions fédérales (nationales), c’est, en gros, 8 à 10 objets PAR AN qui sont soumis au vote ! Et bien souvent cela vient du peuple.
    - Le TCE ratifié en Allemagne et en Autriche par la quasi-unanimité des parlementaires sans référendum ? c’est "marrant" comme ces scores digne de l’ère soviétique ne dérange personne... Moi je travaille à Zurich où il y a pas mal d’allemands et je peux t’assurer que beaucoup d’entre eux auraient aimé avoir le débat qu’on a eu en France (qu’ils soient pro ou contre TCE) et donner leur avis via leur bulletin de vote.

    Quant à la fable du héron, c’est vraiment une éloge à la médiocrité : "contentons nous de cela et estimons nous heureux". On peut évidemment toujours regarder vers le bas ("oh ben y’a pire ailleurs, nous au moins on peut voter, c’est pas le cas partout") et de satisfaire de ce qu’on a (l’auto-satisfaction, une "vertu" bien française) et dans ce cas la fable du héron est bien adaptée. Quand je vois qu’un pays voisin de la France (je parle de la suisse) possède un système démocratique infiniment plus avancé que le notre, c’est vers là que je regarde, vers le mieux, pas vers le "moins pire". Ce n’est pas avec du "moins pire" (ah, Ces fameuses "avancées" que permettaient le TCE...) qu’on mobilise des foules derrière un projet.

    Je finis avec une petite citation d’Einstein : "the important is to never stop questionning".

    Cordialement.

    Michel, citoyen français en suisse (ilot européen de democratie directe) , très intéressé par la politique démocratique et PARTICIPATIVE suisse, ex pro-européen, qui croit en la démocratie directe, sans illusion aucune sur le système politique français/européen totalement déliquescent (je vais pt’etre rendre ma carte d’electeur. Pour ce que ça sert, de toute façon...)

    PS : en cadeau bonus, je te mets en lien les objets de votations populaires suisses, ça t’inspirera peut etre pour proposer au futur candidat des verts pour la présidentielle (peut etre toi ?) une 6ème république avec une démocratie directe. Laisse moi rever un peu...


    Dimanche 15 janvier 2006 à 14h27mn42s, par Michel
    lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum463
    • > La défaite a dépassé toutes nos espérances

      Bonjour !

      effectivement c’est un peu tard pour ecrire sur le forum correspondant à cette date, qui le lira ? Mieux vaut intervenir sur une date rapprochée parlant à peu pres du meme sujet. Bon , c’est un des problèmes de la forme blog...

      Tu vis en Suisse et tu as de la democratie directe ? je vis en UE et en RF et je n’en ai pas du tout, ni avec la Constitution de la Republique Française, ni avec le traité de Maastricht Nice, que choisissait le Non. Le TCE me donnait nettement plus de democratie représentatitive et donnait un droit d’initiative legislative populaire (1 millions de signatures enclanchait la procedure representative ). Donc j’ai choisi le Oui. Pas héron !

      Un autre problème est qu’une grande partie de la gauche européenne pense que les referendum c’est fasciste ou du moins bonapartiste. Dans mon enfance et mon adolescence toute la gauche le pensait en France, jusqu’à ce que Mitterrand en convoque un. En Allemagne, qui a une sale experience, c’est constitutionnellement interdit. Le Luxembourg a organisé son premier pour le TCE et la GB aurait aussi organisé son premier (elle ,n’a pas de constitution ecrite , alors...)

      Les Verts sont pour les referendum d’initiative populaire, comme ils etaient pour le TCE, mais faudra ramer pour convaincre dans l’un et l’autre cas.


      Mardi 17 janvier 2006 à 11h55mn07s, par Alain Lipietz (alain@lipietz.net)
      lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum468
  • > La défaite était prévisible !

    En parlant de ceux qui ont voté non et en laissant de côté ceux qui ne veulent pas de l’europe, il serait bon d’analyser honnêtement pourquoi des européens convaincus ont choisi la contestation. Comme les jeunes des années 70, une partie du peuple de gauche à choisi la contestation. Aujourd’hui cette gauche là à voté contre ceux qu’elle ne peux plus comprendre : les inaccessibles, les élus des deux partis majoritaires français : l’UMP et le PS. Les hauts représentants de ces partis et l’image qu’ils reflettent ne sont plus du goût du peuple. Ils sont trop loin, trop haut, trop hautains, trop décalés dans leurs discours des attentes d’une grande parti de l’éléctorat populaire français. C’est la frustration qui à gagné lors du référundum sur le TCE.

    Moi même, 23 ans vivant en Charente j’ai écouté les débats autour de moi, et ce qui m’a marqué c’est que les gens s’interessent autant à la politique. Ce référundum à permis d’isoler le vote des hommes et c’est pourquoi la participation à été si forte. Les hommes politiques à la têtes des partis dominant ne sont plus les amis du peuple.

    Comme dans un des post de ce blog, je dirais que moi aussi j’étais profondément divisé pour dire oui ou non, je suis sensible aux arguments des verts mais comme on l’a vu la majorité de l’éléctorat vert a voté non. Pourquoi ? Pour cet éléctorat je crois qu’il est très sensible au mouvement altermondialiste qui avait pour ligne officiel le non. Et comme toute la gauche il s’est divisé entre les pragmatiques et les révolutionnaires.

    Ma position :
    Le cas de Daniel Cohn Bendit est exemplaire, un ancien révolté qui est devenu pragmatique. Mon analyse est la suivante : nous les jeunes de gauches qui sommes pour une europe sociale et solidaire nous sommes partagés entre un sentiment de révolte qui nous conduit à contester pour avoir exactement ce que l’on veux, mais si l’on y regarde de plus près on désépère vite qu’une révolution heureuse soit possible et l’on devient sensible aux arguments des gauches européennes progressistes. Je pense que dans l’europe à venir de plus en plus vieille et en prois aux frustations, les idées progressistes de gauche comme celle des verts auront énormément de mal à percer face aux extrême-droites, aux droites, aux gauches impuissantes, aux gauches révolutionnaires. Je suis péssimiste mais j’ai peine à croire que les verts européens et toutes les forces allant dans leur sens fassent valoir leurs idées prochainement en France et en Europe. J’ai donc une question pour Alain Lipietz : Comment les verts comptent ils faire progresser leurs idées chez les frustés, chez les personnes âgées, chez les ouvriers, chez les jeunes tentés par la gauche radicale ? Comment convaincre tout ceux qui pour l’avenir auraient de l’interêt à voter à gauche pour construire une alternative à la mondialisation inégalitaire socialement ? Comment leur faire comprendre que c’est l’Europe politique qui est la seule issue alors que les hommes politiques sont sans leur colimateur ?


    Samedi 4 juin 2005 à 16h47mn09s, par GA
    lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum245
    • De plus en plus dans l’Europe du NOn

      Bonjour GA

      Tu as attiré récemment mon attention sur ton commentaire. Je suis tout à fait d’accord : la défaite était prévisible (je l’avais annoncé dès la rentrée 2004 dans mon itw au Parisien) , c’est un "Non" aussi bien aux partis coupés des gens qu’ au pas en avant fédéral que représentait le TCE par rapport à l’Europe de Maastricht et Nice.

      Cette victoire du souverainisme de gauche ou de droite , j’annonce dans mes mails et articles suivants qu’elle va provoquer une catastrophe pour l’Europe : l’Europe du Non sera hideuse. Et je pense que c’est bien ce qui s’est passé (j’avais même pronostiqué qu’elle serait particulièrement hideuse en Hongrie...). Mais c’était facile à deviner.

      Donc, devinant que l’Europe du Non serait hideuse (et j’ai expliqué pourquoi pendant toute cette campagne à partir de l’été 2004), devais-je, devions-nous, nous les Verts qui le savions, nous taire et faire chorus avec les souverainistes de droite et de gauche et les très rares fédéralistes de gauche qui faisaient l’erreur énorme de se tromper d’alliés ? Tel ne fut pas notre choix.

      Beaucoup d’ex-nonistes de bonne volonté m’ont félicité depuis 8 ans pour mon courage de l’époque. Malheureusement l’histoire ne repasse pas les plats. Nous sommes englués et pour encore longtemps dans l’Europe du Non.

      Ce qui n’empêche pas de se battre, en particulier face à la terrible Europe du Non, celle de Barroso : tu as pu lire mes livres et mes combats pro-écologistes et donc pro-fédéralistes, en particulier en 2012-2013 dans l’article que j’ai signé en 2012 avec Dany dans Le Monde, pour le MES et contre le TSCG.

      Malheureusement, la majorité des députés Verts ou EELV ont fait exactement le contraire et Dany, qui avait voté pour le MES, a retourné sa veste et finalement soutenu le TSCG.

      E pur, si muove... Je ne suis pas Galilée, je sais seulement lire...


      Mardi 9 juillet 2013 à 19h56mn02s, par Alain Lipietz (alain@lipietz.net)
      lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum6466
  • > La défaite a dépassé toutes nos espérances

    Mais tout le monde s’en souvient-il de la fable du Héron ?

    La fable du Héron ... et la morale de la fable (à la fin)

    Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,
    Le Héron au long bec emmanché d’un long cou.
    Il côtoyait une rivière.
    L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ;
    Ma commère la carpe y faisait mille tours
    Avec le brochet son compère.
    Le Héron en eût fait aisément son profit :
    Tous approchaient du bord, l’oiseau n’avait qu’à prendre ;
    Mais il crut mieux faire d’attendre
    Qu’il eût un peu plus d’appétit.
    Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.
    Après quelques moments l’appétit vint : l’oiseau
    S’approchant du bord vit sur l’eau
    Des Tanches qui sortaient du fond de ces demeures.
    Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux
    Et montrait un goût dédaigneux
    Comme le rat du bon Horace.
    Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse
    Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ?
    La Tanche rebutée il trouva du goujon.
    Du goujon ! c’est bien là le dîner d’un Héron !
    J’ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise !
    Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
    Qu’il ne vit plus aucun poisson.
    La faim le prit, il fut tout heureux et tout aise
    De rencontrer un limaçon.
    Ne soyons pas si difficiles :
    Les plus accommodants ce sont les plus habiles :
    On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
    Gardez-vous de rien dédaigner ;
    (...)

    Tirons-en la morale... en toute modestie

    Quoi ? Ces traités passés remplis de malfaçons
    Que des Princes arrogants avaient à leur façon
    Construits dans leur palais, tels de mauvais maçons !
    L’Europe va les traîner comme un limaçon !

    Il nous faudra longtemps encore les supporter
    Car le peuple en furie très loin a rejetté
    Ce nouveau traité encore mal fagotté
    Et sa rage froide a fait tout éclater

    Naviguer à vue, à la corne de brume
    N’être pas coincé entre marteau et enclume
    Et faisant fi de notre profonde amertume
    Ravaler nos sanglots, à nouveau prendre la plume

    Eclairer le chemin sans promettre la lune
    Chercher toutes les voies pour réduire l’infortune
    Mais ne jamais céder aux chants des Diafoirus
    Qui ont à leur tête porté un Laurent Fabius !

    Amitiés

    Philippe DELVALEE


    Jeudi 2 juin 2005 à 21h16mn19s, par Philippe DELVALEE
    lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum228
    • > La défaite a dépassé toutes nos espérances

      Wouaou ! Tu fixes là un nouveau standard pour ce forum, digne de notre Premier ministre !

      Alors qu’on en prenne bien note : pour aller à la ligne (et pas seulement "pour créer des paragraphes", comme dit Spip) il faut faire deux fois Enter (retour charriot, comme on disoit naguère)


      Vendredi 3 juin 2005 à 01h55mn01s, par Alain Lipietz (alain@lipietz.net)
      lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum232
  • > Beuarkh !

    Décidément, M. Lipietz, votre conception du débat politique me donne de plus en plus la nausée ; après les attaques personnelles, les injures , voilà les affirmations sans preuve.

    Dans les bureaux les plus sensibles, le président communiste laisse voter des personnes qui se présentent sans papiers d’identité (il prétend les reconnaître !) et même, m’annonce-t-on, une personne qui se présente sans papiers et qui n’est même pas sur la liste d’émargement !

    si c’était le cas, les assesseurs auraient dénoncé la pratique du président. Il est très facile d’affirmer qu’il y a eu fraude, mais apparemment moins de le prouver.


    Jeudi 2 juin 2005 à 19h17mn19s, par Ph Matet (philippe_point_matet_chez_wanadoo_point_fr)
    lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum227
    • > Beuarkh !

       ??? mais nos assesseurs l’ont fait ! sinon comment leur délégué de liste de liste aurait-il été au courant ? Et la Commission de controle du 94 a été informée. Mais "ces irrégularités n’étaient pas de nature à inverser le résultat du vote", comm on dit. Sauf peut etre au niveau du 94...


      Vendredi 3 juin 2005 à 01h48mn42s, par Alain Lipietz (alain@lipietz.net)
      lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum231
  • > La défaite a dépassé toutes nos espérances

    Bonjour,
    c’est la première fois que je m’exprime sur votre blog. Blog que j’ai decouvert il n’y a que quelque jours.
    J’étais un partisan du NON, membre d’attac et militant (distribution de tract, reunion etc ...).
    J’ai énormément lu sur ce sujet que j’avoue ne toujours pas maitriser.
    Je me vois comme quelqu’un d’ouvert et pour me conformer à cette image de moi-même j’ai essayer de lire avec objectivité (parfois difficile !) les arguments des uns et des autres (enfin je ne me suis interessé pour être parfaitement franc qu’aux arguments de "gauche" la droite et son bras droit ne pouvant de toute façon pas me convaincre ... limite de mon objectivité sans doute :/ ).
    La plupart des textes prônant le oui que j’ai lu n’étaient que fouilli et verbiage alors que j’ai pu lire du "non" reférencé et correctement expliqué. Ceci additonné à ma fibre naturellement "contestataire" (je reconnais que ce n’est pas vraiment malin mais je crois que c’est vrai) ont fait de moi un noniste militant.
    Quelques jours avant le scrutin, lors d’une de mes recherches de texte je tombe sur votre site et là : vous ébranlez sérieusement toutes mes convictions.

    1°) votre ligne générale m’a semblée pertinente et vous m’avez semblé
    incarner l’idée que je me fait d’une europe sociale

    2°) contrairement à TOUS les autres je ne vous ai pas pris en faute ( mensonge flagrant, mauvaise foi ou troncature dans les citations ... )

    Cependant je manque alors de recul et de temps de reflexion pour jeter aux oubliettes les semaines (voire les mois) de conviction, c’est donc avec tristesse (je pese le mot , car apres tout le temps investi sur le sujet c’est regretable) que j’ai glissé un bulletin BLANC dans l’urne.
    Le soir du résultat, aucune satisfaction de mon côté et je vois, à mon grand desespoir malgré l’habitude, les femmes et les hommes politiques de tout bords, se féliciter ou se lamenter tout en ne tenant des discours que creux, incoherent ou uniquement de politique intérieure.

    Beau gâchi de toute façon,

    merci de votre honneteté intellectuelle, cela fait plaisir de voir qu’il y a tout de même certains de nos représentant qui font plus que de la figuration.


    Jeudi 2 juin 2005 à 13h27mn35s, par Franck
    lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum226
    • L’erreur est humaine

      Un homme qui remet en cause des mois de militantisme pour quelques arguments rationnels ne peut être foncièrement mauvais ;-). Bravo.

      Merci en tout cas pour vos compliments ; en réalité ma réflexion vient de très loin : de la lutte contre Maastricht, de la réflexion sur « comment la constitution de fait de Maastricht impliquait immanquablement une évolution néo-libérale. »

      Cela dit, je vous confesse que je me suis moi aussi allé parfois à des attitudes contestatrices contre-productives. Comme me l’ont fait à plusieurs reprises remarquer avec malice les vieux militants de Régions et Peuples Solidaires (coordination des régionalistes de gauche) qui faisaient campagne avec nous, les Verts, pour le Oui : « Tu as sûrement voté Non au referendum de 69 ? »

      C’est un fait. C’était mon premier vote. Quelques mois après mai 68, De Gaulle, pour rebondir, avait proposé la régionalisation et la suppression du Sénat, en annonçant son retrait en cas de Non. Impensable de laisser passer l’occasion ! Je militais dans le Maine et Loire, j’ai conçu les affiches sérigraphiques et l’argumentaire pour le Non avec une lecture du projet sans doute aussi compétente et objective que celle des Chouard-Lecourieux-Jennar sur le TCE.

      On a gagné, il a fallu attendre 83 pour avoir un peu de régionalisation et garder le Sénat, De Gaulle est parti et au second tour qui a suivi il a fallu choisir entre Pompidou et Poher. J’ai voté blanc.

      Comme dit Aragon, « J’avais vingt ans je ne comprenais pas ».


      Vendredi 3 juin 2005 à 01h01mn44s, par Alain Lipietz (alain@lipietz.net)
      lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum229
  • > La défaite a dépassé toutes nos espérances

    "J’ai passé ma journée comme délégué du Oui Vert sur Villejuif. Comme d’habitude il est plus facile de trouver du monde pour faire la révolution sur internet (« le plus grand mouvement social depuis des années » disent sans rire certains) que pour tenir des bureaux de vote toute une journée."
    Bien dit, d’ailleurs comme tout bon démocrate Alain Lipietz est delegué pendant que les communistes tiennent les bureaux de vote. Quels salauds alors ceux là, de permettre la tenue des élections, d’afficher partout !
    Et bravo au Val de Marne qui grace a la droite fait 50 50
    Mais réagissez bon dieu, arrétez de traiter de xénophobes, d’anti démocrates ceux qui ont voté non, saisissez vous plutot de l’importance de ce résultat pour pousser davantage.
    Et arrétez d’insulter les cocos qui pourraient être vos alliés.

    PS : rapport à votre article de libération, est ce que c’est vraiment la france d’en haut qui a voté non ?
    Un petit doute, ça vous arrive jamais ?


    Jeudi 2 juin 2005 à 09h31mn11s
    lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum225
    • > La défaite a dépassé toutes nos espérances

      Je crois que vous percevez mal le climat de Villejuif, une des villes dont les municipales de 95 ont été invalidées pour fraude ;-). C’est spécial...

      Bien sûr qu’on travaille avec les communistes. Par exemple tous les jours au Parlement européen (malgré un petit frittage pré-referendaire sur le rapport Cercas).

      Sur le Val-de-Marne comme ailleurs, hélas, la gangrène Le Peniste progresse silencieusement. Il s’appuie sur la tradition du bulldozer de Vitry et du "produisons français" (je précise que le PCF 94 a largement revu son argumentation, mais ça a laissé des traces dans la culture populaire). Sans le vote FN, le Oui l’aurait largement emporté.

      Quant à mon article de Libé, je suis étonné de votre remarque. Je disais en gros (mi-avril !!) que le vote serait : les Non de Maastricht plus les votes des Bac +4 de l’appareil d’Etat. Absolument toutes les études de parues dans les journaux après le vote le confirment.


      Vendredi 3 juin 2005 à 01h20mn31s, par Alain Lipietz (alain@lipietz.net)
      lien direct : http://lipietz.net/?breve59#forum230
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29/06: La BEI et la convention de Aarhus
28/06: Constitution, brevets logiciels : premières manœuvres d’été
25/06: OGM, statut des députés…
23/06: Blair : 15, Karas : 0
22/06: La question des bois
21/06: Bolkestein, brevets logiciels : ça commence mal
20/06: Le retour de la mélancolie
17/06: Parlatino, Europarlement et farines de poisson
13/06: Crochet par l’Argentine
9/06: Le Parlement reprend péniblement ses travaux.
6/06: Décantation d’après Non
2/06: Début du détricotage
1er/06: La défaite a dépassé toutes nos espérances
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