Sur le front des quatre crises


Format d'impression Texte sans onglet Texte sans onglet
Jeudi 9 octobre 2008

15 jours sans blog ! La santé de Francine ne s’étant pas améliorée, je passe mon temps entre son hôpital, la nuit, et mon travail le jour à la maison ou à l’Europe. Donc, peu d’accès et de temps à consacrer à internet.

Bien sûr, je ne suis pas allé en Bolivie. D’après les premiers rapports qui m’ont été faits, rien de bien surprenant : la Sierra (majoritaire et très pro-Evo Morales) est calme ; les villes amazoniennes sont terrorisées par les bandes fascistes et séparatistes qui incendient les Centres de défense des Droits de l’Homme et les locaux des associations indigènes... financées par l’Union européenne. Comme je l’avais constaté lors d’une de mes précédentes visites, et comme toujours, les hommes de main du Comité pro-Santa Cruz (les séparatistes) sont recrutés parmi les pauvres, et payés à casser d’autres pauvres…

J’ai donc passé la semaine du 28 septembre au 5 octobre essentiellement à travailler avec Francine sur la mise en ligne de ses dernières œuvres. Mais le boulot me reprend dès la semaine suivante, avec la quadruple crise mondiale de ce début du XXIè siècle : crise du climat, de la biodiversité, de la mondialisation, et crise financière.

UICN

Mardi, lever dans la nuit pour aller au congrès quadriennal de l’UICN à Barcelone. L’Union internationale pour la conservation de la nature (dite aujourd’hui Union mondiale pour la nature) a été créée à Fontainebleau en 1948. C’est un peu l’Unesco de la biodiversité.

Je dois y faire deux interventions : mardi matin, la conclusion d’un forum sur l’accord nord-sud nécessaire pour un accord post-Kyoto sur le climat, et le mercredi matin, une intervention à la plénière sur l’échec actuel et les conditions de la relance de la Convention biodiversité... en prenant pour base l’intérêt des plus démunis. Mes deux textes sont sur mon site, ainsi que la position des ONG lors d’une réunion préparatoire au forum climat, à Bamako.

Le Rassemblement passe par Barcelone
Pierre Radanne, Nicolas Hulot

Je comptais, mardi après midi, visiter le musée d’art roman de Barcelone, mais rentré à l’hôtel, je m’effondre et dors trois heures comme une masse…

Ingrid

Juste après ma deuxième intervention de Barcelone, je reprends l’avion directement vers Bruxelles, pour y accueillir Ingrid Betancourt au Parlement européen.

Elle est très en forme, comme sa mère Yolanda et comme Adair (son chauffeur lors de l’enlèvement, que j’avais recueilli chez moi lorsque les paramilitaires et la police colombienne l’avaient menacé, et qui vient de publier un livre, Parce qu’ils l’ont trahie, chez Hachette). J’ai enfin l’occasion de parler un peu longuement avec elle.

Je lui dit en plaisantant que je lui avais accordé un mois de congé de militantisme par année de captivité. Je lui raconte brièvement toute mes manoeuvres, en six ans, en tant que député européen, et le soutien indéfectible des Verts pendant cette période. Elle savait plus ou moins : elle m’entendait à la radio colombienne chaque fois que je venais à Bogota ! Elle promet de se dégager pour la prochaine réunion, ce week-end, du Parti Vert européen (malheureusement, cela ne pourra pas se faire car son agenda est déjà très rempli de conférences) et elle viendra sûrement pour le congrès de début avril, assumer son rôle de présidente du parti Vert mondial !

Parlement et crise mondiale

Après être rentré à Paris dormir auprès de Francine, je repars voter à la plénière du Parlement européen à Bruxelles. A noter deux bons rapports : le rapport Peterle sur la santé, et le rapport Carnero Gonzalez, par lequel le Parlement, traité de Lisbonne ratifié ou pas, reconnaît pour son compte les symboles de l’Union (drapeau aux douze étoiles et Hymne à la joie). Mais la bataille est ailleurs, et très significative des nouveaux clivages dûs à la crise.

D’abord, le rapport sur la suspension du Doha round de l’OMC. Le PPE (droite gouvernemantale) tentait d’introduire un amendement en faveur de négociations bilatérales se substituant progressivement à la crise du multilatéralisme : il est rejeté ! Mais ça ne veut pas dire que l’on aime l’OMC telle qu’elle est, et un amendement des Verts réclamant la démocratisation de son processus de décision est adopté. Dans ces conditions, nous votons pour le rapport ! Evolution très intéressantes sur la mondialisation, déjà annoncée depuis un an par le débat sur la « muscardinisation », et que vient confirmer le départ de Peter Mandelson (voir plus loin).

Plus compliqué est le problème du rapport de van den Burg et Daianu sur « le suivi du processus Lamfalussy », c’est à dire sur la régulation et la supervision des marchés financiers. C’est la deuxième initiative législative du Parlement sur le sujet, et comme la fois précédente, le rapport reste très en deçà de ce qu’appelle l’urgence de la crise financière, quoique présenté à nouveau par des socialistes. Pourquoi ?

Ce n’est pas uniquement parce que les socialistes sont restés socio-libéraux. Il y a là une question institutionnelle. Le traité de Maastricht a donné le droit d’initiative législative au Parlement (ce que déniaient les partisans du Non, alors qu’ils avaient fait chuter son tout premier usage, la taxe de Tobin). Mais cette initiative législative (qui consiste à dire à la Commission : « vous nous présentez rapidement un projet de loi qui comprendra ceci et cela ») doit obtenir la majorité qualifiée, c’est à dire la majorité des membres du Parlement. Or, il y a toujours des absents (par exemple, j’ai été absent une fois en plénière lors de cette mandature : quand je suis allé à La Réunion pour l’initiative de la présidence française sur la biodiversité dans les PTOM). Entre ceux qui ont autre chose à faire ce jour-là et les malades, il faut compter 10% d’absents, donc une majorité à 55%. Celle-ci n’est pas atteignable, ni par la droite, ni par la gauche étendue aux libéraux-démocrates, il faut donc un accord PPE-PSE, qui aboutit en général à un texte insipide.

Comme à la plénière précédente sur le rapport Rasmussen, les Verts ont déposé des amendements pour récupérer les bonnes propositions du PSE et en rajouter quelques unes de leur cru. Cette fois encore, tous ces amendements sont rejetés. Au final, tout le PE (et cette fois-ci y compris les communistes de la GUE) vote pour le rapport... sauf les Verts !

Pour la deuxième fois, les Verts se maintiennent au niveau d’urgence de la crise mondiale, mais le Parlement, empêtré dans ses procédures qui l’obligent au compromis avec ce qui reste de libéraux, se montre à nouveau timide.

Une bonne nouvelle quand même : parallèlement au limogeage de nombreux banquiers, le départ de Peter Mandelson. Représentant le plus libéral de la « troisième voie » sociale-libérale, il avait, en arrivant dans la commission Barroso comme Commissaire au Commerce international, considérablement déporté vers la droite la politique et l’image externes de l’Union européenne. Sa fameuse communication Competitive Global Europe (dont on trouvera ici une critique par les Verts de la Commission Commerce international) avait été fraîchement accueillie par la plénière. Mais, en deux ans, il aura trouvé moyen d’aliéner à l’Europe l’opinion publique des pays Afrique-Caraïbes-Pacifique, de faire capoter la négocation avec le Mercosur et de faire éclater la négociation avec la Communauté andine….

Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne ! Son départ pour le gouvernement britannique apparaît comme une sanction (comme si un ministre français redevenait vice-président de région). Elle ne signifie pas une accentuation du cours libéral du gouvernement George Brown (lequel se monstre particulièrement « néo-planiste » dans la gestion de la crise financière). Et sa successeure comme Commissaire au Commerce internationale , la baronnesse Ashton (travailliste), est particulièrement bien accueillie par nos collègues vertes anglaises : c’est d’abord… une militante des droits de l’Homme, en particulier des minorités sexuelles !

Adresse de cette page : http://lipietz.net/?breve318

Haut de la page


Forum du blog

Il y a 1 contribution à ce blog.
  • Sur le front des quatre crises

    Merci pour votre billet. Hélas, les nouvelles ne sont pas bonnes pour ce qui est essentiel : Francine.
    Le "reste", ma foi, les rivières n’arrêteront pas de couler et l’humanité a bien des siècles devant elle pour tenter d’améliorer les choses. Sauf si les humains rôtissent avant...


    Mercredi 15 octobre 2008 à 03h48mn28s, par Joke (joke@no-log.org)
    lien direct : http://lipietz.net/?breve318#forum2598
Calendrier des blogs
<< octobre 2008 >>
lumamejevesadi
2526272829301
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
303112345
26/10: L’Europe hésitante face à la crise. Arrêt Laval, suite
19/10: Premiers succès des néo-planistes. Francine.
12/10: Les Verts face aux crises
9/10: Sur le front des quatre crises
les derniers textes du blog du site
Les archives du blog
2014

:: juillet:
18:
:: juin:
3:
:: avril:
24:
:: mars:
22:
:: janvier:
15:
2013

:: décembre:
16: 2:
:: novembre:
17: 3:
:: octobre:
1er:
:: juillet:
27:
:: mai:
14:
:: avril:
25: 4:
:: mars:
19: 16: 11: 8: 4:
:: février:
3:
:: janvier:
26: 24: 22:
2012

:: décembre:
17:
:: novembre:
16: 1er:
:: septembre:
29: 17:
:: août:
4: 1er:
:: juin:
27: 16:
:: mai:
28: 17: 6: 5:
:: avril:
21:
:: mars:
21: 19: 17:
:: février:
23: 17: 10: 4:
:: janvier:
23: 12:
2011

:: décembre:
10:
:: novembre:
29: 21: 8: 7: 4:
:: octobre:
20: 14: 5:
:: septembre:
22: 8:
:: juillet:
15: 2: 1er:
:: juin:
27: 25: 21: 14: 6:
:: mai:
31: 23: 20: 17: 3:
:: avril:
3:
:: mars:
24: 21: 16: 8:
:: février:
23: 2:
:: janvier:
23: 12:
2010

:: décembre:
19: 12: 10:
:: novembre:
23: 22: 12:
:: octobre:
26: 5:
:: septembre:
9: 6:
:: août:
25: 17:
:: juillet:
13: 6:
:: juin:
30: 23: 16: 3:
:: mai:
31: 26: 13:
:: avril:
20:
:: mars:
29: 20: 12:
:: février:
26: 16: 8:
:: janvier:
28: 16: 1er:
2009

:: décembre:
22: 7:
:: novembre:
23: 15: 13: 7: 1er:
:: octobre:
23: 20: 12: 7: 5: 3: 1er:
:: septembre:
28: 25: 21: 13: 8:
:: août:
30: 24: 18:
:: juillet:
26: 24:
:: juin:
28: 10: 9: 6: 5:
:: mai:
30: 23: 17: 10: 2:
:: avril:
24: 20: 11: 5: 1er:
:: mars:
8: 1er:
:: février:
22: 13: 8: 6: 1er:
:: janvier:
21: 16: 10:
2008

:: décembre:
19: 14: 8: 1er:
:: novembre:
23: 19: 13: 5:
:: octobre:
26: 19: 12: 9:
:: septembre:
30: 21: 14: 7:
:: août:
31: 26: 19:
:: juillet:
14: 4:
:: juin:
29: 20: 14: 7:
:: mai:
29: 24: 18: 10: 5:
:: avril:
25: 19: 13: 5:
:: mars:
28: 21: 13: 6: 2:
:: février:
23: 9: 6: 4: 1er:
:: janvier:
24: 18: 11: 6:
2007

:: décembre:
21: 14: 9: 2:
:: novembre:
29: 25: 23: 22: 16: 9: 4:
:: octobre:
28: 26: 20: 12: 9: 7: 4:
:: septembre:
30: 29: 22: 20: 16: 12: 9:
:: août:
29: 19:
:: juillet:
31: 14: 8: 7: 1er:
:: juin:
28: 25: 18: 13: 11: 8: 3:
:: mai:
26: 19: 14: 12: 7: 5: 4:
:: avril:
27: 24: 20: 15: 13: 7: 2:
:: mars:
29: 27: 26: 24: 22: 20: 17: 11: 6:
:: février:
23: 17: 12: 9: 2:
:: janvier:
31: 29: 24: 23: 22: 21: 18: 13: 8: 6:
2006

:: décembre:
23: 17: 15: 10: 6: 3: 1er:
:: novembre:
30: 26: 22: 17: 16: 11: 10: 5:
:: octobre:
29: 27: 24: 12: 8: 6: 1er:
:: septembre:
28: 23: 21: 18: 15: 10: 3:
:: août:
27: 20:
:: juillet:
23: 15: 13: 9: 7: 1er:
:: juin:
26: 21: 12: 7: 3: 1er:
:: mai:
31: 28: 19: 16: 14: 8: 2:
:: avril:
27: 21: 18: 14: 7:
:: mars:
31: 26: 19: 10:
:: février:
25: 23: 21: 19: 17: 14: 10: 2:
:: janvier:
30: 23: 19: 15: 12:
2005

:: décembre:
22: 16: 8: 5:
:: novembre:
26: 23: 17: 13: 10: 6: 3:
:: octobre:
31: 27: 20: 16: 13: 11: 6: 5:
:: septembre:
29: 28: 25: 15: 13: 11: 8: 7: 5: 3:
:: août:
24: 5: 3:
:: juillet:
14: 13: 12: 8: 7: 6: 5: 4: 2:
:: juin:
29: 28: 25: 23: 22: 21: 20: 17: 13: 9: 6: 2: 1er:
:: mai:
28: 26: 15: 7: 5: 1er:
:: avril:
24: 15: 8: 6: 1er:
:: mars:
26: 10: 8: 5: 2:
:: février:
24: 23: 22: 17: 13: 2:
:: janvier:
31: 20: 15: 13: 12: 6:
2004

:: décembre:
15: 11: 8: 7: 6: 2:
:: novembre:
28: 21: 16: 6:
:: octobre:
29: 27: 26: 22: 17: 14: 6: 5:
:: septembre:
25: 24: 22: 21: 1er: