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par Alain Lipietz | mai 2001

Donner force à l’espoir
Douze raisons de choisir Alain Lipietz
Il s’est passé quelque chose d’extraordinaire pendant ces primaires. Entre nous, d’abord, les cinq candidats : une complicité s’est nouée, nous avons appris à parler, ensemble, au nom de tous. Entre nous et vous, les Verts : nous avons appris, ensemble, comment parler à toute la société. Mais surtout entre nous les Verts, et tous les autres.

De débat en débat, de Lyon à Paris, il venait de plus en plus de monde, et surtout des non Verts. Et, de tous les milieux (associatifs de la défense de l’environnement, syndicalistes de transformation sociale, animateurs du tiers secteur, de Droits Devant ! !, cadres sup’ et RMIstes, et même des encartés du PS ou du PCF), me parviennent d’étonnants messages : " Cette fois, on votera pour toi, au moins au premier tour. " Et ce bouquet, l’autre soir : Rachid Belhem, animateur d’une radio alternative de Moyeuvre, en Lorraine, intervenant dans mon débat à l’émission Pot-au-feu : " On vous attend, les Verts, car vous parlez POUR, vous êtes la couleur de l’espérance. "

Donner du contenu à l’espoir Dans mon texte du premier tour, j’avais esquissé les premières lignes de ce contenu que nous allons enrichir, ensemble, aux journées d’été : révolution des transports collectifs, des énergies douces, de l’agriculture paysanne, du temps libéré et tiers secteur, citoyenneté et ouverture au Sud, Europe des régions, etc. Mais cet élan, cette attente, je ne l’attendais pas, pas si forte.

 Que s’est-il passé ?

Tout simplement que la météo politique a changé. Il n’est même plus suffisant de " donner un contenu à l’espoir ", un contenu qui s’appuierait sur la force d’une majorité plurielle. Car, deux mois après les élections cantonales et municipales, cette majorité est en crise. Le PCF tourbillonne, affolé, le MDC s’écarte, et le PS se montre incapable de répondre au choc de ces élections. Le message des électeurs était pourtant clair : " Si vous ne remettez pas beaucoup de vert dans la majorité plurielle, elle ne passe plus. " Or le PS sait qu’il a historiquement plus à craindre de nous que du PCF, force déclinante. C’est l’inverse de l’alliance Mitterrand-PCF dans les années 70 : tout ce que le PS fera avec nous sera porté à notre crédit. Dès lors, l’équilibre jospinien s’est coïncé. La loi Tiers secteur n’est pas mise à l’ordre du jour, la proportionnelle non plus, la loi de " modernisation sociale " est insipide, le discours sur la Corse et sur l’Europe édulcoré ; Ne voyant rien venir, l’opinion s’est lassée et Chirac a cru pouvoir occuper la place ainsi laissée vacante : d’où sa pseudo conversion écolo sur le chemin d’Orléans. Elle a fait rigoler tout le monde et baisser de 10 points sa cote de sincérité. Non seulement l’idée " les Verts avaient raison " est encore montée d’un cran, mais se répand la conviction qu’il n’y a guère qu’eux pour répondre, à la première personne, aux questions qu’ils posent. En tout cas, pas les autres. Mais la question " Connaissent-ils, eux, les réponses ? " va rester lancinante.

 On nous attend

Dorénavant, c’est à nous de donner force à l’espoir. Il ne suffit plus de rajouter du vert dans une coalition " majorité plurielle ". La droite est en position de gagner les élections, les forces " progressistes " ne peuvent la battre et relancer la transformation sociale que sur un programme identifié vert (comme à Paris), pour un développement soutenable et solidaire, et avec des Verts en position de l’appliquer. Or même sur le programme, il devient de plus en plus difficile d’arriver à un accord. Car on rencontre très vite le noyau dur productiviste du PS et les lobbies qui le traversent (agriculture, nucléaire, pétrole, bagnoles, BTP). La négociation sera rude, la rivalité Verts-PS devient politique : la gauche ne peut gagner que sur la base d’un rééquilibrage arraché au PS. Et qu’elle perde sans nous, ou qu’elle gagne avec nous, il est décisif que les Verts, au cours de cette campagne, affirment leur légitimité, leur crédibilité dans l’animation des mobilisations, face aux souverainistes et à la " gauche de la gauche ". Cela se sent déjà avec le beau succès des blocages du dernier train de déchets nucléaires. C’est pourquoi, il ne faut plus se contenter du potentiel vert acquis. Il faut viser un saut qualitatif dans le vote vert, même à la présidentielle. Tenant compte du changement de météo, j’ai commencé à amorcer l’idée, dans la campagne : " Pourquoi pas un président Vert ? " Le président ne doit pas être le chef de l’exécutif. Celui qui gouverne, c’est le Premier ministre, émanation de la majorité de l’Assemblée. Le président, lui, doit incarner les intérêts futurs de la collectivité, sa cohésion sociale et les droits des générations futures. Qui, mieux qu’un Vert ?

Cette situation appelle un candidat qui saura expliquer, persuader, en termes simples mais avec " profondeur ". C’est-à-dire : pas seulement capable d’énoncer les propositions des Verts, mais capable (en arrière-fond) de répondre aux objections qui leur ont été apportées depuis 20 ans, justifier pourquoi choisir telle proposition plutôt que telle autre, etc. Les meetings du premier tour ont témoigné que non seulement je savais expliquer, comme je le fais depuis trente ans dans les associations, les syndicats, les mouvements d’édu-cation populaire, mais qu’en plus j’étais à même d’enthousiasmer. Noël est excellent, mais je pense être plutôt l’homme de cette situation. Cela, c’est le " plus " que je peux apporter, si nous, Les Verts, collectivement, nous adoptons cette nouvelle attitude politique : donner sa force à l’espoir, le personnifier. Or, pour nous, cette posture nouvelle est un peu intimidante. Nous ne sommes plus de petits bonshommes verts aux bonnes idées, emportés sur le porte-bagages d’un grand frère socialiste, donnant des coups de gueule quand " le compte n’y est pas ". C’est nous qui allons devenir l’axe autour duquel tournera, dans les années 2000, toute la scène politique. Y sommes-nous prêts ?

On ne sera jamais assez prêt. Jamais assez hardi, assez compétent, assez préparé, assez nombreux, quand il s’agit de sauver la planète, réduire la fracture Nord-Sud, recoudre une société déchirée. Mais nous avons la pêche, l’expérience et les réponses. En matière de contenu, nous avons plusieurs longueurs d’avance sur les autres. Il faudra beaucoup travailler, nous serrer les coudes, réveiller l’espoir chez les uns et calmer chez les autres l’anxiété du changement ; Le sentiment de l’urgence et l’enthousiasme nous habitent ! J’y suis prêt, nous y sommes prêts, la société y est prête.

 2002 sera le Printemps des Verts.




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