Alain Lipietz
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Ou l’unité, ou Macron
Paru dans Politis.
vendredi, 17 mars 2017
/ Alain Lipietz
« Au premier tour, on choisit, au second tour on élimine ». Longtemps la vie politique fut rythmée par ce principe. Le premier tour cristallisait le rapport de forces préalablement construit entre les différentes nuances, et donc les orientations pour le second tour.

Dès lors que le Front national est presque sûrement au second tour, on élimine dès le premier tour, et les choix, on les fait ailleurs (aux Européennes, dans la rue…). Et nous ne voulons pas plus de Fillon que de Sarkozy. Le meeting du Trocadéro l’a confirmé : il n’y a guère de différence entre eux et Le Pen. Leur victoire serait celle de la réaction autoritaire-nationaliste mondiale (Russie, Pologne, Hongrie, Turquie, Brexit, Trump…)

Cette victoire de l’extrême-droite est LE problème de notre époque. Karl Polanyi a vu dans la IIe Guerre mondiale la lutte entre les trois réponses à la crise du libéralisme des années Trente : fascisme, social-démocratie ou stalinisme. Dès lors que la social-démocratie a basculé dans le libéralisme, le vrai mystère, c’est : pourquoi les classes populaires, désespérées, choisissent-elles en masse l’extrême-droite, et non la « gauche de la gauche » ou les écologistes ? Mon hypothèse : la capitulation devant le nationalisme. Énorme examen de conscience à programmer… pour après.

Mais pour le 23 avril ? Il y a 2 possibilités, face à Fillon. Ou Macron, conseiller puis maître d’œuvre du libéralisme de Hollande. Ou la coalition de Hamon, Jadot et Mélenchon. Tous trois anti-libéraux, et écologistes. À eux trois pesant plus que Le Pen, Fillon ou Macron. Séparément, loin de la seconde place. En conscience, les écologistes, ont passé un accord programmatique avec Hamon et retiré leur candidat mal placé dans les sondages. En restent deux.

Je me battrai jusqu’à la dernière semaine pour que ces deux-là fusionnent. Sinon ? Eh bien je voterai Macron, pour éliminer Fillon. Sans garantie qu’il batte Le Pen au second tour, car il partagera bien des handicaps d’Hillary Clinton face à Trump.

Alain Lipietz