Victoire à Bogotá. Gug.
par Alain Lipietz

mardi 8 novembre 2011

Du jeudi 27 octobre au soir au mardi 2 novembre, j’étais à Bogotá en appui à la campagne municipale de Gustavo Petro. Il a été élu ! Du coup, j’ai raté la cérémonie funéraire de mon vieil ami Raymond Guglielmo. Mais je suis revenu à temps pour la reprise des négociations programmatiques avec le PS. De cela je parlerai une autre fois…

Colombie

Je connais la Colombie depuis plus de 20 ans.

Je m’y suis rendu un nombre incalculable de fois, comme économiste, comme écologiste, à la poursuite d’Ingrid Betancourt, comme président de la délégation du Parlement européen pour la Communauté Andines des Nations, et même comme touriste.

J’ai connu l’apogée des narco trafiquants sous Pablo Escobar, puis la montée des FARC, des négociations ratées tentées par le Président Pastrana, et les terribles années des présidences Uribe. Tout est en train de changer.

J’ai souvent dit que la seule explication au fait que la Colombie n’est pas passée à gauche, contrairement au reste de l’Amérique du Sud, c’est la haine populaire pour les méthodes de la guérilla des Farc et de l’ELN. Cette haine a justifié les quasi pleins pouvoirs abandonnés à Alvaro Uribe, une sorte de clone de Georges Bush, mais travailleur, efficace, violent et terriblement à droite. Uribe venait des secteurs dominants de la province d’Antioquia, liés aux narcotrafics, qui avaient encouragé les bandes armées du paramilitarisme pour lutter contre les syndicats et les guérillas : les « Autodéfenses Unies de Colombie ». J’ai raconté toute cette histoire sur mon site.

Aujourd’hui la guerre n’est pas finie, mais les Farc ont un genou à terre. L’ELN, avec qui nous avions cherché une piste vers la paix en discutant avec ses dirigeants à Medellin et à La Havane, a quasiment cessé d’émettre. Alors, une partie de la bourgeoisie patricienne a bien envie de revenir à une situation plus normale, moins agressive, plus respectueuse des formes légales et constitutionnelles. Et en tout cas de prendre ses distances avec le paramilitarisme qui a gangrené la vie politique et contrôle maintenant tout le Nord du pays. Je dis « patricienne » car il y a, il faut le reconnaître, une sorte de dégoût, de la part de ces élites de Bogotá, à l’égard de leurs sicaires devenus trop envahisssants, débarquant en pompeux 4x4, avec leurs gourmettes en or, dans les restaurants chics de la capitale.

Cette volonté de normalisation s’est exprimée par la désignation d’un nouveau président de droite, Juan Manuel Santos, qui a aussitôt pris plusieurs décisions : se réconcilier avec le Président Chavez du Venezuela, et faire adopter une loi de Réparation pour les victimes des violences de toutes les bandes illégales.

Santos n’était pas le candidat d’Uribe pour sa propre succession. Il voulait se succéder une troisième fois à lui-même, mais il en a été empêché par la Cour constitutionnelle. Comme je l’avais remarqué autrefois, la haute justice colombienne est restée d’une assez remarquable dignité et fermeté, ce qui m’avait fait refuser de considérer la Colombie comme une quasi dictature. Et de fait, c’est la justice qui a fait tomber Uribe, lequel tenta encore d’imposer son dauphin : Arias, aujourd’hui en prison… pour détournement de fonds.

Coincé entre Santos et la perte d’influence des Farc, les paramilitaires ne peuvent plus tenir leur discours politique d’ « Autodéfense Unies de Colombie ». Elles redeviennent ce qu’elles ont été jadis : de simple bandes armées de sicaires en soutien des grands propriétaires terriens des bananeraies (diversifiés dans le palmier à huile sur des terres volées aux communautés paysannes), ou des narcotraficants. On les désigne maintenant comme les « Bacrim’ », les bandes criminelles.

Dans les longues années Uribe, la gauche légale, incapable de se démarquer nettement des Farc, est restée très minoritaire, sauf à Bogotá et d’autres grandes villes (Medellin et Calli…). Elle se différenciait d’ailleurs entre, d’une part, le Pôle démocratique alternatif, regroupement des vieux partis marxistes, de syndicalistes et de militants des ONG, et d’autre part, des regroupements de la société civile (un peu Rocard, un peu Dubedout) : par exemple, chez Sergio Fajardo, le maire de Medellin

C’est d’ailleurs ainsi que tout avait commencé à Bogotá : par une série de maires nettement distincts des élites dominant le reste de la Colombie. D’abord, Antanas Mockus, qui avait ressuscité l’esprit civique dans la ville. Enrique Peñalosa, gestionnaire terriblement efficace dans la reconquête de l’espace public, mais passablement autoritaire et pas très social. Et enfin la victoire du Pôle à Bogotá avec un ancien syndicaliste, Lucio Garzon. Garzon fit un énorme travail de développement social des quartiers Sud de la ville, immense amas de bidonvilles où s’entassaient les réfugiés de toute la Colombie. Ce qui a permis au Pôle de gagner une seconde fois les élections, avec Samuel Moreno.

Qu’a-t-il manqué au Pôle démocratique alternatif pour gagner à l’échelle nationale ? Je l’ai dit : se distancer des Farc, et plus généralement d’une vieille culture de la gauche latino-américaine… et notamment parfois une certaine sensibilité à la corruption. Et là, catastrophe, Samuel Moreno, organisateur d’un « carrousel des contrats » publics, tombe pour corruption et il est destitué. La gauche colombienne est-elle anéantie ? C’est ce qu’on pouvait craindre il y a 4 mois.

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Petro

C’est alors qu’a surgi Petro.

Gustavo Petro, d’origine paysanne, était dans sa grande jeunesse un militant de la guérilla M19.

Vers 1990, le M19 est rentré dans un processus de légalisation, abandonnant les armes en échange d’une réforme constitutionnelle très démocratique (la constitution de 1991). Mais les forces politiques ne surent guère en profiter.

Gustavo Petro poursuivit avec obstination au sein de la gauche classique un travail de remise en question. Sénateur, il dénonça implacablement la pénétration des paramilitaires et des narcotrafiquants dans l’appareil Etat (c’est ce qu’on appelle la parapolitique). Mais il fut le premier, issu de la gauche, à proclamer nettement que les Farc ne sont pas des camarades qui se trompent, mais sont perçus comme des ennemis par le peuple. Chose que le respecté leader du Pôle, Carlos Gaviria, admettait entre quatre yeux, mais, me disait-il « je ne peux pas dire ça dans le Pôle ».

Au contraire, Gustavo Petro n’hésita pas à se joindre à la Marche blanche, immense manifestation de Bogotá contre les enlèvements et surtout contre les Farc. Contrairement au Pôle, il comprit que Juan Manuel Santos n’était pas un « Uribe III ». Et, troisième rupture : il flaira très vite les magouilles de Samuel Moreno et refusa de les couvrir.

Les bases du Pôle avaient bien compris qu’il n’y avait d’autre avenir pour les forces progressistes en Colombie que dans la voie indiquée par Gustavo Petro. Pour l’élection présidentielle de l’an dernier, il fut donc désigné par une primaire comme le candidat du Pôle et mena une très bonne campagne. Mais il était trop tard. « L’autre gauche » était désormais plus attractive, et le vote de la jeunesse se polarisa sur son candidat Antanas Mockus, qui assumait clairement qu’on ne pourrait plus traiter Santos comme Uribe.

Cette autre gauche, citoyenne, s’était constituée en « parti Vert ». Ce n’est pas la suite du parti d’Ingrid Betancourt (le parti Oxygeno Verde), mais plutôt la suite d’un centrisme Vert qui s’était développé à l’ombre de l’uribisme, tandis que le minuscule parti Oxygeno Verde s’absorbait tout entier dans la défense de la mémoire d’Ingrid. À la veille de l’élections présidentielle de 2010, les maires les plus prestigieux (Mockus, Peñalosa, Garzon - qui quittait le Pôle - et Fajardo) se mirent d’accord pour former un parti Vert : chaque parti colombien a sa couleur, et le Vert n’était pas absurde dans leur cas, même s’ils n’étaient pas écologistes au sens où nous l’entendons en Europe. Mockus distança très largement Petro au premier tour, il affronta Uribe au second tour et fut battu (mais beaucoup moins facilement que Carlos Gaviria, 4 ans auparavant).

Hélas, c’est Peñalosa qui s’imposa en 2011 comme candidat du parti Vert à la Mairie de Bogotá. Et y fit alliance…avec Uribe, mis politiquement au chômage par le nouveau cours de la droite derrière Santos. Du coup, le candidat Vert devenait le candidat de « la U », le parti uribiste, celui des paramilitaires et du narcotrafic.

Petro quitta le Pôle en dénonçant la corruption de Samuel Moreno, et Mockus quitta le parti Vert en dénonçant le virage uribiste de Peñalosa. Tous deux se présentèrent à la Mairie de Bogotá contre le candidat de leur ancien parti. Mais, vite, Mockus jeta l’éponge, et au lieu de soutenir directement Petro, il soutint une candidate indépendante, Gina Parody, belle femme bardée de diplômes et qui représentait assez bien la droite démocratique et moderniste qu’incarne le président Santos.

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Campagne

C’est Hilda qui m’a invité à Bogotá comme observateur international, pour le compte de Petro.

J’avais connu Hilda comme militante de Caritas International, aux côtés de Monseigneur Henao, l’évêque colombien le plus progressiste.

Hilda cherchait évidemment à donner ainsi une caution internationale à Gustavo Petro, qui démarrait sa campagne sans parti, ni moyen. De fait, elle a réussi à rallier certains partis de la gauche latino-américaine : le Frente Amplio uruguayen, le PRD mexicain, le PS argentin, Tierra y Libertad du Pérou (parti formé à partir des luttes populaires contre les mines).

Côté Verts français, nous étions bien embarrassés. Nous avions soutenu Mockus, et par ailleurs le parti Vert présentait, ailleurs qu’à Bogota, des candidats fort intéressants, comme Fajardo pour la charge de gouverneur d’Antioquia (la riche province de Medellin). J’allais donc à Bogotá à titre personnel, mais fort d’une crédibilité d’écologiste politique acquise là-bas de longue date.

Dés jeudi soir, j’assiste au débat final entre les 3 principaux candidats. Gina Parody est extrêmement pugnace contre Enrique Peñalosa, qui a beaucoup de mal à se défendre des accusations de liens avec le paramilitarisme, le narcotrafic et la corruption. Gustavo Petro observe ce duel en souriant. Prenant de la hauteur, il affiche d’emblée deux cibles (outre la corruption) : la lutte contre le changement climatique et la lutte contre la ségrégation sociale à Bogotá puis insiste sur l’eau, l’éducation dans les quartiers populaires… Manifestement il n’y a qu’un candidat écologiste à Bogotá : lui.

Le lendemain, nous visitons l’ex-bidonville urbanisé de Ciudad Bolivar, à l’extrême Sud, avec Juan Carlos, candidat sur la liste municipale du Parti progressiste (que Petro a monté de bric et de broc pour l’occasion).

Urbanisation sauvage

En réalité, Bogotà couvre un immense « District fédéral » qui inclut de la campagne et de la montage. « En bas », nous sommes déjà à 2600 mètres, et Juan Carlos est né dans ce coin quand il n’était encore que parsemé de villages. J’avais déjà visité une autre zone frontière d’urbanisation de la montagne (voyez les photos ici en bas). Et j’avais déjà visité Ciudad Bolivar avec Diana, « alcadesse » de la localité pour l’équipe de Garzon. Il est clair que Juan Carlos, comme Gustavo Petro, sont reconnus comme héritiers légitimes de la politique de développement social du quartier, menée par la municipalité Garzon.

Nous admirons par exemple, dans cette zone de bidonvilles aujourd’hui en brique… une « Université districtale » ou plutôt un IUT, exigence populaire pour changer l’image de cette zone craignos.

L’ "Université districtale"

Nous visitons également une école qui organise la fête d’Halloween.

Développer le service public en fournissant alimentation et éducation aux pauvres, c’es la stratégie pour reconquérir cette zone tenue la nuit, hier par les paramili, aujourd’hui par les Bacrim’, et le jour par leur clientélisme uribiste (et donc aujourd’hui « Vert »-Peñalosa).

Revenant vers les quartiers populaires du Centre, nous rencontrons une autre candidate progressiste, Rosita, jolie mère célibataire et animatrice de l’association des marchands ambulants (et d’une association de mères célibataires), que Mockus et Peñalosa avaient nettoyés un peu sévèrement des rues, au nom de la récupération de l’espace public. Eux veulent participer à cette rénovation, comme ils l’ont fait sous Garzon.

Rosita

L’après-midi, réunion avec des dirigeants du tout jeune Parti progressiste. Je retrouve (et je retrouverais encore) des militants que j’ai connu tout au long de ces 20 ans : Hipolito (du vieux parti d’Ingrid Betancourt), Maria Teresa Bernal, de Redepaz, grande figure de la défense des droits de l’homme, des militants de Planeta Paz, des syndicalistes CGT, des profs de l’Université Nationale…Tous chantent les louanges de Petro. Ils reconnaissent que le succès de Mockus l’an dernier a capté tout le vote de la jeunesse, que la gestion de Garzon (qui est resté au Parti Vert et donc soutient Peñalosa), avec sa politique d’investissement social, a permis un « miracle à Bogotá », selon le PNUD. Mais seul Petro peut aujourd’hui continuer sur cette ligne en accentuant son caractère novateur, et en y introduisant la dimension écologiste.

En quoi Petro est-il « écologiste » ? Pas seulement parce qu’il parle d’effet de serre, de la nourriture et de l’eau… Mais parce que sa politique se fonde sur la défense de Biens communs et de nouveaux droits, et non plus sur le conflit de répartition sur la terre ou le revenu national. Ce qui n’empêche pas la lutte des classes à l’intérieur des Biens communs : de même qu’on peut vouloir protéger une foret tropicale en la vidant de ses habitants indigènes ou en les mobilisant, on peut, comme Mockus et Peñalosa, vider les rues du petit peuple des ambulants ou, comme le demande Rosa, s’appuyer sur eux.

Le lendemain samedi, Petro nous reçoit et confirme cette impression générale. Il nous tient un discours plus présidentiel que municipal, insiste sur la dynamique de paix qu’il se fait fort d’enclencher dans un dialogue avec le président Santos et en impliquant dans l’immense district fédéral de Bogotá un mouvement de restitution des terres. Petro est confiant : les sondages le place en tête, or il n’y a qu’un seul tour à cette élection.

La Colombie suit en effet le modèle américain : totale séparation entre l’exécutif et le législatif. On vote à un tour pour désigner le Maire, et parallèlement pour désigner les conseillers municipaux, par scrutin de liste réordonnancé préférentiellement. Et en plus, dans une grande ville comme Bogotá, un troisième vote pour désigner les « édiles de localités » (les quartiers). Autrement dit on va voter avec un véritable cahier de devoirs de vacances, qu’il faut remplir de croix ! Cela pour une population qui parfois sait à peine lire : les affiches et les tracts montrent où mettre les croix pour voter pour le bon candidat.

L’après-midi, nous allons d’ailleurs visiter le « bunker » : c’est le centre névralgique informatique, mis à la disposition de Petro par un vieux copain du M19 devenu patron d’une boite d’informatique. D’une façon générale d’ailleurs, la campagne de Petro ressemble beaucoup à celle d’Europe Ecologie, avec les « copains de Dany » et des militants de multiples mouvements sociaux, avec une ossature qui reste quand même les anciens du M19.

Effaré, j’assiste à une démonstration de la stratégie de campagne informatique. Les 40 000 pâtés de maisons de Bogotá ont été mis en fiches avec les éventuels sympathisants. Une cartographie de la densité d’électeurs et des sympathisants a été établie. Ce qui a permis à Petro, qui savait ne pas pouvoir compter sur la sympathie des médias, d’aller directement se montrer à ses électeurs en sillonnant à pied la ville, mais en suivant les itinéraires les plus rentables, déterminés par ordinateur ! Et ça marche, la preuve : il est en tête malgré sa faible couverture médiatique.

Victoire

Dimanche, nous allons en tant qu’observateurs « couvrir » le vote de Petro dans son quartier populaire traditionnellement M19, et quelques autres quartiers significatifs.

Petro vote devant notre délégation

Dans le magnifique centre historique, on tombe sur le vice président, qui s’appelle aussi (Angelino) Garzon, aussi ancien syndicaliste. Belle gueule, tenue décontractée, il nous accoste cordialement. Il nous vante la « neutralité » gouvernementale, incontestable.

Le vice-président

Le système de vote est assez différent de la France, ne serait-ce qu’à cause de ces cahiers à remplir. Il faut donc énormément de tables et d’isoloirs. Du coup la municipalité a distribué une quantité innombrable d’urnes et d’isoloirs en carton genre Ikéa. C’est assez rigolo

Isoloirs et urnes "Ikéa"

Les bureaux de vote sont strictement contrôlés par la Police et, de fait, pour la première fois depuis longtemps, il y aura eu relativement peu de morts dans la campagne. Ni les Farc, ni les paramilitaires n’ont réussi à empêcher les électeurs de se rendre aux urnes.

La police surveille le vote...
... avec élégance.

Celles-ci ferment à 4 h, et après ça va très vite. A 4 h 30 nous sommes dans l’hôtel où les militants attendent les résultats de Petro, et déjà les radios égrènent les totalisations partielles. À 5h15 Peñalosa admet sa défaite. Les militants trépignent. On les fait patienter au son du bandonéon. Petro va arriver. Debout, la salle entonne le très bel hymne de la Colombie, mélange de Rossini et de Verdi.

Petro entre, accompagné de sa compagne Veronica et de sa ribambelle d’enfants (et encore, précise-t-il, la fille aînée est en France pour ses études). Il prononce un discours assez impressionnant, tout à fait présidentiel. Il annonce que la liste du parti progressiste est aussi en tête (ce qui est totalement inattendu). J’apprendrai par la suite que Juan Carlos et Rosita sont élus.

Petro s’adresse au président Santos, il l’appelle à sortir de la « politique de la haine » et (hommage à l’Antigone de Sophocle ?) expose sa « politique de l’amour » : « La réparation est la condition du pardon, le pardon la condition de la réconciliation, la réconciliation la condition de la Paix. Et l’heure est venue de la Paix. ». Puis il revient à son discours écologiste, partant de la condition des enfants et de leurs deux besoins fondamentaux : une nourriture correcte, et l’éducation. Bogotá s’équilibrera avec la Nature, par la lutte contre le changement climatique, pour l’accès à l’eau, et l’objectif « Bogota zéro ordure », c’est à dire recyclage intégral. Ce dernier projet peut paraître fou, mais il faut rappeler que Bogotá a connu la plus spectaculaire éruption par fermentation d’un volcan d’ordures, qu’il a fallu trois mois pour éteindre. La coulée s’est déversée sur les quartiers sud en bloquant la rivière…

Nous sortons hilares du meeting. Mon téléphone sonne : l’ambassadeur de France m’invite à dîner. Je rejoins avec plaisir mes amis Pierre-Jean
Verdorne et Martine, son épouse, que j’avais connus comme ambassadeurs au Venezuela (Martine était une des héroïnes de la bande dessinée de Cattan et Oslieger sur le Forum Social Mondial de Caracas...).

L’ambassadeur est très content de la nouvelle ligne impulsée à droite par le Président Santos et impulsée à gauche par le futur maire de Bogotá, Gustavo Petro. Il échafaude déjà des projets de coopération. Il revient d’ailleurs d’une rencontre à Carthagène entre la Conférence des Présidents d’Universités française et son homologue colombienne. Il a déjà repéré la directrice de la fameuse faculté des quartiers Sud de Bogotá, qui a ému tout le monde par son acharnement militant à nouer des conventions entre sa petite fac et les universités françaises...

Le lendemain, la direction du Pôle démocratique (dont le candidat a fait 1,5%) déclare que le Pole se situera dans l’opposition à Petro : « Bogota n’a que faire de la politique de l’amour et de la lutte contre l’effet de serre ».

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Gug

Pendant ce temps à Villejuif avait lieu l’incinération de notre camarade de 40 ans de luttes, Raymond Guglielmo.

Natalie, ma compagne, m’y représentait ; voici mon message, qu’elle a lu.

Gug. Nous t’appelions tous Gug.

Quand je suis allé te voir aux urgences, j’ai demandé « le professeur Raymond Guglielmo », et ils ont cru que je demandais un ponte, un mandarin.

Mandarin, tu ne l’as jamais été, et pourtant je t’ai connu d’abord comme un grand chercheur, un grand géographe. Mais tout de suite le militant rigolard a imposé sa marque : « Gug »

Gug , tu as été notre guide au Larzac, tu nous a ouvert les horizons humains de l’espace et du temps.

Et dans cette banlieue de Villejuif, tu nous a rejoint fort de ton expérience raisonnée de la Banlieue rouge, toujours fidèle au poste, aux distributions de tracts, même après ton cancer, « militant irradié et radieux ».

Notre dernière soirée, cet été, nous l’avons passée à chanter du Brassens. La camarde qui ne t’a jamais pardonné a fini par t’avoir, mais tu resteras toujours avec nous.



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